ACTUS LOCALESÉCONOMIEPOLITIQUE Le Tavini veut une « mission d’information temporaire » sur les transferts de l’État Lucie Rabreaud 2026-07-09 09 Juil 2026 Lucie Rabreaud La présentation annuelle des dépenses de l’État, chiffrées à 226 milliards en 2025, n’a pas été du goût du Tavini. Le parti reproche au Haut-commissaire d’avoir qualifié de « légende urbaine » l’idée, développée par les bleu ciel jusqu’à New York, selon laquelle l’essentiel des transferts d’État repartirait vers la métropole. Refusant la « logique de dépendance narrative », le mouvement indépendantiste demande de nouveau un décompte précis de ces flux. La commission d’enquête sur la « valeur » de la Polynésie ayant été retoquée par la justice, il s’agit désormais de lancer une mission d’information. « Si l’État français est réellement soucieux de la bonne gestion de l’argent public, il accueillera cette démarche à bras ouverts. » Lire aussi : Le retour en métropole des transferts de l’État, une « légende urbaine » pour le Haut-commissaire Après la traditionnelle présentation annuelle des transferts de l’État pour l’année 2025 lundi, les indépendantistes maintiennent leurs questions sur la part de ces 225,6 milliards de francs de l’État « effectivement retenue » dans l’économie du fenua, mettant en doute le raisonnement et les chiffres détaillés par le Haut-commissaire de la République en Polynésie. Alexandre Rochatte avait, au cours de la présentation, adressé l’idée qu’une part importante de ces transferts retournait vers l’État sous diverses formes, et notamment d’importations depuis la France. « Une légende urbaine qui ne tient pas la démonstration », avait-il commenté, listant divers arguments : seuls 23 % du volume de biens importés en Polynésie proviennent de métropole ; les commandes de biens ou de prestations auprès d’entreprises françaises n’arrivent pas dans les poches de l’État – et sont taxées localement ; le gros de ces transferts est versé sous forme de pensions et de salaires dépensés localement, les aides nationales ne sont pas conditionnées à des achats français… Une réflexion qui agace le parti indépendantiste : « Dès qu’il s’agit de comprendre ce que ces flux deviennent ensuite dans l’économie réelle, la rigueur statistique semble soudain céder la place à la raillerie. Curieuse conception de la transparence : compter avec minutie ce qui entre, puis tourner en dérision ceux qui demandent à savoir ce qui circule, ce qui reste et de qui ressort. » « Ce ne sont pas des fantasmes » Lors de la même présentation organisée à bord d’une goélette achetée grâce à la défiscalisation, les représentants de l’IEOM avaient précisé que ses publications sur la balance des paiements isolaient, chaque année, la part des dépenses d’État qui restent dans le Pays et celles qui repartent, notamment au travers de l’épargne métropolitaine de certains fonctionnaires ou militaires, ou des cotisations sociales payées aux caisses nationales. Résultat : 160 milliards de francs de solde positif pour la Polynésie. Le Tavini avance d’autres données, elles aussi issues de l’IEOM, qui place la France comme le premier partenaire commercial de la Polynésie avec 54% des transactions de biens, services et revenus. « La balance des paiements montre aussi un déficit des échanges de biens de 222,3 milliards de francs, un excédent des services de 78,8 milliards, des revenus publics importants, et des sorties nettes au compte financier », précise le parti, même si ces chiffres ne concernent pas spécifiquement les relations de la Polynésie à la Métropole, mais à l’ensemble de ses partenaires commerciaux, dont les États-Unis, la Nouvelle-Zélande, les Pays d’Asie, ou les autres pays européens. Reste que pour le Tavini, les transferts vers l’extérieur « ne sont pas des fantasmes. Ce sont des flux économiques observables ». « Cartographie objectivée des concours publics de l’État » Le parti d’Oscar Temaru avait déjà essayé, en juillet dernier, de faire un point précis sur « la valeur » de la Polynésie pour l’État avec la création d’une commission d’enquête « chargée de recueillir tous les éléments d’information relatifs aux enjeux géostratégiques, environnementaux, économiques et financiers de la Polynésie française et de sa zone économique exclusive » en 2025. Une commission dotée d’un budget exceptionnel de 25 millions de francs, et qui avait été contestée par le camp autonomiste, qui y voyait un « fouillis qui ne répond qu’à un objectif idéologique ». Sa constitution avait finalement été annulée par le tribunal administratif pour un problème de compétence : selon la juridiction, une commission d’enquête ne peut enquêter que sur des faits déterminés, ou sur la gestion des deniers publics, et celle-ci était une « mission d’audit et de conseil ». Les indépendantistes ne renoncent pas à leur volonté d’ « analyser la nature réelle des relations économiques, financières, stratégiques et environnementales » et réclament aujourd’hui la mise en place d’une « mission d’information temporaire » pour « établir une cartographie objectivée des concours publics de l’État et des flux économiques associés ». « Si l’État français est réellement soucieux de la bonne gestion de l’argent public, il accueillera cette démarche à bras ouverts. » Dans leur communiqué, le parti bleu ciel insiste sur une exigence qui doit intéresser tout le monde, « que l’on soit indépendantiste, autonomiste, citoyen ma’ohi ou contribuable français ». Cet exercice de présentation des transferts de l’État « n’est pas neutre », elle contribue, pour le Tavini, « à entretenir une doctrine politique bien connue : sans les fonds de l’État, la Polynésie française ne serait rien ». Une « logique de dépendance narrative » que le parti refuse, assurant « ne pas avoir peur des chiffres ».