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Abris de survie : pour le Tavini, l’État « se dérobe encore à ses responsabilités »

L’assemblée a validé ce mardi les projets de conventions entre le Pays, l’État et les communes, qui permettront de lancer pour 29 milliards de francs de chantiers en 5 ans. Des projets salués par un vote unanime à Tarahoi. Mais les indépendantistes ont dénoncé le cofinancement par le Pays d’infrastructures communales ou d’abris de survie, dont les coûts devraient être « entièrement assumés par l’État ».

Arrivés à échéance le 31 décembre dernier, les contrats de projets devaient laisser place, au terme de la loi Erom de 2017, à un « plan de convergence », lui-même décliné en « contrats de convergence ». Une nouvelle étape dans la relation financière entre l’État et le Pays qui devra attendre un peu, a rappelé ce matin Édouard Fritch devant l’assemblée de Polynésie. « Le temps nous a manqué pour engager une démarche coûteuse et chronophage d’élaboration collective« , explique le président, citant une « très large consultation » nécessaire et pointant, sans surprise, vers la crise sanitaire pour expliquer ce retard. En lieu et place, ce sont des « contrats de développement et de transformation » d’une durée de trois ans – assez pour « bâtir sereinement le futur plan de convergence » – qui ont été présentés à Tarahoi.

Un projet de convention entre le Pays et l’État prévoit ainsi 17 milliards de projets d’investissement, « soit 5,6 milliards par an sur le triennal 2021-2023 ». Une autre, comme c’est le cas depuis 2015, oriente les financements nationaux vers les infrastructures communales de traitement des eaux ou des déchets, pressés par la future application du Code général des collectivités territoriales au fenua. S’y ajoute une convention spécifique sur les abris de survie des Tuamotu. Un vieux projet, lancé dès 1983 et remis au goût du jour en 2008. 28 autres abris anticycloniques et anti-tsunamis avaient été financés sur les contrats de projets avant 2014. Ce nouveau programme, chiffré à 6 milliards de francs sur 5 ans, concerne 9 nouveaux abris couplés à des infrastructures communales (école, infirmerie…), 3 réhabilitations et 5 extensions. « Ce sont au total 29 milliards de francs de travaux qui seront injectés dans le tissu économique des îles et de Tahiti », se félicite Édouard Fritch.

L’effondrement de Mururoa fait irruption dans le débat

Une satisfaction déplacée pour une partie de l’assemblée : « l’Etat se dérobe encore face à ses responsabilités », pointe la représentante Tavini Tina Cross. Le parti bleu ciel votera, comme tout le reste de l’assemblée, les trois conventions, mais « déplore » ce cofinancement « 1 franc pour 1 franc » entre l’État et le Pays. En tout cas pour ce qui est des infrastructures communales et surtout des abris de survie qui « relèvent de l’unique compétence de l’État ». « C’est, dans la pratique, l’immobilisme de l’État, qui a obligé le gouvernement à cofinancer », rappelle l’élue. Qui en profite pour interroger : « Imaginez demain, il y a un effondrement de l’atoll de Mururoa, va-t-on continuer à passer l’éponge, ou aura-t-on le courage d’enfin mettre l’État français devant ses responsabilités ? »

Une remarque, jugée « hors sujet » côté Tapura et gouvernement, et qui n’a pas manqué de réchauffer l’ambiance à Tarahoi. Plusieurs élus ont répondu, dont Teapehu Teahe ou Lana Tetuanui qui a rappelé avoir mené en 2018 une mission à Morurua et « n’a attendu personne pour poser les questions » sur un potentiel effondrement de l’atoll. Certes la sénatrice « déplore », elle aussi, que l’État n’ait pas encore répondu clairement sur un engagement de sa responsabilité si cette « catastrophe se produisait ». « Mais c’est un tout autre sujet que celui des abris de survie des Tuamotu », pointe-t-elle. « Il s’agit avant tout de la sécurité d’une partie de la population ma’ohi » reprend Lana Tetuanui. « Le gouvernement Fritch n’a pas tendance à passer pour des quémandeurs, ajoute Lana Tetuanui. Nous assumons totalement nos responsabilités ».

Pour Édouard Fritch le débat sur la compétence est « largement dépassé », « pas à la hauteur des enjeux », ni pour les abris, ni pour les investissements communaux. D’autant que le CGCT impose aux communes de rattraper leur retard en matière d’eau potable, de traitement des déchets ou des eaux usées. Son application, d’abord prévue pour 2020, a été repoussé mais « il est quasiment évident que nous ne serons pas encore au rendez-vous attendu en 2025 », précise le président qui estime les besoins de financement à « plus de 100 milliards de Francs ». Le nouveau contrat pourrait permettre de mobiliser environ 2 milliards de francs par an. À ceux qui estimerait la somme – ou celle des autres contrats – insuffisants, Édouard Fritch a préféré répondre par avance : « en cette période de crise économique, obtenir la reconduction des enveloppes existantes est déjà une victoire ».

7,7 milliards de collectif budgétaire

Les élus ont aussi voté ce matin un collectif budgétaire, le premier de 2021, qui vient compléter le budget voté en décembre à hauteur de 7,7 milliards de francs, dont 4,5 sont piochés dans les réserves du Pays. Côté dépenses, 1,6 milliard a été prévu pour les mesures du plan de relance, dont les chèques vacances Titeti Ai’a, la subvention à Koh Lanta ou les dispositifs d’aide à l’emploi comme le Diese ou le Deseti. 640 millions sont en outre consacrés aux frais de la quarantaine, à la prise en charge des malades du Covid, aux tests et aux produits pharmaceutiques. Les investissements, eux, ont été revus à la baisse, avec 5 milliards de « toilettage » dans les autorisations de programme. Le ministre des Finances Yvonnick Raffin s’est tout de même voulu rassurant pour les entrepreneurs : le Pays compte battre en 2021 un « record » de liquidations, et donc en commande publique, pour « irriguer le tissu économique »

 

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1 Commentaire

  1. Francois BAUER
    24 mars 2021 à 15h52 — Répondre

    J’invite ces gens de l’Assemblée à lire la note TELSITE qui relève d’une étude approfondie d’un possible effondrement de l’atoll…

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