Radio1 Tahiti

Tematai Le Gayic : « Je n’ai pas été élu par un homme, mais par les Polynésiens »

Les élus du nouveau groupe – et futur parti – souverainiste A fano tià ont présenté leurs objectifs ce mercredi. Menés par Tematai Le Gayic à l’assemblée après avoir été tous reçus par Moetai Brotherson, ils disent vouloir rester fidèles au programme de campagne de 2023, dont auraient dévié Oscar Temaru et Tony Géros avec leur « discours de radicalité » sur l’accession rapide et autoproclamée à l’indépendance. Il s’agit de mieux collaborer avec l’exécutif ces deux prochaines années, et d’éviter son renversement, de proposer une « alternative » crédible d’accession à la souveraineté, en discussion avec l’État et les autres sensibilités politiques. Quant aux présidences de commissions qui seront en débat ce jeudi, A Fano tià a refusé toute présidence pour prouver que la démarche n’est pas « intéressée ».

Lire aussi : 

Tous – ou presque – avaient refusé d’intervenir dans les médias ces derniers jours, pour pouvoir « expliquer leur démarche » collectivement. Les quinze signataires – certains étaient retenus en commission – d’une lettre de démission du groupe Tavini à l’assemblée vendredi, et qui ont officialisé mardi la création d’un nouveau groupe, étaient réunis sous le Fare pote’e de Tarahoi, avec l’autorisation du président de l’institution Tony Géros, autour de Tematai Le Gayic, qui assurera la présidence de A Fano Tià. Un nom qui, d’après Steve Chailloux, aux côtés de son ancien collègue député dans cette présentation, peut se traduire par « naviguer debout », mais surtout, « de façon plus métaphorique » et plus politique « Gardons le cap ».

https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/04/A-FANO-TIA-cahilloux-.wav?_=1

Le cap en question, c’est celui de la campagne victorieuse de 2023, et au passage celles de 2022, pour les législatives, qui s’étaient appuyées sur des nouveaux visages, mais aussi, un projet politique rédigé pour l’occasion, rappellent les 15 représentants. Un projet dont ils estiment que les dirigeants du Tavini, Oscar Temaru et Tony Géros en tête, se sont rapidement écartés par un discours « qui vise à radicaliser le débat et opposer les visions ». Les leaders bleu ciel sont même accusés d’avoir tenté de « déstabiliser » le projet politique en question et le gouvernement de Moetai Brotherson, acteur central, malgré ses démentis d’il y a dix jours, de la constitution du groupe et du parti politique qui doit en découler. Le « cap », c’est donc celui de « l’apaisement », de la « clarification » demandée « depuis des mois et que n’a jamais voulu faire » le groupe Tavini, et de la « stabilité ».

Retisser les liens entre l’exécutif et l’assemblée

A Fano Tià, troisième groupe de l’assemblée derrière le Tavini (22 élus) et le Tapura (15 élus) « s’opposera » à toute tentative de renversement de l’exécutif actuel avant la fin de la mandature. Et votera les budgets, collectifs et loi fiscales présentés par le gouvernement. Pas de chèque en blanc, assure toutefois Tematai Le Gayic : le nouveau groupe, qui estime que l’action des trois premières années de mandature n’a pas été à la hauteur des attentes sur certains sujets comme le logement, la santé, et dans une moindre mesure les transports et la vie chère, veut être davantage associé à la définition de la politique du Pays dans les deux prochaines années. « En responsabilité, on créé un groupe à l’Assemblée de Polynésie qui va essayer, ce qui n’a pas été fait depuis 2023, de discuter avec le gouvernement, partager nos idées, nos avis et surtout essayer de traduire tous les textes qui sont portés par le gouvernement, et les matérialiser au regard du quotidien des habitants de notre pays, reprend le jeune président de groupe. Parce qu’encore une fois, la rigidité du discours et les écarts entre l’assemblée et le gouvernement a fait qu’il y avait une certaine étanchéité et une incapacité à pouvoir travailler ensemble ».

https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/04/A-FANO-TIA-Tematai-objectifs.wav?_=2

« Une alternative et une meilleure manière d’accéder à la pleine souveraineté »

