ACTUS LOCALESPOLITIQUESOCIÉTÉ Droits LGBT : « On a besoin que les élus mettent ces sujets au cœur du débat » Lucie Ceccarelli 2026-05-15 15 Mai 2026 Lucie Ceccarelli Ce dimanche, c’est la Journée mondiale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie. Avec une thématique forte cette année, « Au cœur de la démocratie », en réponse au recul des droits LGBT+ constaté dans de nombreux pays. Au fenua, plusieurs événements sont organisés ce week-end, dont un village de la prévention et un concert samedi, suivis de rencontres institutionnelles et religieuses dimanche matin. L’objectif : sensibiliser aux problématiques rencontrées par la communauté LGBT+, nombreuses malgré une amélioration de sa représentation dans la vie politique locale. Jeunes en souffrance, égalité d’accès au droit… Le président de l’association Cousins Cousines Karel Luciani veut interpeller les élus, et remettre sur la table l’épineuse question du Pacs, toujours pas applicable au fenua. Dimanche 17 mai, on célèbrera la Journée mondiale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie. Une date choisie en 2005 pour se remémorer du jour où l’homosexualité a été retirée de la liste des maladies mentales par l’Organisation mondiale de la santé, le 17 mai 1990. Au fenua, le drapeau arc-en-ciel sera hissé dimanche matin à l’occasion d’une cérémonie symbolique à la vice-présidence en présence des membres de la communauté LGBT+, d’associations, de personnalités et de représentants institutionnels et religieux. Et pendant tout le week-end, des actions de sensibilisation seront organisées, notamment une Journée de la diversité et du respect le samedi 16 mai, à l’initiative de l’association Cousins Cousines de Tahiti, qui a bénéficié cette année du soutien de la Direction des solidarités, de la famille et de l’égalité. Le recul des droits LGBT dans le monde Une implication des pouvoirs publics qui résonne particulièrement pour cette nouvelle édition dont le thème est « Au cœur de la démocratie ». Ce thème a été choisi au niveau mondial « parce que, depuis quelques années, surtout depuis que Trump est au pouvoir, on assiste à un recul des droits LGBT », explique Karel Luciani, président de l’association Cousins Cousines. « Je crois qu’aux États-Unis, il y a eu 400 textes de lois pour faire reculer les droits LGBT, et ça a donné des idées à beaucoup d’autres pays qui ont fait la même chose, par exemple en Europe de l’Est. On voit maintenant qu’en Afrique, c’est la catastrophe, beaucoup de gouvernements votent des lois pour punir l’homosexualité. Les gouvernements ont besoin de réfléchir à la question. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/05/JOURNEE-LGBT-Karell-1.wav Au fenua, la question du Pacs toujours en suspens Le président de Cousins Cousines profitera donc de cette journée, et notamment de la rencontre avec les pouvoirs publics, pour sensibiliser ces derniers au sujet des droits LGBT au fenua. À commencer par l’épineuse question du Pacs, qui est reconnu sur le territoire alors qu’il n’est toujours pas applicable localement. « Je suis au Cesec, j’étudie des textes de loi qu’on modernise en incluant le mot Pacs, nos représentants à l’Assemblée votent des textes de lois où on donne des avantages aux métropolitains pacsés, et nous, on n’y a pas droit. ‘Au cœur de la démocratie’, ça veut dire qu’on a besoin que les élus, les représentants de nos institutions, le gouvernement mettent ce sujet au cœur de leurs discussions. C’est vraiment injuste que notre Pays donne des avantages à des personnes pacsées et que nous, on ne puisse toujours pas le faire », dénonce Karel Luciani. Selon lui, Nicole Sanquer devrait à nouveau présenter un projet de loi en ce sens dans les prochains mois. