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Les Australes aussi veulent leurs liaisons régionales

Les tavana des Australes avaient fait le déplacement dans la commune de Frédéric Riveta ce dimanche.

Le tavana Frédéric Riveta a adressé à Manuel Valls dès son arrivée à Rurutu, ce dimanche, une longue liste de demandes de soutien à des projets économiques et environnementaux, destinés selon lui à retenir et faire revenir les jeunes des Australes trop tentés par Tahiti. Il a aussi mis en avant sa volonté de lancer des lignes régionales depuis les Tuha’a Pae vers les îles de Atiu ou Rarontonga. Des liaisons justifiées par les « liens familiaux et historiques » de Rurutu et Rimatara avec les Cook et par la « manne touristique » australienne et néozélandaise qui pourrait, selon le maire, être attirée vers l’archipel.

Liste de course sous soleil de plomb, ce dimanche à Rurutu, où était accueilli – avec le faste d’une visite qui n’avait plus eu lieu depuis plus d’une décennie – le ministre des Outre-mer. Dès sa sortie de l’avion, Manuel Valls a été convié, après un trajet ponctué de plusieurs portiques bardés de drapeaux tricolores et de « Bienvenue M. Le Ministre », à une cérémonie d’accueil à la mairie de Moerai. Au programme, levée de drapeaux, himene, et surtout discours officiels. Le tavana Frédéric Riveta, contrairement à ses homologues de Hiva Oa ou Rangiroa, avait préféré ne pas laisser s’exprimer à la tribune le président Moetai Brotherson, qui accompagne l’ancien Premier ministre dans ses déplacements. « Sans animosité », précise le maire. Mais peut-être pour avoir davantage de temps pour exprimer ses remerciements, et surtout ses doléances, au représentant du gouvernement central.

Liste à la Riveta

Pas question d’y aller par quatre chemins : pour l’élu autonomiste, les Tuha’a Pae, si éloignées de Tahiti, si éloignées entre elles aussi, dont la population est en baisse, et dont le potentiel touristique et économique est largement inutilisé, sont les « parents pauvres de la République ». Ce rare déplacement ministériel est donc une occasion à ne pas rater pour énumérer, au nom de la commune ou de l’archipel, la foule de projets en cours ou en reflexion, et d’appuyer les demandes de soutien qui vont avec. Des « exigences » dont Manuel Valls, resté attentif et en plein soleil pendant le long discours, ne s’offusquera pas vraiment : le caractère de Frédéric Riveta est connu à Tahiti comme à Paris, et les Australes sont, dit-il, réputées pour « cette manière de dire les choses, exigeante, mais toujours avec l’idée de construire ».

Ainsi le tavana explique que les projets environnementaux de la commune – déjà soutenu par l’État au travers du Fonds Vert et du « Fonds Macron » de transition énergétique – sont loin d’être terminées, les installations solaires devant à terme couvrir 52% de la consommation électrique de l’île, qui projette aussi des infrastructure de traitement des déchets verts et de l’assainissement non-collectif. Il interpelle le ministre sur les besoins en matière de jeunesse, de culture et de patrimoine, sur l’exclusion de l’archipel du périmètre du contrat de ville. Ou sur le refus de financement d’un nouveau chapiteau pour accueillir les grands évènements. Frédéric Riveta cite l’extension de la fibre vers Rimatara et Raivavae, demande une clarification, avec le Pays, de la politique de protection maritime – les annonces faites à l’Unoc par Moetai Brotherson n’étant pas du goût des maires des Australes -, et propose de réfléchir à la création d’une flotte de palangriers locaux. Il demande l’extension de la continuité territoriale au transport de personnes, la création de label d’artisanat spécifique aux Tuha’a Pae voire à chaque commune, la défiscalisation pour l’Aranoa et le Na hiro e Pae, le bénéfice de la péréquation nationale électrique, un soutien au projet de Biosphère des Australes qui doit être porté auprès de l’Unesco et ainsi porter le développement touristique…

Des demandes adressées, pêle-mêle, à l’État ou au Pays, souvent aux deux. Qu’importe : l’idée est de travailler « tous ensemble » pour faciliter la création d’activité, inverser les migrations vers Tahiti et ne pas risquer que les Australes « ne soient un jour habitées que par des personnes âgées ». Frédéric Riveta, qui habite lui même une partie de l’année à Faa’a, l’assure : si il y a tant de demandes, c’est que les Australes et Rurutu « travaillent » et « savent monter des dossiers » :

 

Recréer les liens avec Atiu et Rarotonga

Au milieu de ce catalogue, pour l’essentiel déjà connu de longue date des officiels présents, une demande « portée depuis toujours » par l’élu Tapura, mais qui n’avait jamais été exprimé aussi directement. Celle du lancement d’une liaison aérienne régulière entre les Australes et les îles Cook. Frédéric Riveta rappelle que Rimatara n’est qu’à 50 minutes de vol de Atiu, que les deux îles qui partagent des familles, des projets environnementaux – sur la réintroduction du Ura, notamment – et qu’elles devraient bientôt se jumeler. Quant à Rurutu, elle se trouve à 1h30 de Rarotonga, et a aussi « une longue histoire commune » avec les Cook. « D’abord, ce sont des voisins, nos cousins, nous avons des similitudes, nous avons de la famille également, complète-t-il. Et puis ça nous permet de drainer cette manne touristique qui arrive d’Australie et de Nouvelle-Zélande qui vient aux îles Cook. On pourrait les faire venir ici ».

Un projet qui n’a pas emporté beaucoup d’enthousiasme parmi les officiels présents. Les Marquises, qui demandent depuis de longues années l’ouverture de vols vers Hawaii pour des raisons similaires, savent la complexité que présente l’internationalisation d’une plateforme aéroportuaire. Et beaucoup doutent, d’un côté comme de l’autre, de la viabilité économique de telles lignes régionales, si tenté qu’elles trouvent un opérateur.

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