
Sammy, un « vieux compagnon » du Sigfa qui après de longues années dans la rue avait été adopté par une famille six mois avant sa mort, et punky, qui était encore à l’adoption fin août. ©Sigfa
Pas une semaine ne passe sans son lot d’images sinistres de maltraitance animale : des chiens blessés, parfois torturés, des chiots laissés dans des cartons, et de l’autre côté des promeneurs des familles attaqués par des animaux en divagation. Pour essayer de changer les choses, le Syndicat intercommunal pour la gestion de la fourrière animale (Sigfa), installé à Punaauia depuis 2022, organise les 19 et 20 septembre les Tahiti ‘Uri Days à l’espace Manu Iti de Paea. Deux jours d’animations, démonstrations, stands de professionnels et d’associations, mais aussi de conférences et tables rondes sur la place de l’animal au fenua.
C’est la deuxième édition mais la première de cette ampleur. Les Tahiti ‘Uri Days sont deux jours consacrés aux chiens. Aussi bien les métiers du secteur, le bien-être animal, les enjeux d’aujourd’hui que son histoire et sa place dans notre société. Pas la peine de chercher très loin pour voir le problème : les chiens qui trainent dans les rues, en plus ou moins bon état, on en voit tous les jours. Il y a aussi pire avec ces images de maltraitance : des chiens aux yeux crevés, d’autres avec des plaies béantes ou encore dernière cet animal retrouvé, encore vivant, une tige de fer enfoncé dans le sexe. Et parfois ce sont même des gens qui meurent comme cette mamie à Pirae ,ce SDF à Raiatea ou ce bébé toujours à Raiatea.
Le syndicat intercommunal pour la gestion de la fourrière animale, le Sigfa, récupère une centaine de chiens par an, une partie est rendue à ses maîtres, une autre mise à l’adoption et quelques-uns euthanasiés. Régulièrement des journées portes ouvertes sont organisées pour faire venir des familles qui chercheraient un compagnon. Et la Journée internationale du chien à la fin du mois d’août est toujours l’occasion d’organiser un événement. Mais cette fois, le Sigfa a vu plus grand avec un nouveau concept : les Tahiti ‘Uri Days organisés sur deux jours. Au programme : des conférences le vendredi soir et des tables rondes avec des animations avec de nombreux stands le samedi. Et l’espoir que les choses changent, explique le directeur du Syndicat intercommunal pour la gestion de la fourrière animale, Matairii Maire.
« Il suffit d’aller dans nos quartiers. Nos chiens sont négligés, maltraités parfois et souvent même. On a pas mal de problématiques liées à la gestion de nos chiens. On les gère mal, il y a des aboiements intempestifs, donc des nuisances sonores, il y a énormément d’accidents de la route dû à la divagation animale. Et souvent on pointe du doigt les chiens alors que derrière il y a nous. Les vrais responsables ce sont leurs propriétaires et donc au Sigfa on a décidé de focaliser notre attention sur les familles. L’important c’est de bien s’occuper de son animal pour éviter que ça ne dégénère derrière. »
Avec le programme de conférences prévues sur cet événement, le public apprendra que le chien était autrefois mieux considéré. C’était un animal protecteur. L’anthropologue Frédéric Torrente animera une conférence à ce sujet. Le chien polynésien le plus célèbre s’appelle Piihoro, connu pour être le taura de plusieurs familles. Il est d’ailleurs en ce moment même exposé à l’exposition universelle d’Osaka, sous la forme d’une sculpture créée par le centre des métiers d’art, dans le pavillon français. L’archéologue Paul Niva animera une autre conférence pour raconter comment les ancêtres polynésiens considéraient les chiens. « Tout ce qui peut être porté dans le débat public au sujet de nos chiens peut faire évoluer les mentalités », assure Matairii Maire. Deux tables rondes vont aussi être organisées sur les outils juridiques à disposition des citoyens en cas de maltraitance et pour les professionnels des fourrières pour échanger sur leur quotidien. D’autres événements vont également avoir lieu quelques jours plus tard.
« On s’est dit qu’il faut qu’on en parle pendant au moins un mois tous les ans. Et c’est comme ça qu’on a créé ce concept : les Tahiti ‘Uri Days. On s’est rendu compte qu’il y avait d’autres acteurs qui organisaient au même moment d’autres événements. Le 27 septembre, les clubs canins organisent une journée dédiée à l’éducation canine. Le 30 septembre et 1er octobre, le tribunal de Papeete organise un colloque juridique à l’université pour voir quelle est la place de l’animal domestique dans le droit en Polynésie française. »
Un colloque qui doit permettre de réfléchir à une meilleure adaptation des lois de protection animale à la Polynésie. Et le 4 octobre, il y aura la journée Anim’action, organisée par les commerçants du quartier du commerce.