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Gambie: des soldats africains avant l'arrivée du nouveau président

Banjul (Gambie) (AFP) – Des soldats de la mission ouest-africaine en Gambie se dirigeaient dimanche vers la capitale Banjul, après le départ en exil de l’ex-président Yahya Jammeh, pour « sécuriser » le pays avant l’arrivée de son successeur Adama Barrow.

Après six semaines de crise politique, Yahya Jammeh, battu à l’élection présidentielle de décembre mais qui refusait de reconnaître sa défaite, est finalement parti sous la pression diplomatique et militaire, au terme de 22 ans de règne. Il doit rejoindre la Guinée équatoriale, après une escale à Conakry, selon le commandement de la Micega.

Le déploiement des troupes de la la Micega, la mission de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao, 15 pays), vise à « contrôler des points stratégiques en vue de sécuriser les populations et faciliter la prise de fonction du président » élu Adama Barrow, actuellement au Sénégal, a déclaré le général François Ndiaye, commandant de la Micega.

Des troupes de la Micega avaient déjà pénétré en Gambie jeudi, mais avaient suspendu leur progression pour laisser agir la diplomatie.

On ignorait dans l’immédiat combien de soldats de la Micega étaient déployés dimanche en territoire gambien. 

La mission durera jusqu’à ce « que les conditions de l’exercice effectif » du pouvoir de M. Barrow « soient réunies ».

Jusqu’à dimanche après-midi, « tout se passe bien », a assuré à l’AFP une source militaire au sein du commandement. « Il n’y a eu aucun coup de feu, aucune escarmouche, aucun tir de sommation sur le terrain jusqu’à maintenant ».

Des soldats sénégalais de la Micega venus de la localité sénégalaise de Keur Ayib ont été accueillis par des vivats de militaires et de civils gambiens à Farafegny, localité gambienne frontalière, ont constaté des journalistes de l’AFP.

« Nous sommes désarmés », leur a lancé un soldat gambien, depuis le bas-côté de la route, tandis qu’un habitant exultait: « Bravo, les Sénégalais ».

Adama Barrow demeurait dimanche à Dakar, où il a prêté serment jeudi dans l’ambassade gambienne. Il souhaite « le plus rapidement possible pouvoir aller à Banjul », a fait savoir le président de la Commission de la Cédéao, Marcel Alain de Souza, lors d’une conférence de presse à Dakar samedi soir. 

« Mais la stratégie veut qu’on puisse sécuriser d’abord Banjul et l’ensemble du pays avant que le président Adama Barrow ne puisse s’installer », a dit M. Souza, évoquant plusieurs dispositions à prendre, notamment au plan de « la sécurité et la défense » et pour « l’unité nationale ».

– Arrangement peu judicieux –

Depuis l’éclatement, le 9 décembre, de la crise politique gambienne, de multiples initiatives avaient été prises pour que Jammeh cède la place, notamment par la Cédéao. Les derniers efforts, menés vendredi par la la Guinée et la Mauritanie (non membre de la Cédéao) ont abouti à son départ.

Il a quitté Banjul samedi soir à bord d’un jet privé avec le président guinéen Alpha Condé. Ses proches et collaborateurs ont voyagé dans un appareil d’une compagnie mauritanienne. Les deux avions ont fait escale à Conakry, d’où ils sont ensuite partis pour Malabo, en Guinée équatoriale.

En apprenant son départ effectif, des habitants de Banjul sont sortis samedi soir dans les rues, manifestant leur joie, notamment à Grand Banjul (banlieue), à pied, à deux-roues ou en voitures, klaxonnant, criant, chantant, selon plusieurs journalistes de l’AFP.

Certains arboraient des T-shirts affichant « Gambia has decided » (la Gambie a décidé), le slogan des partisans du changement de régime. De leur côté, des pro-Jammeh, l’air abattu, louaient le sens du sacrifice de l’ex-président.

Dimanche à Banjul, beaucoup se disaient impatients de voir revenir leur président Adama Barrow, pour véritablement tourner la page de la crise. 

Maintenant, « nous allons attendre Barrow,  de l’aéroport jusqu’au palais présidentiel », a affirmé à l’AFP Babacar Jallow, un vigile. « Avant, nous avions peur de sortir » en raison de la répression du régime de M. Jammeh, car « cet homme est un tueur ».

Le régime de Yahya Jammeh a été accusé de violations des droits de l’Homme par de nombreuses ONG internationales.

Dans une déclaration commune publiée peu après le départ de M. Jammeh, la Cédéao, l’Union africaine et l’ONU ont annoncé garantir ses droits, y compris à revenir dans son pays, saluant sa « bonne volonté » pour parvenir à un dénouement pacifique de la crise.

Les trois organisations veilleront à le soustraire, avec les siens, aux tentatives de « harcèlement » et de « chasse aux sorcières ». Elles se portent également garantes des propriétés de l’ex-président, de sa famille, des membres de son régime ou de son parti, selon le texte.

D’après un diplomate en poste à Banjul, laisser la possibilité à M. Jammeh de revenir en Gambie est peu judicieux. Mais des experts estiment que le document n’est pas un accord contraignant et l’application de ses dispositions dépendra du nouveau gouvernement.

Des soldats sénégalais de la mission de la force ouest-africaine à Farafegny, en Gambie, le 22 janvier 2017. © AFP

© AFP SEYLLOU
Des soldats sénégalais de la mission de la force ouest-africaine à Farafegny, en Gambie, le 22 janvier 2017

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