ACTUS LOCALESJUSTICE Gwenola Joly-Coz, prochaine présidente de la cour d’appel de Papeete Caroline Perdrix 2025-01-02 02 Jan 2025 Caroline Perdrix ©Cour d’appel de Poitiers Elle prend ses fonctions le 13 janvier, remplaçant Thierry Polle à la tête de la cour d’appel de Papeete. Gwenola Joly-Coz, 56 ans, est une pionnière de la lutte contre les violences faites aux femmes : c’est grâce à elle que la France avait adopté, en 2020, le bracelet antirapprochement. La cour d’appel de Papeete s’apprête à accueiller sa nouvelle présidente. Gwenola Joly-Coz avait été la première femme présidente de cour d’appel à Poitiers, son affectation précédente. Elle en avait fait, confie-t-elle au quotidien Le Monde, un « véritable laboratoire » : elle est à l’origine de la création d’une chambre spéciale dédiée aux violences conjugales, dont la particularité est de traiter dans la même audience les procédures au pénal et au civil, pour une meilleure cohérence des décisions de justice. Son utilisation du concept psychosocial de « contrôle coercitif » – l’ensemble des menaces, humiliations, manipulations psychologiques, surveillances subies par des victimes – pour contextualiser les infractions pénales a fait jurisprudence. Gwenola Joly-Coz, qui a piloté le programme de formation continue sur les violences faites aux femmes à l’École nationale de la magistrature. dit écrire ses décisions « avec un très grand soin » dans un but pédagogique. Elle défend l’idée que la lutte contre les violences envers les femmes mérite une spécialisation, au même titre que le terrorisme, l’environnement ou les stupéfiants : « C’est un domaine de très haute spécialisation, il faut maitriser les concepts et les notions pour être un juge à la hauteur de la demande sociale », expliquait-elle dans un entretien à Criminocorpus Lab, une unité de recherche créée par le CNRS, le ministère de la Justice et les Archives nationales. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/01/GWENOLA-JOLY-COZ-01-SPECIALISATION.wav Elle est aussi la pionnière du bracelet antirapprochement, qu’elle demandait depuis des années et qui a finalement été lancé en 2020, alors qu’elle présidait le tribunal de Pontoise. Elle trouve aussi le temps de publier : en 2023 sont parus Elle l’a bien cherché, la justice contre les violences faites aux femmes qui retrace les évolutions de la justice française dans ce domaine, et Femmes de justice, consacré aux premières femmes magistrates qui ont du attendre 1946 pour avoir le droit de rendre la justice. Fille d’un commissaire de police et d’une éducatrice spécialisée, Gwenola Joly-Coz est diplômée de l’université de Bordeaux en sciences politiques et en droit pénal. Après son passage par l’École nationale de la magistrature dont elle sort à tout juste 22 ans, elle est successivement juge d’instruction à Saint-Nazaire, puis Cayenne, juge aux affaires familiales à Nantes, présidente du tribunal de première instance de Mamoudzou, puis de Thonon-les-Bains. De 2011 à 2014, elle est secrétaire générale de l’inspection générale des services judiciaires – elle a réalisé plusieurs missions dans les outre-mer, en Guadeloupe, en Nouvelle-Calédonie et à Wallis-et-Futuna – puis passe deux ans à la direction du cabinet de la secrétaire d’État des droits des femmes, Pascale Boistard. En 2016 elle est nommée première présidente du tribunal de grande instance de Pontoise et, en 2020, au même poste à Poitiers. Sa nomination à Papeete, sur recommandation du Conseil supérieur de la magistrature, a été actée en octobre et elle prendra son nouveau poste le 13 janvier. Outre la problématique des violences domestiques, bien plus prévalentes au fenua que dans l’Hexagone, Gwenola Joly-Coz devra aussi apaiser les tensions qui agitent le tribunal de Papeete et nuisent à son fonctionnement.