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Le Haussariat tire un bilan mitigé de la gestion de l’alerte tsunami

L’alerte tsunami de jeudi dernier a provoqué une vague de questions au fenua. Pourquoi des évacuations et des blocages de routes pour un si petit phénomène ? Pourquoi certaines sirènes n’ont-elles pas fonctionné ? Le directeur de cabinet du haut-commissaire et le directeur de la protection civile tirent le bilan de cette alerte qui n’a heureusement pas débouché sur une vague destructrice. 

« Quand il ne se passe rien, on se demande pourquoi on fait tant d’efforts ». Au Haut-commissariat, on sait que beaucoup, en Polynésie, ont jugé durement l’alerte tsunami qui a été émise jeudi matin, après un puissant séisme au large des îles Kermadec. Après plusieurs secousses nocturnes dans cette région située entre la Nouvelle-Zélande et Tonga, c’est le tremblement de 9h28 qui a déclenché l’alarme. 8,1 sur l’échelle de Richter, d’après la mesure du centre régional spécialisé situé à Hawaii. D’autres acteurs, dont le Laboratoire de géophysique de Polynésie, aideront dans l’heure suivante à caractériser le risque.

Des modèles régionaux de prévision

D’après ces modèles l’élévation de l’eau, qui ne dépassera pas, au final, les 10 à 20 centimètres, pouvait atteindre les 1m60 par endroits. Des hypothèses qui justifient, pour le Haussariat, la convocation d’un PC de crise à 10 heures. L’organe sera « complet et actif » une demi-heure plus tard et diffuse les premières alertes aux responsables locaux. Elles aboutiront notamment à l’évacuation du littoral sur une partie de la côte Est de Tahiti et sur les deux baies de Moorea. Les ondes marines ne suivent en effet pas nécessairement des trajectoires rectilignes et ces côtes, pourtant orientées à l’opposé de la direction de l’épicentre, sont désignées par les modèles comme les plus à risques.

Le Haussariat ne gère donc pas la prévision, mais sa traduction en termes d’action administrative. Cinq jours après la quasi fausse alerte, Cédric Bouet tire un bilan nuancé de ce processus. « Il y a des choses positives et des choses négatives » à retenir, estime le directeur de cabinet de Dominique Sorain. Parmi les points positifs, un contrôle de la circulation « efficace » par les forces de l’ordre et une « évacuation réussie dans le temps imparti ». Si des refus d’obtempérer ont été observés sur le terrain, le responsable juge la manœuvre « réussie » sur la base de la reconnaissance par hélicoptère du littoral ordonnée pendant l’alerte.

Sirènes : une défaillance des communes à « surmonter très vite »

Pourtant tout n’a pas marché comme prévu. À commencer par les sirènes d’évacuation, qui auraient dû retentir dans toutes les zones concernées. Onze sirènes ont été actionnées depuis le Haussariat, mais au moins sept d’entre elles n’ont pas fonctionné à Tahiti. De quoi « créer un sentiment de confusion chez la population », rattrapé, toujours d’après le directeur de cabinet par un contact direct avec les tavana qui ont pu lancer des actions de terrain. Reste que ces sirènes silencieuses posent question. « Nous avions dans nos propres éléments une assurance que 80% des sirènes fonctionnaient, ça n’est pas ce qui s’est passé, reprend le directeur de cabinet. Nous avons une défaillance que nous allons devoir surmonter très vite ». Le responsable précise que le Fonds intercommunal de péréquation « finance largement » l’entretien de ce matériel, à la charge des communes. « Manifestement, dans certaines situations, cet entretien n’avait pas été poussé jusqu’au bout ».

« N’allez pas chercher vos enfants à l’école »

Autre problème constaté sur le terrain : beaucoup de parents ont cherché, en pleine alerte, à aller chercher leurs enfants à l’école pour les mettre à l’abri. Et ce alors même que les consignes officielles du Haussariat le déconseillent formellement : le temps d’alerte très court rend les déplacements dangereux. « Le principe, c’est de ne pas encombrer les routes, et de laisser au personnel formé le soin de mettre à l’abri les populations vulnérables », explique Cédric Bouet. Paradoxalement, certains parents d’élèves, notamment à Moorea, disent avoir été directement appelés par des enseignants pour venir chercher leurs enfants dans les établissements. D’autres parlent de « consignes de la mairie » en ce sens. Un phénomène limité à « quelques écoles » et que le directeur de cabinet lie à une « très forte pression des parents » : « parfois les tavana, très occupés par ailleurs, n’ont pas pu faire autrement que de laisser certains parents accéder aux écoles ».

Réorganisation et renforcement de la sensibilisation

Cette gestion de crise appelle donc « nécessairement » un bilan collectif et des corrections. Le Haussariat compte inviter les maires des communes concernées dans les jours à venir et réunir les services de l’État pour affiner ce « retour d’expérience ». Il devrait permettre de revoir la communication à la population – « on nous a reproché de n’avoir pas suffisamment diffusé d’information et par des canaux pas suffisamment diversifiés » – ou de faire un point sur les défaillances techniques. Mais surtout de relancer un effort d’organisation et de sensibilisation avec les équipes municipales, qui ont été renouvelées l’année dernière. Mais aussi auprès des populations qui ont exprimé une certaine lassitude des « fausses alertes ». Si ce séisme ne s’est soldé que par un phénomène mineur, « la Polynésie est un territoire soumis à des risques majeurs qui peuvent avoir des effets désastreux », insiste Cédric Bouet.

En deux siècles, le fenua aurait connu une vingtaine d’élévations soudaines du niveau de la mer causées par des séismes. Environ la moitié de ces phénomènes ont causé des dégâts graves. Le dernier en date a eu lieu le 22 novembre 1960 : un tremblement de terre au large du Chili avait engendré un tsunami qui a fait plusieurs blessés aux Marquises et à Tahiti.

« Le scénario le plus défavorable du tsunami »
Si l’alerte de jeudi a été tant prise au sérieux par les autorités, c’est aussi qu’elle correspond à phénomène redouté par les spécialistes. Car la zone sismique où a eu lieu la secousse de jeudi matin, située entre les Tonga, et la Nouvelle-Zélande, est particulièrement proche du fenua. « Nous sommes sur le scénario le plus défavorable du tsunami » pointe le colonel Mickael Lecoq, sapeur-pompier à la tête de la direction de la protection civile. On a moins de trois heures entre le séisme et l’arrivée potentielle d’une vague sur le territoire ». Les secousses observées au large du Japon ou du Chili laissent aux autorités deux fois plus de temps. « Tout doit se faire dans un délai extrêmement contraint et ça ne peut pas révéler d’une organisation parfaite », reprend le directeur, qui rappelle que c’est grâce aux progrès techniques de prévisions que toute la côte de Tahiti et Moorea n’a pas été évacuée.
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1 Commentaire

  1. Li Wei Ming
    10 mars 2021 à 8h00 — Répondre

    Il vaut mieux suivre les messages issus de l’ USGS qui sont plus fiables et plus serieux.

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