ACTUS LOCALESPOLITIQUE Tepuaraurii Teriitahi, prête à la bataille budgétaire… et municipale Caroline Perdrix 2025-10-23 23 Oct 2025 Caroline Perdrix Invitée de la rédaction de Radio 1 ce jeudi, l’élue Tapura à l’assemblée de la Polynésie Tepuaraurii Teriitahi est revenue sur les raisons de son intervention devant la Quatrième Commission de l’ONU. Elle considère que les déclarations du Tavini, de New York à Tarahoi, cachent un vide programmatique. Elle attend le gouvernement, au-delà des intentions affichées, sur le budget 2026 et la façon dont l’exceptionnelle trésorerie du Pays – 60 milliards – sera utilisée pour lutter scontre la vie chère, aider les plus démunis et les classes intermédiaires, et soutenir massivement les entreprises. Elle mènera une « liste de coalition » autonomiste à Paea aux municipales de mars 2026, mais dément toute ambition sénatoriale même si elle n’emporte pas la mairie, et affirme son soutien à Lana Tetuanui. Tepuaraurii Teriitahi était récemment à New York pour porter la parole autonomiste devant la Quatrième Commission, qu’elle a qualifiés de « récits erronés » et de « déformations de notre quotidien ». « On se demande si on habite sur la même île, dit-elle de certaines des interventions. C’est pour ça que depuis deux ans le Tapura Huiratira a décidé de faire le déplacement pour que justement une autre voix soit entendue par les ambassadeurs de l’ONU que celle qu’ils entendent depuis plus de dix ans. » « Faire croire qu’on est assis sur des mines d’or, ce n’est pas sérieux » La semaine dernière, elle avait interpellé le Tavini sur le « programme d’éducation citoyenne » que le parti bleu ciel, de l’aveu même d’Oscar Temaru, n’a toujours pas mis au point. Tepuaraurii Teriitahi dénonce un vide programmatique : « Aujourd’hui, ils réclament l’indépendance mais quand on leur demande comment est-ce qu’ils vont financer un pays indépendant, quelles sont leurs perspectives pour notre pays, à chaque fois on n’a pas de réponse et c’est ce qui nous inquiète. (…) Faire rêver tout le monde en faisant croire qu’on est assis sur des mines d’or, c’est mentir à notre population, et ce n’est pas sérieux. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/10/TEPUARAURII-01-MINES-DOR.wav Pour elle, « c’est du théâtre, et même, on a l’impression qu’ils n’ont pas envie d’y arriver. Aujourd’hui ils ont toutes les cartes en main pour montrer de quoi ils sont capables et pour rédiger un réel projet. (…) Et on a l’impression qu’ils n’ont pas forcément envie d’arriver à l’indépendance parce que c’est leur fonds de commerce (…) et du coup, ça entretient la vie du parti. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/10/TEPUARAURII-02-FONDS-DE-COMMERCE.wav Tepuaraurii Teriitahi veut voir dans le rapport d’orientation budgétaire, qui sera discuté en séance plénière mardi prochain, la marque de cette mise en scène : « Ça transparaît à travers déjà les titres, puisque les piliers de ce rapport d’orientation budgétaire sont les piliers du Tavini Huiraatira qui ont toujours été Fa’atura (respecter), Fa’atupu (soutenir) et Fa’aora (bâtir). Cette année, une petite nouveauté, c’est que le Fa’aora, on met à côté un autre mot qui s’appelle le Fa’ati’ama (affranchir). » Le mot est utilisé en surtitre et couvre des domaines aussi variés que la préservation culturelle et linguistique, la vie associative ou la décentralisation. 60 milliards de trésorerie, pour quoi faire ? Ce n’est qu’à la transmission du projet de budget lui-même que les élus pourront réellement voir si les ressources financières sont à la hauteur des intentions. « On nous dit à côté de ça qu’on a une trésorerie qui avoisine les 60 milliards. Donc quand on a autant d’argent, on se dit qu’à un moment donné, on peut déployer des moyens concrets pour changer la vie quotidienne des Polynésiens », dit Tepuaraurii Teriitahi pour qui la priorité absolue reste « la lutte contre la vie chère, les actions sociales pour aider les plus démunis, et également aider les classes intermédiaires. » Et elle accuse le gouvernement de manquer d’envergure, par exemple sur la carte de réduction pour les PPN annoncée depuis plusieurs mois : « Quand on voit qu’l y a une enveloppe de 360 millions sur un an, rapportée sur 12 000 foyers, ça fait une moyenne entre 2 500 et 3 000 francs par mois et par foyer, mais avec 60 milliards en réserve, peut mieux faire quand même. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/10/TEPUARAURII-03-CARTE-PPN.wav Le budget 2026, espère-t-elle, doit « soutenir massivement les entreprises » pour leur redonner confiance et les inciter à créer de l’emploi. N’y a-t-il toute de même pas un fond de vérité quand le gouvernement parle de l’héritage du Tapura sur le plan de l’action sociale, du logement, de la santé ? « Il y a eu la Covid qui est passée par là et qui a donné un sacré coup quand même à plein de projets. Et évidemment la précarité s’est accentuée », reconnait l’élue qui estime, à l’inverse de l’ISPF, « qu’on a de moins en moins d’emplois. » Tepuaraurii Teriitahi souhaite aussi « trouver une solution pour aboutir sur la réglementation concernant la protection de l’emploi local et la protection des terres », car les textes sont presque systématiquement attaqués. La solution serait donc de pousser encore les limites du statut d’autonomie, admet-elle, par exemple pour pouvoir s’opposer aux ventes de terres à n’importe quel ressortissant de l’Union européenne. Autre sujet de société, le trafic d’ice. La douanière de métier qu’elle est répond immédiatement que la Polynésie a besoin de davantage de moyens de contrôle et d’une politique pénale adaptée, qui différencie entre simple consommateurs et trafiquants. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/10/TEPUARAURII-04-ICE.wav Une liste d’union à Paea Pour finir, Tepuaraurii Teriitahi sera présente dans l’arène municipale de Paea, mais à la tête d’une « liste de coalition ». Les discussions sont déjà bien entamées avec A Here ia Porinetia, par exemple. Elle estime que la commune a souffert de l’absence de son tavana, très pris par ses obligations de président de l’assemblée. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/10/TEPUARAURII-05-MUNICIPALES.wav Forte de sa propre expérience – « c’est grâce aux municipales que j’ai pu montrer ce dont j’étais capable » – elle incite les plus jeunes à saisir l’occasion pour s’engager. Mais Tepuaraurri Teriitahi affirme en tout cas qu’elle ne s’intéresse pas aux élections sénatoriales de septembre 2026, qui pourraient lui sembler attirantes si ses ambitions municipales étaient contrariées (les fonctions municipales sont incompatibles avec un mandat de sénateur). Elle soutient Lana Tetuanui, dit-elle, qui « fait un très bon travail depuis des années » et qui a su se construire un puissant réseau à Paris.