ACTUS LOCALESPOLITIQUE À Raiatea, les ambitions régionales des tavana s’affichent au Heiva Charlie Réné 2025-07-28 28 Juil 2025 Charlie Réné Photos ©Heiva Raromatai / Commune de Taputapuatea / Uturoa / Tumara'a Pour clôturer le Heiva Raromatai, les maires des trois communes de Raiatea signeront, ce mercredi au marae Taputapuatea, un accord de partenariat et de jumelage avec des collectivités et institutions de Rapa Nui, de Nouvelle-Zélande et de Hawaii. Thomas Moutame, Cyril Tetuanui et Matahi Brotherson, qui se sont déplacés – sans le Pays – dans toute la région ces derniers mois, assurent que cette « Convention du triangle polynésien », hormis la symbolique culturelle et historique, aura des effets concrets sur les échanges scolaires, culturels et même économiques. Ils demandent déjà une régionalisation de l’aéroport de Uturoa pour concrétiser ces liens. Quatre jours de fête et un peu de politique, à Raiatea. Le Heiva Raromatai a débuté dimanche soir sur l’île sacrée, avec des prestations de chant et de danse au marae Tainuu de Tumaraa. Et après une première journée de sports et d’artisanat traditionnels, d’activités familiales et culturelles, c’est la place Toa huri nihi, à Uturoa, qui s’est enflammée ce lundi soir, avant le tahua Faifaipua d’Avera mardi. L’édition 2025, un temps promise à Huahine, et récupérée, faute de motivation, par les trois communes de l’île sacrée, a été conçu comme un festival itinérant qui emmène avec lui les artistes venus de l’ensemble des îles Sous-le-Vent… Et même d’au delà. Car les tavana de Raiatea ont surtout voulu ouvrir cette édition sur le Pacifique. En témoigne l’invitation de représentants artistiques ou politiques de Rapa nui, de Nouvelle-Zélande et de Hawaii, qui sont, aux côtés des élus, mais surtout des danseurs locaux, de chacune des quatre soirées au programme. En témoigne, surtout, la « cérémonie solennelle » prévue mercredi matin au marae Taputapuatea, au cours de laquelle doit être signée une « convention du Triangle polynésien ». Trois voyages, trois signatures Un aboutissement pour Cyril Tetuanui, Thomas Mouthame, et Matahi Brotherson qui semblent d’être pris au jeu, ces derniers mois de la diplomatie et des déplacements régionaux. Première étape en avril 2024, à Rapa Nui où plusieurs élus communaux s’étaient déplacés – dans le cadre d’une délégation du SPC – pour un « leaders summit ». Les débats avaient été centrés sur la pollution plastique dans le Pacifique, mais avaient aussi abouti, pour la grande île des Raromatai, à un rapprochement municipal. « On avait signé, avec les trois communes de Raiatea, un protocole de jumelage avec Rapa Nui », rappelle Thomas Moutame. Le maire de Taputapuatea, qui décrit une volonté de « sceller les liens historiques » avec la région, ou du moins avec ceux, parmi les « cousins », qui reconnaissent l’ex-Hava’i comme le « berceau » de la civilisation polynésienne. Quelques mois plus tard, en décembre 2024, c’est en Nouvelle-Zélande que les maires de Tumaraa, Uturoa et Taputapuatea – tous ensemble, cette fois, et sur fond municipal – avaient signé des partenariats. Une convention de jumelage avec le maire de Whangarei – Vince Cocurullo, qui fait partie des invités du Heiva ces jours-ci – et un accord d’échange avec les autorités maori de la région de Hokianga, à l’extrême nord de Aotearoa. Nouveau voyage et nouvelles discussions, toujours sans le Pays et ses services dédiés à la coopération régionale, lors d’une semaine de « déplacement officiel » à Hawaii, début 2025. « Avec les trois tavana, nous avons rencontré les Kamehameha schools et le Oha (Office of Hawaiian Affairs, une agence d’état qui gère des programmes économiques, fonciers, de logement, d’éducation et de santé à destination des « natifs » hawaiiens) et là aussi nous avons signé une convention pour nous rapprocher », reprend Thomas Moutame. Dans chaque document, les mêmes objectifs : « créer davantage d’échanges culturels, scolaires, et même économiques », assure le maire. Éducation, culture, économie… Mercredi, donc, il s’agira « d’unifier » tous ces accords en un seul : la « Convention du triangle polynésien ». « Elle doit avoir des effets concrets », assure Thomas Moutame, qui cite avant tout le développement des échanges scolaires dans les prochaines années, notamment auprès des Kamehameha Schools, écoles privées qui accordent une place importante à la langue et à la culture maoli. Des déplacements ont déjà eu lieu par le passé, mais ils seront « intensifiés ». La convention et les trois partenariats précédents citent aussi la reconquête et la transmission des savoir-faire traditionnels, la création d’évènements artistiques communs – festival traditionnels, mais aussi sur l’art contemporain -, des échanges sportifs ou agricoles – les tavana avaient visité de grandes tarodières et des ateliers de transformation innovants à Hawaii -, des travaux communs sur la mer, la protection de l’environnement… Et le développement économique, avec notamment un travail sur des « itinéraires touristiques » partagés. Tout un programme, développé, a priori, sur fonds municipaux, et uniquement entre les collectivités locales. Dans leurs communication auprès des administrés, les trois mairies promettent ainsi une Polynésie « connectée », « tournée vers l’avenir », tout en étant « ancrée dans ses traditions ». La convention qui sera signée mercredi rappelle bien sûr la centralité de l’ex-Hava’i dans l’histoire et dans la culture du monde polynésien. Un mois après le passage de Hokulea, le marae Taputapuatea doit retrouver son rôle de lien entre « les peuples du Pacifique », « qui sont partis d’ici » à une époque, comme le rappelle Thomas Moutame. Et cette union se fait en public : à 9 heures, mercredi, tous les participants de ce Heiva Raromatai sont invités sur le site classé à l’Unesco, pour des rituels traditionnels, des ‘orero, des tarava et la signature. Au stylo, les trois tavana, le maire de Whangarei, les « naati » – des délégués coutumiers – de Hokianga, le président des Kameahameha School et un haut responsable du Oha. La maire de Rapa Nui Elizabeth Arevalo, qui vient de remplacer Petero Edmunds, qui était venu au congrès des maires de Polynésie l’année dernière, n’a pas pu se joindre – une règle locale interdit les déplacements aux élus dans la première année de leur mandat – mais elle sera représentée. 1700 chanteurs et beaucoup d’électeurs Après ce » moment historique », un chant doit être entonné « par tous les invités, les participants et le public », soit « 1700 chanteurs », espère le tavana : Taputapuatea, composé par Frédéric Delord et rendu célèbre par Maire Tavaearii. « Tout le monde connait cette chanson, y compris les délégations de Rapa, de Nouvelle-Zélande et de Hawaii », s’enthousiasme le maire, qui y voit un symbole de « l’unification du triangle polynésien ». Un moment conçue pour être « mémorable », et qui devrait permettre à un an des municipales, d’éclairer sous un jour festif le travail des tavana-diplomates. Il faut dire que leurs voyages, ces derniers mois, ont engendré quelques critiques et des débat à Raiatea. Chacun sa piste, chacun ses cousins Les élus de Raiatea devraient aussi profiter de cette signature pour remettre sur la table leur demande de régionalisation de l’aéroport de Uturoa. L’idée est d’agrandir la piste pour pouvoir accueillir des « petits » avions de ligne et charter justement en provenance de Nouvelle-Zélande ou de Hawaii. « Il faut pas oublier que Uturoa est la deuxième capitale de la Polynésie. C’est notre vision et celle de nos collègues des Raromatai », assure Thomas Moutame. Du lien avec les « cousins » du pacifique, Raiatea n’est pas la seule à vouloir en créer. Aux Marquises, la régionalisation de l’aéroport de Nuku Hiva a encore été discuté récemment lors du passage de Manuel Valls. Aux Tuamotu, l’aéroport de Rangiroa était un temps, aux côtés de celui de Hao, candidat pour devenir l’aéroport de dégagement de Faa’a, et en profiter pour accueillir des charters directs de la région. Même les tavana des Australes ont demandé, lors de la visite du ministre des Outre-mer, une régionalisation des aéroports de Rurutu ou Rimatara pour favoriser les échanges « familiaux » avec les Cook. Aucun de ces projets, coûteux en investissement, mais aussi en fonctionnement, n’a pour l’instant concrètement avancé.