ACTUS LOCALESPOLITIQUE « Si vous ne vous entendez plus avec les objectifs du Tavini, vous en partez » Charlie Réné 2026-02-10 10 Fév 2026 Charlie Réné Interrogé sur la démission d’Odette Homai, et les demandes de « clarification » de Tematai Le Gayic, son vice-président a regretté, au micro de Radio 1, que ceux à qui le parti « avait permis d’arriver aux affaires du pays semblent maintenant venir contredire ses objectifs ». Des objectifs qui n’ont jamais changé d’après lui : les recours contre l’État y répondent, comme la communication intense sur les ressources marines, pourtant premier sujet de fracture au sein du mouvement. Qu’importe : « Vous venez au Tavini, vous suivez le groupe, ses objectifs », à défaut, « vous en partez ». Car pour le président de l’assemblée, il n’y a pas de « Tavini de gauche, de droite ou du centre ». « On est indépendantiste, point barre ». Lire aussi : Le Tavini veut mettre les ressources marines au coeur des municipales En préparation des municipales, et désormais en campagne pour un nouveau mandat à Paea, Tony Géros est resté discret, ces dernières semaines, sur les tensions toujours plus visibles qui parcourent le Tavini. Pas de réaction à la démission du groupe bleu ciel à Tarahoi d’Odette Homai, qui ne l’a d’ailleurs « pas sollicité ». Pas de réponse non plus à Tematai Le Gayic qui juge qu’une « clarification » est devenue nécessaire au sein du parti. En marge d’un interview sur son bilan et son projet communal, le président de l’assemblée et vice-président du Tavini a tout de même apporté des éléments de réponse au micro de Radio 1 et Tiare FM ce mardi. « Pas de Tavini de gauche ou de droite ou du centre » D’abord sur le départ de la jeune élue des Tuamotu, qui disait fin janvier être « née dans le Tavini » mais ne plus comprendre aujourd’hui le cap du parti qui « évince » ses jeunes, n’explique pas ses décisions et veut « précipiter » les changements sur les questions de souveraineté. « J’ai 40 ans de présence de présence au sein du Tavini, et je sais exactement quels sont les objectifs du Tavini, répond Tony Géros. Je regrette qu’elle vienne juste d’entrer au Tavini et qu’elle soit déçue de ne pas connaître les véritables objectifs ». Même réponse à Tematai Le Gayic, qui dit observer le fossé se creuser entre le courant « progressiste » et le courant « radical » du mouvement. « Il n’y a pas de Tavini de gauche, de droite ou du centre. Il y a des indépendantistes qui veulent accéder à leur souveraineté, c‘est tout, insiste le président de l’assemblée. On utilise tous les moyens pour accéder à cette souveraineté, sauf ceux qui font appel à des moyens proscrits par la loi. Voyez ce que je fais : je vais devant la justice, je demande à l’État de dialoguer pour pouvoir préparer cette décolonisation, avant d’accéder à la souveraineté. Mais je ne sais pas ce qu’ils veulent en plus que ce qu’on fait déjà, ce qu’ils veulent faire. Qu’ils nous disent clairement, on n’arrive pas à comprendre ». Une incompréhension des deux côtés, donc, et des regrets aussi partagés : « On est un parti indépendantiste qui est né en 1977, et ce parti continue à perdurer. Il est même arrivé aux affaires du Pays, rappelle Tony Géros. Moi ce que je regrette, c’est que ceux qui profitent du fait que le Tavini leur ait permis d’arriver aux affaires du pays semblent maintenant venir contredire les objectifs du parti. Non ! On est des indépendantistes qui veulent accéder à leur souveraineté, point barre ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/02/GEROS-TAVINI-1-pas-de-gacueh-ou-droite.wav Un « problème de fond » avec Tematai Le Gayic Odette Homai avait aussi dénoncé la décision d’Oscar Temaru de soutenir Tauhiti Nena à Papeete quelques mois après avoir proposé le nom de Tematai le Gayic devant le congrès du parti. Une décision qui résulte pour le vice-président d’un « problème de fond », plus que d’un calcul électoral. « Dès lors que Tematai s’est affiché d’une manière contraire aux objectifs du parti, surtout sur l’exploitation des fonds marins, le président du parti a pris une décision différente », explique-t-il. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/02/GEROS-TAVINI-probleme-de-fond-avec-tematai.wav De fait, l’exploitation des fonds marins est au cœur de la fracture actuelle du Tavini. Oscar Temaru ne cesse de brandir les richesses potentielles des profondeurs pour assurer de la viabilité économique de l’indépendance. Ce qui implique bien sûr une exploitation, jugée très risquée environnementalement par de nombreux chercheurs et par plusieurs pays, dont la France. Moetai Brotherson, comme une partie de la jeune garde du Tavini, s’est depuis longtemps rallié à ce camp, faisant voter une interdiction d’exploitation dans la ZEE et allant jusqu’à déclarer qu’il faudrait lui « passer sur le corps » pour aller remuer les fonds à la recherche de ces nodules polymétalliques. Ressources profondes : « on n’est pas bêtes » Dans le même temps, les cadres du Tavini n’ont jamais autant communiqué sur le sujet, que son président veut voir s’installer au cœur de la campagne des municipales. « Ce qu’on a obtenu des Nations Unies en 2016, c’est que l’ONU reconnaissance la propriété du peuple de Polynésie sur toutes ses richesses, y compris celles qui se trouvent au fond des océans, reprend Tony Géros. Et ce qu’on dit c’est que donc à nous de décider si on doit protéger ou si on doit exploiter. On a pas a s’accrocher à une décision nationale, pour dire que parce que la nation demande de protéger on va protéger. Non : nous on demande que c’est nos richesses et que si on veut les exploiter on va les exploiter, point barre, ça s’arrête là ». Pour autant, le maire sortant de Paea indique ne pas vouloir mettre le sujet au devant de son discours pendant la campagne en cours. « Mais s’il y a des questions, on va répondre ». Que répondre, justement à ceux qui s’inquiètent de l’impact néfaste d’une telle exploitation ? « On va leur dire : on n’est pas bêtes. On va attendre que la technologie évolue suffisamment, qu’au niveau de l’ensemble de la planète, on ait trouvé les moyens pour sécuriser l’exploitation. Et ensuite, voir comment les grands pays vont être exploités – parce que Trump veut déjà exploiter au niveau de Clipperton l’ensemble des ressources sous-marines – pour prendre notre décision. Voilà, c’est comme ça, on n’est pas bêtes ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/02/GEROS-TAVINI-2-on-est-pas-betes-on-va-attendre-.wav « Vous venez au Tavini, vous suivez le groupe. Si vous ne vous entendez plus avec, vous vous en aller » Tony Géros conteste donc tout « changement de cap » au Tavini, et rappelle son objectif principal : l’ouverture d’un dialogue de décolonisation toujours refusé par Paris malgré les injonctions de l’ONU. Pas sûr que ces réponses suffisent à faire baisser les tensions au sein du Tavini. Le président de l’assemblée ne semble toutefois pas s’inquiéter de nouveaux départs dans le groupe bleu ciel qui compte toujours 37 membres parmi les 39 du début de la mandature. « Vous venez au Tavini, vous suivez le groupe, ses objectifs, répond-il. Si vous ne vous entendez plus avec, vous en partez, il y en a plein qui nous ont quittés ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/02/GEROS-TAVINI-si-tes-pas-daccord-tu-ten-vas.wav