ACTUS LOCALESJUSTICE Il sectionne le doigt de sa victime d’un coup de dent Pascal Bastianaggi 2025-05-13 13 Mai 2025 Pascal Bastianaggi Ce mardi matin au tribunal correctionnel, un quinquagénaire a été condamné à cinq ans de prison pour avoir, lors d’une bagarre, sectionné la phalange de son adversaire à coups de dents. Il a aussi menacé de mort un gendarme venu l’interpeller alors qu’il tentait de se suicider, après son geste, en se jetant sous les voitures qui circulaient. Le 15 mars 2024, à Teva i Uta, les gendarmes sont appelés pour maîtriser un homme qui tente de se jeter sous les voitures en circulation. Les conducteurs essayent de l’éviter, mais il s’accroche aux rétroviseurs ou aux pare-chocs, en arrachant un au passage. Non sans mal, les gendarmes arrivent à le maîtriser après avoir essuyé moultes insultes et menaces de mort, visant en particulier l’un d’entre eux. « Sale farani, vous nous avez colonisé, on devrait jeter une bombe atomique sur la Tour Eiffel (…) je vais te tuer toi et toute ta famille… » Voyant qu’Albert, un quinquagénaire plutôt costaud, ne jouissait pas de toutes ses facultés, les gendarmes décident de l’amener à l’hôpital de Taravao. Arrivés sur place, ils tombent dans la salle d’attente sur un quidam qui a un doigt sectionné. Et là, tout s’éclaircit. La personne en question venait d’être victime du fou furieux avant que celui-ci ne sème la panique sur la route. « Je ne suis pas Jésus, il m’a tapé, je l’ai tapé. » C’est une dette de 15 000 Fcfp qui est à l’origine de la rixe et du doigt sectionné. Plus tôt dans la matinée, Albert s’était rendu au domicile de la victime, Zakari, pour lui réclamer la somme d’argent. Il a commencé par jeter des pierres sur la maison de son débiteur qui a fini par sortir. Une bagarre s’en est suivie où le quinquagénaire alors au sol se saisit d’une pierre pour frapper Zakari assis à califourchon sur lui. Dans la mêlée, le doigt de Zakari glisse dans la bouche d’Albert qui referme ses mâchoires sur lui. Il accentue la pression pendant environ trois minutes avant que la phalange ne soit sectionnée. Albert garde alors le doigt de Zakari en bouche et rigole, puis il le recrache avant de prendre la fuite. Et c’est là que les gendarmes le retrouvent, divaguant sur la route. Devant le juge, Albert n’en démord pas : « il me devait de l’argent ». « Mais vous vous rendiez compte que vous serriez fort les mâchoires ? » s‘étonne le juge. Albert, dans sa logique, « il avait mis son doigt dans ma bouche. » « Vous avez un bon souvenir des faits alors ? » demande le magistrat à Albert qui feignait l’amnésie. « Et lui il a un bon souvenir de mon pied », lui rétorque l’accusé qui poursuit, « je ne suis pas Jésus, il m’a tapé, je l’ai tapé. » Le juge change de sujet et aborde les menaces de mort qu’Albert a faites aux gendarmes. « Il vous a fait quoi le gendarme ? » « Z’avez qu’à lui demander. De toute façon, on ne les condamne jamais, eux. » « C’est faux, la semaine dernière, il y a eu un gendarme de condamné. » « Ben quand il sera en tôle, on s’occupera de lui. » Le juge lit un rapport d’un expert psychiatre qui s’est entretenu avec Albert. Le compte rendu est édifiant : jalousie, paranoïa, mépris des autres, intolérance à la frustration, psychopathe, antisocial. Le rapport se conclut par : il est responsable de ses actes et accessible à une sanction pénale. Le juge, « c’est vrai que vous méprisez les gens ? » « On est obligé de répondre ? » « Non. » Condamné à 10 ans de prison aux assises Albert, qui souffre de troubles de la personnalité depuis longtemps, a un lourd passé de violences. Il a été condamné en 2005 par la cour d’assises à 10 ans de prison pour des coups ayant entrainé la mort sans intention de la donner et a fait des séjours en métropole dans des hôpitaux psychiatriques, notamment au centre hospitalier de Cadillac. Son casier, de 2001 à 2023, est émaillé de condamnations pour violences, menaces de mort et vols. Lorsqu’il a agressé Zakari, il venait de sortir de détention pour menaces de mort réitérées et port d’une arme blanche. Pour le procureur, Albert a « une dangerosité criminologique avérée, il y a un risque de récidive majeur. C’est un danger pour la société. Il est costaud et intolérant à la frustration. » Il demande cinq ans de prison et son maintien en détention. Pour l’avocat, ce dossier démontre, « la difficulté de nos institutions pour traiter des cas comme mon client. » Il évoque son suivi psychiatrique en métropole et assène, « c’est un constat d’échec, la preuve toute cette histoire pour une dette d’argent.» Il estime qu’Albert était dans un état second pour sectionner d’un seul coup une phalange et son interpellation par les forces de l’ordre témoigne de son manque de lucidité. Il fait remarquer que « dès qu’il est suivi avec un traitement, son état est stable » et ajoute, « la réponse pénale, je l’attends, mais cette peine doit être mise à profit pour quand il sortira. » Le tribunal a condamné Albert à 5 ans de prison ferme avec interdiction d’approcher de sa victime pendant trois ans et obligation de lui payer des dommages-intérêts. Le montant sera défini plus tard lors d’une audience pour intérêts civils, une fois que les médecins auront déterminé les dommages infligés à Zakari et leurs conséquences. Il devra aussi s’acquitter de 59 000 Fcfp envers le gendarme qu’il a menacé de mort.