ACTUS LOCALESPOLITIQUE

Sans « clarification », le Tavini risque de perdre d’autres élus, prévient Moetai Brotherson

Au lendemain de municipales « catastrophiques » pour son parti, le président Moetai Brotherson appelle à son tour, au micro de Radio 1, à la « clarification » de la ligne politique du Tavini. Il regrette des erreurs « stratégiques et tactiques » d’Oscar Temaru : « On ne va pas aux municipales en parlant de nodules polymétalliques », pointe-t-il. Sans clarification, « le risque existe » que d’autres élus bleu ciel actent un divorce. Le président du Pays, même s’il est encouragé « toutes les semaines » à fonder son parti, assure, lui, qu’il ne quittera pas la « maison Tavini » tant qu’elle reste « fidèle à ses valeurs », parmi lesquelles il place la préservation de l’environnement. Quant à savoir s’il peut être renversé par sa majorité, il estime que les candidats à la présidence ne se bousculent pas au portillon : « s’il y a des velléités, be my guest ». 

Moetai Brotherson voit des « enseignements assez forts » dans les résultats des municipales. Invité de la rédaction de Radio 1 et Tiare FM au lendemain du second tour, le président du Pays note que les opposants désunis avaient « le plus souvent perdu » – comme notamment à Moorea – et que « celles qui sont parties fortes du soutien de tel ou tel grand parti n’ont pas forcément gagné ». La réflexion s’applique bien sûr avant tout à Papeete, où René Temeharo, soutenu par le Tapura, et Tauhiti Nena, choisi par le Tavini, ont fini respectivement troisième et quatrième du deuxième tour. Le président du Pays, lui, salue les électeurs, nombreux à s’être déplacés, félicite bien sûr le vainqueur, Rémy Brillant, dont il avait fréquenté un des meetings pendant la campagne. Mais il note surtout la deuxième place de Tematai Le Gayic qu’il considérait comme le « meilleur candidat » du scrutin : « Je vois quand même un jeune homme de 25 ans qui est devant deux anciens ministres (…) Faire ces scores là, à cet âge là, en ayant démarré sa campagne relativement tard, je trouve que c’est une très très belle performance ». Prometteur pour le jeune élu indépendantiste, qui, « contrairement à d’autres, a tout l’avenir devant lui », ajoute le président du Pays.

Ces municipales ont plus largement « vu l’apparition de visages complètement nouveau », note le chef du gouvernement, « notamment à Papara avec Mike Teissier,  la surprise du chef ». Ce qui veut dire, estime-t-il que les électeurs « ont envie qu’on parle d’eux, qu’on parle justement de cette proximité, du tuyau d’eau qui fuit, des poubelles qui ne sont pas ramassées, du voisin qui est un peu embêtant avec son arbre qui penche ». Ils ne « confondent pas ça avec d’autres élections. Ce qui n’est pas le cas par contre de certains appareils politiques ».

« On ne va pas aux municipales en parlant de nodules polymétalliques »

Et s’il y a un parti qui s’est jeté à corps perdu dans la bataille des municipales, en assumant le mélange entre enjeux locaux, territoriaux et même internationaux, c’est bien Tavini, dont le président fait toujours partie. Et dont il juge, comme beaucoup, les résultats municipaux « catastrophiques ». Inquiétant pour le camp indépendantiste ? « Ça me préoccupe, effectivement. J’espère que le parti et ses instances dirigeantes vont prendre conscience de certains jugements, de certaines positions un peu dogmatiques qui ont été prises lors de ces élections. Il ne faut pas confondre les élections. On ne va pas aux municipales en parlant de nodules polymétalliques. La preuve en est que ça n’a pas marché ».

La ligne fixée avec insistance par Oscar Temaru expliquerait la défaite ? C’est ce que pense le président, qui parle même « d’erreurs stratégiques et tactiques ». Certains, côté autonomiste, ont plutôt vu dans ces piètres résultats bleu ciel un « message pour le gouvernement »… Ou, pour beaucoup, y compris côté indépendantiste, la conséquence des dissensions au sein du parti.

