ACTUS LOCALESPOLITIQUE Collectif budgétaire : « Je ne joue pas au poker, je joue aux échecs » La rédaction 2026-07-09 09 Juil 2026 La rédaction À la veille d’une nouvelle étude, à Tarahoi, du collectif de report des crédits de paiement rejeté fin juin, A Fano Tià et le Tavini auraient trouvé un terrain d’entente. C’est en tout cas ce qu’annonce le tout jeune parti, dont la constitution n’a toujours pas été actée au JOPF. Lors d’une rencontre entre Moetai Brotherson, Oscar Temaru, Tematai Le Gayic et Tony Géros, les deux formations indépendantistes auraient réaffirmé leur « volonté commune » de se concentrer sur « les enjeux majeurs » du Pays. Et donc pas sur un bras de fer qui aurait pu aboutir à la chute de l’exécutif ou au blocage de certains chantiers. Le président du Pays dément en parallèle, et malgré d’autres options qui s’offraient au gouvernement, toute stratégie d’affrontement dans ce dossier, mais une procédure conforme aux exigences du statut. [MàJ 22h00 : le Tavini a démenti catégoriquement le communiqué de A Fano tia, parlant de « mensonges et de manipulations » et a « acté la démission d’office de Moetai Brotherson] C’est la grande question de la semaine, depuis l’annonce du gouvernement de représenter en l’état son « collectif 2 ». Les élus Tavini vont-il voter ces deux projets de délibérations portant report des crédits de 2025 sur l’année 2026, après les avoir rejetés, comme l’opposition autonomiste, au mois de juin ? Moetai Brotherson en tout cas, compte bien les y pousser : le président est prêt à engager la responsabilité de son gouvernement si ce collectif technique, dont le rejet, inédit, menace de bloquer le paiement de plusieurs centaines de prestataires du Pays, n’était toujours pas adopté. « Volonté commune », mais pas communiqué commun Ce jeudi matin, ce n’est pas le Tavini, mais A Fano tià qui apporte un élément de réponse. Et il le fait par communiqué, le premier du parti politique qui a tenu une assemblée générale se voulant discrète le 20 juin, mais dont la constitution n’a toujours pas été actée au Journal officiel. Un communiqué signé par le président du parti A fano tià Moetai Brotherson et par son vice-président Tematai Le Gayic, aussi chef du groupe à l’assemblée. Tous deux annoncent avoir rencontré le président du Tavini Oscar Temaru et le président de l’assemblée Tony Géros mercredi pour parler de ce blocage. « Les deux formations ont réaffirmé leur volonté commune de concentrer leurs efforts sur les enjeux majeurs qui engagent l’avenir du Pays », annonce le jeune parti, avec en « priorité immédiate, l’adoption en seconde lecture du collectif 2 », en plénière ce vendredi. « Ce vote est essentiel afin d’éviter tout blocage économique, notamment concernant les crédits déjà engagés au titre du budget 2025 », précise ainsi A fano tià. Les dirigeants des deux partis indépendantistes ont également, toujours d’après les soutiens de Moetai Brotherson, discuté du collectif 3, qui avait été déposé à l’assemblée puis retiré après le rejet du collectif 2. « A Fano tià et la Tavini entendent saisir cette nouvelle étape pour proposer, chacun selon sa méthode et sa vision propre, des réponses concrètes aux attentes des Polynésiens », peut-on lire dans le communiqué, qui n’est pas cosigné par le Tavini. De la « procédure », pas un coup de poker, assure Moetai Brotherson Interrogé, ce jeudi matin, en marge d’une conférence de presse, sur la séance de vendredi, Moetai Brotherson confirme qu’il prévoit bien de mettre en jeu la responsabilité du gouvernement en cas de rejet, mais dément toute stratégie d’affrontement et autre « coup de poker ». « J’a vu un déchaînement d’analyse politique autour d’un 49-3 au lait de coco, la réalité est beaucoup plus prosaïque et plus pragmatique. On fait une lecture simple du statut et son article 156-1. C’est pour ça qu’on a représenté le collectif 2 à l’identique, puisqu’il n’y a eu aucun amendement déposé lors de la séance. Le statut ne nous permet pas de représenter un document différent. De toute façon ça n’a pas de sens, puisque ce collectif est un acte technique, comptable, de report de crédit, c’est simplement ça ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/07/MOETAI-COLLECTIF-1.wav « Je ne joue pas au poker, je joue aux échecs », pointe le président du Pays, qui aurait pu tout de même choisir, comme ça avait été l’option un temps évoquée du côté du ministère des Finances, de mêler le collectif 2 au collectif 3, et d’y intégrer certaines demandes de l’assemblée… Bref de jouer la carte de la diplomatie institutionnelle. Mais Moetai Brotherson ne voit « aucune raison de dénaturer » le collectif de report de crédit. « La discussion, elle doit et elle va intervenir autour du collectif 3, qui est là un acte plus politique, ou on peut parler d’orientation, de ce qui manque ou de ce qui doit être amélioré », assure le président, qui dit « miser sur l’intelligence humaine ». « Ça a été dit par certains, ce rejet, c’était un acte politique. Aujourd’hui, la réalité est face à nous tous : nous avons reçu les professionnels du BTP, très inquiets. Ils comptent sur l’adoption de ce collectif 2 sinon certains vont mettre la clé sous la porte. Nous recevons aujourd’hui d’autres secteurs productifs. Tous sont dans l’attente de cet acte technique ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/07/MOETAI-COLLECTIF-2.wav À noter que lors de la rencontre entre les Tavini et A Fano tià aurait aussi été convenu, d’après le plus jeune des deux partis, « qu’aucune restitution » concernant les crédits des frais de campagne « n’était à opérer ». Tahiti Infos s’était fait l’écho cette semaine de cette demande de plusieurs représentants d’être remboursés par Oscar Temaru de leurs contributions à l’élection de 2023, ce qui avait été dénoncé par de nombreux soutiens du Tavini.