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Le Tavini veut mettre les ressources des profondeurs au cœur des municipales

Le parti indépendantiste avait convoqué samedi l’ensemble de ses responsables de tomite et d’instances à une « réunion d’information ». À l’ordre du jour : la question de la souveraineté de Maohi Nui sur ses ressources marines, et sur le potentiel économique des nodules et autres minerais des profondeurs. Une thématique qui oppose de plus en plus frontalement Oscar Temaru et Moetai Brotherson et plus généralement les deux courants du parti. L’heure n’est pas à l’apaisement : son leader historique, aux côtés de Tony Géros, a demandé à la faire figurer dans les discours et propagandes de campagne de toutes les listes soutenues par le Tavini aux municipales.

Lire aussi : Au Tavini, une clarification de la ligne demandée après les municipales

Instances dirigeantes, responsables de cellules, conseil des sages, présidents et membres de tomite de quartiers, de commune, de jeunes… Tous étaient convoqués, ce samedi après-midi, au siège du Tavini à Faa’a pour une « réunion très importante ». Une réunion « d’information » et d’échanges, qui a réuni une petite centaine de personnes face à Oscar Temaru, entouré pour l’occasion de Tony Géros et Vito Maamaatuaiahutapu – et rejoint sur scène par Ronny Teriipaia. Une réunion qui a débuté par la projection d’un montage vidéo où se sont succédés les images de discours et interviews du président du parti, les extraits de documentaires ou de prises de paroles de responsables nationaux, les références à l’Onu… Des documents qui tournent autour d’un même thème qu’il s’agit pour les participants de mettre au devant des discussions en cette période de campagne municipale : les ressources minières des profondeurs, et notamment les fameux nodules polymétalliques qui jonchent, à plusieurs milliers de mètres sous la surface, une bonne partie des grands fonds du Pacifique.

Des minerais présents aussi dans la ZEE polynésienne, et qui sont présentés comme un objet de convoitise internationale, et une des raisons qui poussent la France à refuser l’application des résolutions de l’Onu sur le droit de la Polynésie à l’autodétermination. Ainsi, on entend dans la vidéo Emmanuel Macron parler de campagnes de recherche sur le sujet, Eric Zemmour parler d’un « pactole » exploitable par la France… Ou encore un représentant d’une société minière américaine qui avait expliqué, dans un reportage diffusé sur France 2 voilà plusieurs années, que certaines zones du Pacifique pouvait receler plusieurs milliers de dollars de métal par mètre carré. C’est cette phrase d’un promoteur de l’exploitation des grands fonds qui avait servi de base aux calculs du Tavini pour affirmer, voilà quelques années, que la ZEE avait un potentiel économique de « 75 000 milliards de dollars ».

Les ressources marines fracturent le Tavini

Ce potentiel patrimoine est devenu au fil des ans une thématique majeure du discours du Tavini : Oscar Temaru réaffirme à chaque prise de parole, résolution de l’ONU à l’appui, la souveraineté du peuple Maohi sur ces ressources, et brandit les nodules comme une preuve de la viabilité économique de l’indépendance. Mais elle aussi au centre de la fracture actuelle du parti, où certains, plus que les chiffrages très incertains de ces richesses, retiennent surtout les graves inquiétudes scientifiques sur l’exploitation minière des profondeurs. En figure de proue de ce courant, Moetai Brotherson, qui a joint la Polynésie à la cause du moratoire défendu par plusieurs pays de la région et du monde, y compris la France.

Le président du Pays a même affirmé qu’il faudrait « lui passer sur le corps » pour lancer cette exploitation, fait inscrire son interdiction dans la réglementation du parc Tainui Atea, qui couvre toute la ZEE, et créé une aire marine protégé à haut degré de protection à la frontière avec la ZEE des Cook pour pouvoir dénoncer d’éventuelles avancées de l’état voisin dans ses ambitions minières… Autant de prises de position qui ont été contrées par une communication de plus en plus appuyée de la tête du parti sur la souveraineté sur les ressources. Une proposition de résolution déposée par Oscar Temaru sur le « droit à la souveraineté permanente pour un peuple sur ses ressources naturelles » est toujours en attente d’un débat serein à Tarahoi.

Les ressources marines fracturent le Tavini

Ce n’est donc pas une surprise, et encore moins un signe de détente au sein du parti à l’heure où certains demandent des « clarifications », si le président et les responsables du Tavini demandent aujourd’hui aux militants et candidats aux municipales d’inscrire cette thématique au cœur de leur campagne. « Chacun va avoir ses projets, ses idées dans la campagne, mais on veut que tous ceux qui se réclament du Tavini portent aussi ce message pendant la campagne », explique un responsable. Cette idée de « socle commun » au programme de toutes les listes à tendance bleu ciel avait déjà été affirmée au congrès du parti au mois d’avril dernier. Le Tavini avait dans le même temps décidé de ne soutenir que des listes menées par des militants encartés… Résolution qui n’a pas été respectée à Papeete, causant là encore des frustrations chez les frange « modérée » qui préfère Tematai Le Gayic à Tauhiti Nena, tous deux absents de la réunion de ce samedi. Après la présentation de la vidéo, un long échange a eu lieu entre les participants et les responsables du Tavini. La presse n’était pas autorisée à suivre ces discussions, dans lesquelles ont été plusieurs fois évoquées les décisions de Moetai Brotherson et de son exécutif.

À noter aussi que le Tavini a rappelé, dans un communiqué diffusé en fin de semaine que son nom, son emblème, son drapeau, son logo et même sa couleur  avaient tous « fait l’objet d’un enregistrement formel auprès de l’Institut national de la propriété intellectuelle, l’Inpi. En conséquence, leur utilisation est « soumise à une autorisation écrite du président du parti ». Si des campagnes lancées dans certaines communes interrogent – Emile Vernaudon et son « Tavini ia Mahina » notamment – le message est plus large : ceux qui veulent profiter de l’affichage bleu ciel doivent jouer le jeu du discours commun.

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