Une motion de défiance ? « Be my guest »

Des dissensions que Moetai Brotherson ne nie pas, même s’il les relativise : « depuis ma première semaine, on me dit que je vais être renversé », sourit-il. Reste que la fracture est devenue de plus en plus apparente, ces dernières semaines, avec la démission d’Odette Homai, les prises de paroles de Tematai Le Gayic et les reproches, à son encontre, d’Oscar Temaru. Ou encore la réponse, plutôt cinglante, de Tony Géros, qui expliquait sur notre plateau en février que ceux qui ne « s’entendez plus avec les objectifs du Tavini » devaient en « partir ». Le gouvernement risque-t-il, dans un avenir proche, d’être privé de son soutien à l’assemblée ? « Si quelqu’un veut prendre ma place aujourd’hui, je lui souhaite bien du courage, répond le président. Je ne pense pas que ça se bouscule au portillon, particulièrement en ce moment. Ils y pensent peut-être le matin en se rasant, mais quand ils ont fini de se raser, ils se disent finalement, ce n’est pas une bonne idée. Bon, après, s’il y a des velléités, be my guest, je ne peux pas empêcher un processus qui est prévu par le statut de se dérouler », même si les conditions pour déposer une motion de défiance, aujourd’hui, sont « un peu compliquées ». 

Moetai Brotherson prend soin de ne pas nommer Tony Géros, à qui les bruits de couloirs de Tarahoi ont prêté, dès 2024, des volontés de prendre sa place. Mais il dit avoir demandé à Oscar Temaru – qu’il a croisé à sa réelection à Faa’a samedi, et de nouveau à Ganivet ce lundi matin, une « clarification ». Et le chef du gouvernement ne serait pas seul dans cette demande : « Quasiment l’ensemble des élus de l’assemblée, mes ministres et moi-même, on aimerait que certains éléments soient clarifiés ». Notamment la ligne sur l’exploitation des fonds marins. « Personne, au Tavini, ne remet en cause la nécessité d’affirmer notre souveraineté, celle du peuple polynésien, sur ces ressources, mais autant on est pas d’accord pour aller les exploiter. Et quand on met ça au centre des municipales (…) le résultat il s’est vu dans les urnes », insiste le président.

« Si certains éléments ne sont pas clarifiés, le risque existe »

Sans cette clarification, le risque d’un départ de nouveaux élus du Tavini existe bel et bien, estime-t-il : « Je pense que si certains éléments ne sont pas clarifiés au niveau de la ligne politique du Tavini, le risque il existe. Il existe et c’est naturel, c’est même sain que ces débats et ces questionnements puissent s’opérer. Parce que s’il n’y avait aucune possibilité de questionnement dans un parti, je crois qu’on serait en Corée du Nord ».

Plus que les ressources marines, c’est sur la conception même de l’indépendance que semble se creuser un fossé au sein du parti. « L’indépendance pour moi, c’est pas une fin en soi, j’ai toujours dit ça. L’indépendance c’est une étape, et le vrai travail commence le lendemain du jour de l’indépendance. Si ce dont on rêve, c’est juste le grand soir de l’indépendance, moi, ça ne m’intéresse pas », explique l’élu, reprenant des propos déjà tenus à plusieurs reprises, notamment au dernier congrès du Tavini.

Tant que le Tavini reste « fidèle à ses valeurs »…

Cette ligne, que Tematai Le Gayic avait qualifié de « progressiste » ou « modérée », mais que certains militants bleu ciel considère comme étant une rupture avec l’objectif même du parti, peut-elle exister dans le Tavini ? « Il ne se passe pas une semaine sans que j’ai des gens qui m’écrivent ou qui viennent me voir. Parfois des collectifs qui réunissent 100, 200 personnes, pour me dire ‘il faut que tu crées ton parti, il faut que tu partes du Tavini’. Voilà, ça ne s’arrête pas depuis que j’ai été élu député. Est-ce que je l’ai fait jusqu’à présent ? Non. J’ai redit encore au dernier congrès du Tavini que ma maison politique, celle dans laquelle je suis né, c’est le Tavini. Et tant que cette maison existera et qu’elle sera fidèle à ses valeurs, à celles qu’on m’a enseignées, celles qu’Oscar Temaru m’a enseignées, à savoir le respect de la démocratie, le respect du droit international, et puis le respect de l’environnement, et bien je n’ai pas de raison de vouloir faire autrement ». 

En clair, Moetai Brotherson ne provoquera pas de lui-même la scission. « Je ne suis pas un homme de rupture, je suis un homme de réforme », insiste-t-il. À ceux qui voient, dans ses visites de tavana autonomistes ces derniers jours lors des premiers conseils municipaux de Mahina, Arue ou Punaauia, la volonté d’aller ouvrir un champ politique de l’autre côté de l’échiquier, il assure ne pas « confondre les élections ». « Je ne profite pas des municipales pour faire de la pêche pour autre chose ».

Article précedent

Trafic d'ice : Tevaitea Salmon avoue avoir servi de "mule" et reste en détention provisoire

Article suivant

"Le coeur léger et rempli de gratitude", Tematai Le Gayic démissionne du Tavini

Aucun Commentaire

Laisser une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

PARTAGER

Sans « clarification », le Tavini risque de perdre d’autres élus, prévient Moetai Brotherson