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Air Tahiti Nui : le casse-tête des aides de l’État

Michel Monvoisin est de retour de Paris où il échange avec Bercy sur l’aide qui pourrait être apportée à Air Tahiti Nui. Si le PDG de la compagnie salue le travail de l’État dans la recherche de solutions, c’est d’abord le Pays, principal actionnaire, qui sera en première ligne dans ce dossier, avec l’apport rapide de 6 milliards de Fcfp issus du 2e Prêt garanti par l’État. Reste 3 milliards à trouver.

Le P-DG d’Air Tahiti Nui était à Paris pour des consultations avec le Comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI). Il cherche 20 à 30 millions d’euros (3 milliards de Fcfp) mais « ce qu’ils proposent, ce sont surtout des prêts, ça ne nous arrange pas forcément. Ils disent aussi que l’État n’a pas vocation à rentrer au capital de toutes les entreprises en difficulté, ils n’ont pas tort sur le fond. » La perspective d’une prise de participation de l’État dans le capital d’ATN paraît donc lointaine. Autre option, les opérateurs tels que la Banque des territoires ou la Banque publique d’investissement, « c’est plus logique, ils sont un peu faits pour ça, pour entrer au capital d’entreprises stratégiques, ou des start-ups, avec une option de sortie parce qu’ils font du portage (une prise de participation temporaire, ndlr) c’est plus dans cette logique-là qu’on était, nous. Mais bon, ils ne sont pas très motivés. Et puis les prêts, c’est le mur de la dette qui arrive… ». Quant à l’option « subvention d’État », elle est interdite par la Commission européenne.

Tout le secteur aérien se présente au guichet de l’État

« Le problème c’est que tout le monde a demandé de l’aide : Air Austral, Corsair, Air Caraïbes, French bee. Voilà, même Marc Rochet (président de French bee et Air Caraïbes) qui il y un an disait, on est solide, on ne va pas demander d’aide, aujourd’hui il est le premier à demander de l’aide, et des aides directes ! Je sais que AirCalin demande la même chose », dit Michel Monvoisin, qui souligne que pour certaines, les compagnies françaises sont dans des situations encore plus dramatiques que ATN : « J’ai cru comprendre que certaines ne pourraient tenir que jusqu’à fin septembre. »

Des freins au niveau européen

« On cherche des solutions juridiques face aux obstacles, ce ne sont pas les seuls mais notamment les obstacles de l’Europe. » Ainsi, les aides aux coûts fixes dont ATN avait bénéficié, explique le PDG d’Air Tahiti Nui : il est question de revoir les plafonds, mais l’Europe voudrait les limiter aux entreprises qui ont subi une fermeture administrative, « et c’est là qu’on compte sur l’État et le CIRI pour dire à l’Europe qu’on ne nous a pas fermé administrativement, mais on a fermé le pays ! Nous quand on en a bénéficié, le seuil de perte de chiffre d’affaires était à 50% avec un plafond de 10 millions d’euros, là ils l’ont remonté à 80% avec un plafond qui passerait à 25 millions. Cinquante pour cent de perte c’est déjà difficile à absorber, pourquoi monter à 80%, ça n’a pas de sens. Ce sont des discussions qui sont toujours en cours avec l’Europe. »

Mais l’image de bon élève dans la crise du transport aérien est aussi une sorte de frein, dit Michel Monvoisin : « On a de bons fondamentaux, on n’est pas dos au mur comme certains de nos confrères. C’est un peu frustrant d’ailleurs, ils disent vous avez bien géré la crise, sous-entendu le degré d’urgence n’est pas le même chez vous que chez les autres. »

Visibilité faible pour l’exploitation, dans un contexte aggravé par le bras de fer entre Europe et États-Unis

Pas question pour l’instant de modifier le programme de vols et de rentrer dans un rythme de basse saison pour limiter la casse.  Michel Monvoisin ne peut qu’espérer que le confinement prendra bien fin le 20 septembre. Mais la visibilité est faible : depuis le début de ce deuxième confinement, les vols sont remplis à 40-50%, et si les prévisions d’octobre font encore bonne figure, la compagnie note « un gros changement du comportement des voyageurs » qui réservent ou annulent dans un délai plus court qu’autrefois, 15 jours plutôt qu’un mois à l’avance.

Autre difficulté pour ATN, le bras de fer entre l’Europe et les États-Unis, qui ont décidé il y a deux semaines de maintenir leurs frontières fermées aux passagers en provenance de l’Europe, laquelle a répliqué en replaçant les États-Unis sur la liste des pays dont les passagers pourraient se voir refuser l’entrée en Europe. Car sur la ligne PPT-CDG,  40% de la cabine étaient des passagers entre Paris et Los Angeles, la route qui montrait la plus forte croissance avant la crise du covid,

Mais Michel Monvoisin s’estime chanceux :  » Nous on a un actionnaire qui s’appelle le Pays, et qui lui a été réactif, et qui fait ce qu’il faut. On sait qu’il interviendra bien avant la fin de l’année. Ce qui est bien, ce qui est rassurant quand même c’est que le président Macron a compris l’intérêt d’Air Tahiti Nui, il l’avait bien souligné dans son discours, il avait dit que le modèle était pertinent, donc on a le soutien du chef de l’État. On trouvera des solutions avant la fin de l’année, et même plus tôt, avant la fin octobre. »

 

 

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