ACTUS LOCALESJUSTICE 9 mois de prison avec sursis pour l’un des fondateurs du Bali Hai de Moorea Pascal Bastianaggi 2025-03-19 19 Mar 2025 Pascal Bastianaggi Jay Carlisle, co-fondateur et gérant du mythique hôtel Bali Hai de Moorea, a été condamné à neuf mois de prison avec sursis pour abus de biens de la SARL Bali Hai à des fins personnelles. Le Bali Hai Moorea, fondé au début des années 60 et fermé en 2018 après une dernière incarnation en time-share, était l’un des fleurons de l’hôtellerie locale, le pionnier des bungalows sur l’eau où l’on pouvait croiser la jet-set américaine. Des trois associés du départ, il ne reste plus aujourd’hui que Jay Carlisle, un vieil homme de 90 ans, gérant de droit de la société Bali Hai et seul maître à bord, qui a tendance à confondre l’argent de la société et son argent de poche. On lui reprochait d’avoir utilisé l’argent de la société à des fins personnelles et d’avoir distribué des dividendes à des actionnaires (et même des non actionnaires) selon son bon vouloir. Ainsi il s’est versé des salaires de 3 millions, « des salaires fantaisistes » selon la partie civile. Il a fait supporter les frais de réfection de sa maison par la société ainsi que ses frais de divorce. On estime à 14 millions Fcfp les sommes ainsi détournées. Une somme minorée, selon la partie civile qui demande un renvoi pour les intérêts civils. Des dividendes à la tête du client Concernant la distribution de dividendes à la tête du client, sans tenir compte du nombre de leurs actions et sans avoir au préalable tiré un bilan comptable provisoire, ni fait certifier les comptes, ce sont environ 30 millions qui ont été ainsi dispersés. « la plupart étaient des investisseurs locaux et j’ai eu pitié d’eux, on était en période Covid-19. J’ai été stupide », déclarait Carlisle aux enquêteurs. Les investisseurs américains, plus nombreux et plus importants en nombre d’actions ont quant à eux été lésés. Lisant les déclarations faites aux enquêteurs, le juge cite la co-gérante, fille d’un des associés de Carlisle, qui le connait depuis l’enfance : « Je lui faisais confiance, mais sur les comptes il n’a jamais été clair. Je voyais l’argent partir et je ne comprenais pas. Et quand l’argent rentrait, il le bouffait. » Pour la partie civile, ces malversations ont démarré dès le décès de ses associés. « Il en a profité pour mêler les biens de la société avec ses biens personnels (…) Il a saigné la trésorerie de la société en s’allouant des sommes d’argent. » Elle assure aussi que c’est pour « masquer ses salaires fantaisistes, qu’il a versé des dividendes un peu au hasard et sans contrôle. » Une comptabilité anarchique, des dividendes versés au petit bolnheur, et une fâcheuse tendance à confondre l’argent de la société et le sien, « une habitude typique des chefs d’entreprise des années 50 » dira la procureure qui réclame 10 millions d’amende à son encontre. Si l’avocat du vieillard reconnaît que la logique financière de son client n’est « pas claire et qu’il a peut-être confondu l’argent de la société et son argent personnel », il estime que l’amende de 10 millions est excessive. Après en avoir délibéré le tribunal a condamné Jay Carlisle à neuf mois de prison avec sursis.