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Au Tavini, des élus « tiraillés » par des « conflits de loyauté »


Seule une moitié des élus du groupe bleu ciel à l’assemblée avait répondu, ce mardi, à l’invitation d’Oscar Temaru. Au siège du Tavini de Faa’a, le président du groupe et du parti a mis en garde contre les projets de scission à Tarahoi et rappelé le cap du combat indépendantiste. Face à lui, des représentants fidèles à la ligne historique du parti qui s’étonnent de voir Moetai Brotherson s’en écarter, et « passer des coups de fil » à certains de leurs collègues pour « former un autre parti ou un autre groupe ». Mais aussi des élus qui n’ont pas encore fait leur choix, comme Thilda Garbutt, qui pointe que les « tiraillements » viennent du « triumvirat » de responsables Tavini, plus que de Tarahoi ou que de la base militante du parti.

C’est en tant que chef de parti, mais surtout en temps que chef de groupe à l’assemblée qu’Oscar Temaru avait convoqué une réunion, ce mardi, au siège du Tavini de Faa’a. Il s’agissait de discuter avec les 36 élus bleu ciel de Tarahoi – 35 en retirant Tematai Le Gayic, dont la démission n’a toujours pas été actée à Tarahoi – mais seule une petite moitié de l’effectif avait répondu présent. « Certains étaient excusés », note-t-on au parti. Pas de surprise dans le message : le leader indépendantiste a appelé à l’union, et a rappelé le cap du combat indépendantiste, comme il l’a fait dimanche soir sur le plateau de TNTV, et les engagements pris par les candidats Tavini devant les militants du parti en 2023.

Mais si Oscar Temaru estime que la réconciliation est « possible », beaucoup, à la sortie du siège du parti à Faa’a, sont déjà résignés à voir la majorité Tavini se scinder en deux. « À ce stade, la question de savoir qui part », note Thilda Garbutt, pour qui les « tiraillements » étaient présents « dès le début, dès 2023 », après que le choix du président du parti de confier à Moetai Brotherson l’exécutif du Pays « alors que Tony Géros voulait peut-être autre chose ». « Déjà la cassure a été un peu annoncée, dit-elle. Alors quand on dit que c’est la faute des gens de l’Assemblée, je dis non, parce qu’on fait notre boulot ».

Des tiraillements « qui viennent d’en haut »

Cette « cassure » était aussi apparente depuis 2024, dans les « mises en commun » (ou « MEC ») de moyens entre élus à l’assemblée . Vu les désaccords de personnes – et donc de choix de collaborateurs – et les différences de vision politique, deux groupes se sont formés et Thilda Garbutt fait partie du groupe d’une petite quinzaine de représentants que Tematai le Gayic a qualifié de « progressistes ». Des « amis », qui « travaillent beaucoup ensemble », précise-t-elle. La retraitée de l’éducation que le parti avait choisi de ne pas soutenir aux municipales pour miser sur Tevaiti Pomare, fait donc partie, comme Tahia Brown, Frangélica Bourgeois, Rachelle Florès, Béatrice Le Gayic, ou Elise Vana’a, entre autres, des élus que beaucoup voient rejoindre Tematai Le Gayic ou Odette Homai dans un deuxième groupe indépendantiste. Et pourtant, la représentante de 72 ans, « comme beaucoup » de ses collègues est « tiraillée ».

« Le 9 avril je ne sais toujours pas ce que je vais faire, je suis en plein conflit de loyauté. J’aime mon groupe actuel mais je me rends compte, en fin de compte que lorsqu’un annonce quelque chose, l’autre fait le contraire. Et pourtant ce sont des gens qui mangent ensemble soi-disant, qui devraient régler les problèmes, se désole-t-elle. Le triumvirat du haut devrait donner les consignes vers le bas, or, on assiste à déjà des tiraillements qui viennent d’en haut ».

Le « message de paix » et d’union d’Oscar Temaru, Thilda Garbutt « l’entend » mais elle dit aussi « faire confiance » à Moetai Brotherson et à sa « façon de gérer ». La fidélité au parti, oui, mais « si on est aux affaires, ce n’est pas qu’avec les voix du Tavini, il y a beaucoup de personnes qui ne sont pas forcément Tavini qui apprécient » le président du Pays. « Et il ne faut pas décevoir aussi toutes ces personnes là ». 

Moetai Brotherson « passe des coups de fil »

Et le rôle de Moetai Brotherson dans cette phase de tension a aussi été au centre des discussions ce mardi. Si le président du pays a pris soin de se détacher de la démarche entreprise par les élus de l’assemblée, « dont il ne fait pas partie », plusieurs élus de l’assemblée disent avoir reçu ou avoir eu vent de « coups de fil » du président. « Pour sonder la majorité », estime Thilda Garbutt. Pour les pousser à la scission, estiment d’autres. « C’est ce qu’on entend, qu’il appelle les élus pour former un autre parti ou un autre groupe, mais il faut que les choses soient claires, s’agace Heinui Le Caill. Une bonne fois pour toute, qu’il nous dise les choses ».

Heinui le Caill, lui, « n’a pas été appelé » et il fait partie des élus Tavini sûrs de leur affiliation au parti et au groupe bleu ciel à l’assemblée. Comme Maurea Maamaatuaiahutapu qui réagit à l’idée, développée par Moetai Brotherson, selon laquelle le discours actuel du Tavini, sur la stratégie d’accession à l’indépendance ou sur l’exploitation des ressources marines, ne correspondrait pas aux engagements pris devant les électeurs lors des territoriales de 2023. « Nous, on a battu campagne sur Faa’a sur Faa’a ou Punaauia, et [le discours] n’a jamais changé : la question de l’indépendance était soulevée, était présentée aux militants. Maintenant, qu’on me catalogue comme « radicale », c’est le problème des autres. Je suis indépendantiste et je le reste ».

La réunion de ce mardi, qui n’a réuni que très partiellement le groupe Tavini à l’assemblée, n’a donc pas beaucoup fait avancer le débat. Prochain rendez-vous : le mardi 7 avril, à deux jours de l’ouverture de la session administrative à l’assemblée. Une réunion à Tarahoi pour discuter des sièges et des présidences de commission, qui doivent être redistribués lors de la première séance de la session, jeudi 9 avril.

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