ACTUS LOCALESPOLITIQUE « Il y a des relations occultes entre les personnes qui fomentent ce groupe et le président du Pays » Charlie Réné 2026-03-31 31 Mar 2026 Charlie Réné Qu’ils aient un groupe ou deux à Tarahoi, les élus indépendantistes ne feront pas tomber le gouvernement Brotherson, a réaffirmé Tony Géros dans l’invité de la rédaction ce mardi. Mais le président de l’assemblée n’en règle pas moins ses comptes avec celui du Pays, qui aurait dû faire part de ses désaccords avec la ligne du parti avant de revendiquer la tête de l’exécutif en 2023, et qui devrait démissionner par « honnêteté intellectuelle ». Surtout, Moetai Brotherson, qui assure ne faire que « remonter des informations » sur la constitution d’un groupe dissident, est accusé d’appeler directement les élus de l’assemblée. Pour préparer 2028 ? « Peut-être, certainement », répond Tony Géros. Lire aussi : Au Tavini, des élus « tiraillés » par des « conflits de loyauté » Des sujets « qui touchent à l’intimité même du parti » et « qu’on n’aurait pas dû ouvrir à tout le monde ». C’est le sentiment de Tony Géros sur la réunion tenue samedi au siège du Tavini. Une réunion, qui devait être consacrée à l’échec électoral des municipales, au-delà mais dont le ton est monté très haut, et dont certaines déclarations ont fait du bruit bien au delà du parti indépendantiste. Et pour cause, Moetai Brotherson y a non seulement affiché, plus clairement que jamais, ses désaccords avec la ligne officielle du Tavini sur la stratégie d’accession à la souveraineté et sur l’exploitation des ressources marines, mais il a aussi confirmé la création en cours d’un groupe indépendantiste dissident à l’assemblée, soulevant beaucoup d’interrogations sur la stabilité politique des deux dernières années de la mandature. Démission et « honnêteté intellectuelle » Pour Tony Géros, pourtant, la stabilité du gouvernement, « ce n’est vraiment pas un sujet », comme il l’a affirmé dans l’Invité de la rédaction ce mardi. De ce côté-là, Moetai Brotherson et Oscar Temaru avaient déjà rassuré au lendemain de la réunion, sur les plateaux télé. Le président du Pays en assurant qu’il ne démissionnerait pas, et le président du parti, en expliquant que l’exécutif resterait en place jusqu’à la fin de la mandature. Tony Géros confirme cette ligne : « Il a voulu être président, qu’il l’assume jusqu’au bout. » Mais il précise tout de même que « l’honnêteté intellectuelle » devrait pousser ceux qui ne sont « plus en phase avec les objectifs du parti et la ligne de conduite du parti » à démissionner, plutôt que « de dire ‘c’est moi qui ai le raisonnement qui tient la route’ et il faut que le parti dévie de ses objectifs pour rejoindre les miens ». « Quand je ne serai plus en phase avec mon parti, je vais démissionner du parti. Je ne vais pas aller crier sur tous les toits que je ne suis plus en phase, mais j’y reste », insiste-t-il. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/03/TONY-2-.wav Moetai Brotherson, devant les militants et à plusieurs reprises dans les médias, l’a affirmé : ses convictions sont « connues de longue date », et « non négociables ». Des convictions qui le poussentà refuser l’exploitation des ressources marines au nom de l’environnement – un sujet d’opposition déjà très clair avec Oscar Temaru et Tony Géros – et à se positionner pour une « indépendance construite intelligemment et préparée » – quitte à ne pas la voir de son vivant -, et qui passe par un « référendum » et pas par une « autoproclamation » (lire ci-dessous). Une critique de fond de la stratégie du parti qui, pour Tony Géros, remet en cause « 50 ans » de combat et de débats au sein du Tavini. « C’est un sujet qui a été traité de génération en génération pour aboutir aujourd’hui à l’objectif qu’on défend au sein du parti », assure le vice-président. Pour Tony Géros, si Moetai Brotherson n’adhère pas à cette ligne, il aurait dû le faire savoir de longue date. « Ça aurait été plus honnête au départ de l’affirmer et de ne pas souscrire à cette proposition qui lui a été faite de diriger le pays » souffle-t-il… Même si l’ancien député parle d’indépendance préparée et de référendum depuis longtemps… Et n’a pas axé son discours de sa campagne victorieuse de 2023 sur l’avenir institutionnel du pays. Des « relations occultes » entre les élus démissionnaires et le président du Pays Tony Géros aurait donc préféré, ce samedi, plutôt que de ces sujets « intimes au parti », parler des résultats des municipales, non pas « catastrophiques », comme l’estime le président du Pays, mais qui dénotent bien une « régression ». Le parti en a vu d’autres, et il saura rebondir commente, en substance, le militant historique qui fêtera ses 70 ans en juillet. La défaite, y compris la sienne, des plus sèches, à Paea, il l’attribue non pas à des « erreurs stratégiques » et à la confusion des thématiques de campagne, mais à la politique du gouvernement qui ne répond pas, sur la vie chère, l’autonomie alimentaire, le logement ou, justement, la marche vers l’indépendance, à l’attente des électeurs Tavini. « C’est ce qu’on nous reproche quand on va voir notre population, ils veulent même à la limite ne plus nous entendre parce qu’ils nous ont écoutés en 2023, ils y ont cru, et aujourd’hui ils n’y croient plus », explique-t-il. Aussi, le président de l’assemblée « espère bien » que la demande de réalignement de l’exécutif sera bien prise en compte. Quant à savoir pourquoi Tarahoi ne présente pas davantage de propositions de loi, comme cela avait été annoncé en début de mandature, il rappelle que c’est l’exécutif qui dispose des services qui peuvent préparer au mieux ces textes, et qui prendra de toute façon les arrêtés d’application. Les élus de l’assemblée, notamment de la majorité, débattent, acceptent ou refusent et surtout servent de « sentinelles et lanceurs d’alerte » sur le train des réformes. Et ces élus, justement, sont au centre de tous les pronostics. Si aucun d’entre eux, depuis la démission de Tematai Le Gayic, n’a annoncé vouloir quitter le groupe Tavini à Tarahoi, plus personne ne doute sur la volonté de plusieurs d’entre eux de le faire. Combien seront-ils à faire bande à part le 9 avril ? Tony Géros ne s’exprime pas, renvoyant les discussions de fonds sur le président de groupe, Oscar Temaru. Mais il dénonce les annonces faites par Moetai Brotherson, qui voit « 14 à 29 » des 36 élus bleu ciel, Tematai Le Gayic inclus, acter un départ à l’ouverture de la session administrative. « Que des choses comme ça soient dites par un président de groupe ou de l’assemblée, je peux comprendre, mais un président du Pays… Je crois qu’il y a des relations tout à fait occultes et particulières entre les personnes qui fomentent ce groupe et le gouvernement ou le président du Pays pour qu’il ait la capacité de dire ‘il y aura deux groupes’ « . https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/03/TONY-tendance-a-annoncer-des-choses.wav Aucun doute : plus que faire remonter des informations, le président « appelle les élus pour aller le voir ». « Je ne sais pas pourquoi, peut-être pour parler de l’avenir de la Polynésie », sourit Tony Géros. Pense-t-il que Moetai Brotherson prépare les prochaines territoriales hors du Tavini ? « Peut-être, certainement ». « C’est des problèmes relationnels, mais au moment du vote, ils vont tous voter d’une seule main » Le président de l’assemblée, lui, dit ne toujours pas « vouloir croire » à une scission qui, à ses yeux, n’aurait pas d’intérêt autre que d’affaiblir le mouvement indépendantiste. Les élus qui formerait leur propre groupe ne seraient pas forcés de démissionner du Tavini, explique son vice-président. Et leur démarche ne remettrait pas en cause le fonctionnement des institutions, estime-t-il, puisque les deux groupes continueraient à voter les textes du gouvernement. « En fait, c’est des problèmes relationnels. Je ne m’entends pas avec machin, donc je ne vais pas rester dans ce groupe parce que je ne veux pas le voir ou je ne veux pas rester dans cette « Mec » (mise en commun de moyens parlementaires, ndr) parce que je ne suis pas d’accord avec eux. Voilà, bon, ça c’est des problèmes relationnels, mais au moment du vote, vous verrez, ils vont tous voter d’une seule main ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/03/TONY-problemes-relationnels-.wav Réponse sur le groupe en début de semaine prochaine, lors des discussions sur la répartition des sièges à l’assemblée. Et réponse sur les votes, lors de l’étude des premiers textes de la session administrative, à partir du 9 avril. Référendum contre déclaration unilatérale d’indépendance L’accession à la souveraineté doit bien être l’objectif premier de tous élus Tavini, rappelle, en substance Tony Géros, et le référendum n’est pas un passage obligé pour exprimer « le choix d’une population » de devenir indépendant. « On a été réinscrit depuis le 17 mai 2013 rappelle-t-il. La suite normale, c’est la reconnaissance par l’État français de la réinscription de la Polynésie et l’ouverture du dialogue afin de parvenir à l’étape du référendum. Ça veut dire que si l’État ne veut pas ouvrir le dialogue, il ne veut pas organiser de référendum ici. Donc pourquoi demander un référendum à l’État ne veut pas l’organiser ? Il nous reste quoi au niveau international ? Il nous reste la légitimité d’une déclaration unilatérale » d’indépendance. Une déclaration qu’Oscar Temaru évoque « pour 2028 » d’après son vice-président, et qui donnerait, à défaut de conséquences juridiques en droit français, une « légitimité internationale » au mouvement… À condition d’être reconnue par d’autres états.