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A Fano tià : Moetai Brotherson dévoilera lui-même le « manifeste » du futur parti à Tarahoi


Ce mercredi, les quinze élus démissionnaires du Tavini ont présenté leurs objectifs et leur nouveau groupe à l’assemblée. Mais ils ont aussi confirmé que A Fano Tià – « gardons le cap » – avait vocation à se muer en mouvement politique « souverainiste », en vue notamment des territoriales de 2028. La question du leadership n’a pas encore été tranchée, précise Tematai Le Gayic, mais un « manifeste » a été « corédigé » avec Moetai Brotherson pour poser les bases idéologiques du futur mouvement, qui ne devra quoiqu’il arrive « pas être incarné par une seule personne ». Le président du Pays profitera de la tribune de Tarahoi ce jeudi 9 avril en ouverture de la session administrative pour rendre public ce manifeste.

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Si les discours d’ouverture de session de l’assemblée sont souvent très convenus dans le ton et le fond, Moetai Brotherson ne s’est pas toujours cantonné, dans ses allocutions depuis le début de la mandature, aux grandes orientations de la politique gouvernementale, aux textes transmis ou à transmettre à Tarahoi, ou à la situation générale du pays… En avril 2024, il avait notamment proposé, en vote « par assis et levé », une « motion de confiance » alors que bruissaient déjà des rumeurs de renversement de son gouvernement. Le groupe Tavini, encore constitué de 38 élus à l’époque, avait donné une « standing ovation » unanime… Comme pour « mettre le malaise sur le tapis », comme l’avait alors suggéré l’opposition autonomiste.

Ce jeudi, ils devraient être beaucoup moins de représentants à être debout pour applaudir le chef du gouvernement. Mais le discours devrait être bien plus retentissant : Moetai Brotherson, qui doit parler après le président de l’assemblée Tony Géros, va profiter de la tribune de Tarahoi, pour lire le « manifeste » du nouveau mouvement politique dont il entend accompagner le lancement dans les prochains mois. Car comme l’ont confirmé ce mercredi les quinze représentants démissionnaires du Tavini, la création du groupe A Fano tià à l’assemblée n’est qu’un premier pas. C’est bien un parti politique qui doit être lancé, et il compte bien présenter une « alternative » politique aux territoriales de 2028.

Un parti « pas personnifié »

Comme le suggérait déjà la veille Allen Salmon, qui fait partie du collectif dissident, Moetai Brotherson est bien au centre de la formation de ce groupe et de ce futur parti. Le président a reçu individuellement chacun des élus démissionnaires, échangé à plusieurs reprises avec ses responsables, à commencer par son président Tematai le Gayic, doit recevoir le collectif avec tout son gouvernement ce mercredi soir… Et a « corédigé » ce fameux manifeste, qui doit poser les bases de la « vision » et « poser le cadre » de A Fano Tià. Tematai Le Gayic précise toutefois que la structure du parti n’est à ce jour pas formalisée, et que la question de son leadership n’est pas encore tranchée. « Le plus important pour nous, c’était de stabiliser les choses à l’assemblée et au gouvernement, précise l’ancien député. Ensuite nous déciderons de comment on va organiser le mouvement ».

La réflexion est toutefois en cours sur le type de leadership, « si c’est un président, si c’est un secrétaire national, si c’est un coordinateur… ». « Par contre, il y a une chose qu’on souhaite faire, c’est de sortir de la vision traditionnelle de la politique polynésienne, c’est-à-dire que chaque mouvement politique polynésien a été incarné par son leader. Et chaque naissance et chaque mort d’un parti politique est lié à la vie politique d’un responsable politique. La décision que nous avons prise collégialement avec le président Brotherson – et il est d’accord – c’est que notre mouvement politique doit surtout survivre à l’arrêt du président, du vice-président ou des différents membres du parti. On doit réfléchir à la construction de ce parti politique et qui ne soit pas personnifié par un leader politique trop incarnant, pour éviter justement que si ce leader politique sort du parti ou décide de s’arrêter, le parti politique ne survive pas ».

« Nous faisons le choix d’un dialogue avec l’État dans le cadre d’une évolution statutaire »

Ce jeudi Moetai Brotherson devrait en dire sur la vision politique de A Fano Tià sur des questions centrales du débat public, comme l’accès au foncier, l’emploi, la vice chère, ou le logement, des thématiques sur lesquelles son gouvernement est interpellé à la fois par le groupe Tavini et par le nouveau groupe dissident. Il doit surtout définir la doctrine de A Fano Tià sur l’avenir institutionnel. Plutôt « qu’indépendantiste » les élus du groupe parle d’un mouvement « souverainiste ». Une façon d’après Tematai le Gayic de s’extraire du lexique « d’après-guerre » pour adopter un terme « aussi utilisé par des pays déjà indépendants » pour parler de leur souveraineté économique, militaire, alimentaire, énergétique… « Je pense que c’est le terme le plus adapté à la situation parce que nous sommes dans des situations d’interdépendance et de connectivité mondiales. Il n’y a pas de pays qui se gère tout seul, par contre il y a des enjeux de souveraineté. La souveraineté politique doit être polynésienne et les différentes souverainetés doivent être partagées avec les différents acteurs de la région ou à l’international ».

 

Le terme « souverainiste » avait déjà été adopté par Gaston Flosse, lors de sa transition du Tahoera’a vers le Amuitahira’a, mais pour introduire l’idée d’une souveraineté associée à la France. Tematai Le Gayic parle de « retrouver à terme notre souveraineté politique », voire de « pleine-souveraineté », mais, au travers d’une méthode différente de celle du Tavini, dont les plans de déclaration unilatérale d’indépendance, évoqués sur Radio1 par Tony Géros fin mars, sont considérés comme « radicaux » et contraires à ses propres « valeurs pacifiques et démocratiques ». « Nous faisons le choix d’un dialogue avec l’État dans le cadre d’une évolution statutaire, reprend le président du groupe. Parce que pendant qu’il y a des réalités polynésiennes qui ne peuvent pas être mises de côté pendant qu’on étudie une évolution statutaire ». Plutôt que le « grand soir » de la déclaration d’indépendance, A Fano Tià accepte ainsi l’idée d’une politique des « petits pas », avec de potentielles « évolutions statutaires » qui peuvent être négociées avec Paris en attendant des discussions de fonds sur l’avenir institutionnel. « Il y a des retards dans l’administration polynésienne liés à la rigidité du statut d’autonomie, il y a plein de sujets… Et quand on les a posés à l’intérieur du Tavini, on nous a répondu ‘On ne touche pas au statut d’autonomie parce que nous ce qu’on veut, c’est l’indépendance’. On ne peut pas répondre au quotidien des Polynésiens en ayant cette rigidité ».

Sur notre plateau, le 31 mars, Tony Géros avait critiqué cette approche, en pointant que l’État avait déjà exprimé clairement son refus de discussion sur la souveraineté polynésienne, et n’accepterait, sans pression internationale, que des évolutions au sein du statut d’autonomie. Tematai Le Gayic et Steve Chailloux lui répondent que la stratégie adoptée ces trois dernières années n’a pas fait avancer « d’un kopek » l’évolution institutionnelle. Un bilan que Tony Géros et Oscar Temaru attribuent justement au refus de Moetai Brotherson d’avancer dans la confrontation avec Paris.

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