Les « écarts » et les tensions en question portent bien sûr principalement sur l’avenir institutionnel, que Tony Géros et Oscar Temaru reprochent à Moetai Brotherson de ne pas s’être réellement saisi. Ce sera au président du Pays de définir précisément, ce jeudi, l’ADN du nouveau groupe et du futur parti dans sa prise de parole en ouverture de la session administrative de l’assemblée. Mais A Fano Tià, « souverainiste », s’oppose quoiqu’il arrive à la « précipitation » d’Oscar Temaru et d’autres militants de la première heure, qui, « plutôt que de construire » et quitte à perdre leur « capital politique » voir « déstabiliser » le pays, veulent presser le pas pour goûter enfin au fruit du combat d’une vie. « On ne souhaite pas cette radicalité qui pense qu’une auto-proclamation ou une décision unilatérale d’indépendance pourrait fonctionner. Déjà c’est rigide comme discours, et surtout ça ne fonctionne pas, donc c’est mentir aux militants indépendantistes. C’est leur faire croire un idéal qui n’arrivera pas dans ces conditions là, insiste Tematai Le Gayic. On souhaite proposer une alternative et une meilleure manière d’accéder à la pleine souveraineté, en accord avec l’ensemble des responsables politiques polynésiens autonomistes comme indépendantiste et en accord avec les Polynésiens à l’issue d’un référendum ».

https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/04/A-FANO-TIA-tematai-institutionnel.wav?_=3

« Je n’ai pas été élu par un homme, mais par les Polynésiens »

Voilà pour la fameuse ligne « progressiste » déjà définie il y a quelques semaines, et qui a fait réagir plusieurs élus Tavini, pas franchement réjouis de se faire taxer de radicalisme pour « rester fidèle à la ligne historique du parti ». Les nouveaux membres de A Fano Tià ont subi aussi leur lot d’attaques ces derniers jours. Et ils ont tenté d’y répondre ce mercredi. Non, le groupe n’est pas « animé par des objectifs pécuniers », il a même décidé, pour le prouver de ne pas revendiquer, et même de refuser toute présidence de commissions de l’Assemblée, qui seront renouvelées ce jeudi, laissant « le groupe majoritaire Tavini organiser les commissions comme il le souhaite ». Oui, les désaccords sur la ligne politique, et notamment sur l’accession à la pleine souveraineté étaient connus de longue date. Tematai Le Gayic raconte ainsi qu’Oscar Temaru avait demandé aux trois députés élus en 2022 de démissionner le soir même de leur victoire, puis, plus tard, au président du Pays d’annoncer une date d’accession du Pays à l’indépendance, toujours pour mettre la pression sur l’État. Mais l’élu de 25 ans explique que ses collègues, Moetai Brotherson et lui ont « essayé de modifier le Tavini de l’intérieur », sans succès. « C’est la raison pour laquelle à nous a pris du temps de faire cette démarche et que ça a encore été très difficile pour beaucoup d’entre nous de se décider ces derniers jours ».

Le message : A Fano Tià veut être fidèle au programme de 2023, que les élus ont chacun « porté sur le terrain ». « Lorsque j’ai fait campagne en 2023 sur la Circo 1, il y avait pas de Tony Géros ou d’Oscar Temaru qui était venu faire campagne avec moi. J’étais tête de liste, j’ai fait ma campagne. Je l’ai fait en fonction du programme politique que nous avons eu en 2023. Et ils m’ont dit : ‘On vous fait confiance’. Et après dans une réunion à l’Assemblée on nous dit ‘votre programme de 2023, c’est du Bullshit, vous l’avez fait dans votre coin, c’est pas ce que veut le Tavini, ce n’est pas ce que veut Oscar Temaru’. Comment vous voulez qu’on puisse être sérieux vis-à-vis des polynésiens ? »

https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/04/A-FANO-TIA-tematai-vendus.wav?_=4

Tematai Le Gayic précise qu’il ‘n’y a pas de salle obscure » où le groupe s’est réuni en secret ces derniers mois pour « comploter » : les désaccords étaient « connus », mais le groupe s’est constitué « en un weekend entre vendredi Saint et lundi de Pâques », assure son président. Enfin, il reconnait, comme Tony Géros l’a souligné, que chacun des démissionnaires avait signé l’engagement de rendre son siège à Tarahoi en cas de démission du parti. Mais à l’entendre, ce engagement, qu’il a aussi fait appliquer au sein de son groupe municipal Tutahi ia Papeete, ne vaut qu’en cas de changement de conviction. « Je n’ai pas été élu par un homme, mais par les Polynésiens. Si en 2028, les Polynésiens souhaitent me sanctionner parce qu’ils estiment que j’ai trahi le mandat qu’ils m’ont donné en 2023, ils prendront leur responsabilité, conclut l’ancien député. Mais aujourd’hui quand je rencontre des Polynésiens quand je vais voir ma base politique, ils me disent, tu as bien fait de partir parce que ça correspond plus aux valeurs pour lesquelles on a voté en 2023″.