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/05/JOURNEE-LGBT-Karell-2.wav Une représentation LGBT accrue au sein de la classe politique polynésienne Karel Luciani se réjouit néanmoins que les choses bougent au niveau local, avec notamment la création d’un portefeuille LGBT au gouvernement l’an dernier. Un changement politique que l’on constate également au niveau des communes, depuis les dernières élections : « J’ai remarqué qu’il y avait beaucoup de membres de la communauté LGBT qui sont maintenant dans des conseils municipaux, que ce soit dans les Tuamotu, dans les communes de Tahiti, de Moorea… Ça montre un progrès, une ouverture, de l’inclusion. Les lois sont essentielles. Il y avait beaucoup de freins au début à la loi sur le mariage pour tous en Polynésie. Lors des premiers mariages, beaucoup de gens y allaient de leurs commentaires haineux. Aujourd’hui, plus personne n’ose mettre de commentaire haineux sur la publication d’une ville ou d’une commune concernant un mariage de personnes de même sexe. Ça fait vraiment progresser la société. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/05/JOURNEE-LGBT-Karell-3.wav Une journée festive, mais sans oublier les problématiques de fond Samedi, de 8 heures à 16 heures, le village de la prévention, organisé dans la rue de l’École des Frères de Ploërmel, autour du Fare Te Aroha géré par Cousins Cousines, réunira plusieurs autres associations, dont SOS Suicide et Agir contre le Sida, mais aussi des partenaires institutionnels et religieux, comme la Communauté du Christ qui viendra animer des stands d’artisanat et de musique samedi. Des animations et des jeux sont également prévus par les bénévoles des associations, mais aussi par la compagnie Rideau Rouge Tahiti. Si l’ambiance se veut festive, avec un concert place Vaiete pour conclure la journée, il sera surtout question de sensibilisation, à la souffrance de la communauté LGBT et aux risques suicidaires notamment. Un atelier sur la santé mentale sera par exemple animé par Karel Luciani. « L’année dernière, on a eu trois suicides d’adolescents de 13, 14 et 17 ans. Tout le monde est allé pleurer sur leurs tombes, mais aujourd’hui ils sont deux mètres sous terre et personne n’a bougé pour les protéger quand ils étaient encore vivants. Moi, c’est ça qui me motive, quand je vois que notre société ne protège pas suffisamment ces jeunes-là, qui sont chassés de chez eux, qui ont des trajectoires de vie difficiles, qui souffrent. On se bat pour ça. Mais le 17 mai, c’est une célébration, on est là pour faire la fête, mais surtout dire qu’il ne faut pas reculer. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/05/JOURNEE-LGBT-Karell-4.wav À noter qu’au mois d’octobre, la Polynésie française doit accueillir, pour la première fois, la Conférence des droits de l’homme du Pacifique, un événement qui promeut l’égalité et l’expression des genres, ainsi que la question des orientations sexuelles, auprès des pays et territoires de la région Asie-Pacifique. Une cérémonie aux chandelles dimanche soir pour les personnes atteintes du VIH/Sida Dimanche soir, l’association Agir contre le Sida organisera une Cérémonie internationale aux chandelles, un événement ouvert à tous de recueillement, de mémoire et de solidarité en hommage aux personnes affectées par le VIH/Sida. Cette cérémonie, organisée chaque année dans de nombreux pays à travers le monde, rassemblera les forces vives du fenua autour d’un message de compassion, de dignité humaine et de lutte contre les discriminations. Le rendez-vous est fixé au parc Bougainville de Pirae à partir de 17 heures pour l’accueil des participants, avant une marche silencieuse organisée de 17 h 30 à 17 h 45. Puis la cérémonie débutera sur site à 18 heures, ponctuée de prises de parole, de témoignages, de lectures symboliques, de chants, de danses et du rituel d’allumage des bougies en mémoire des personnes disparues. À cette occasion, les confessions religieuses du fenua ont été invitées à participer à l’événement afin de porter un message de bienveillance, d’écoute et d’humanité auprès de la population. Des représentants religieux ainsi que des chorales et chanteurs issus de différentes confessions doivent intervenir au cours de la soirée.