ACTUS LOCALESSOCIAL

FO pénitentiaire dans « l’incompréhension » face aux affectations d’agents de métropole

Quelques jours après un nouvel échange, à l’Assemblée nationale, sur l’épineuse question du retour au pays des fonctionnaires d’Etat polynésiens, les militant de la section pénitentiaire de FO Justice se sont une nouvelle fois mobilisés devant la prison de Tatutu. Le syndicat dénonce l’attribution récente de plusieurs postes à des personnels extérieurs, alors que des demandes « d’originaires » restent sans réponse. Constatant que les règles sur la priorité d’affectation des agents à CIMM ultramarin est mal appliqué et que l’administration est plus attentive aux demandes calédoniennes sur le sujet, FO revendique un « traitement équitable entre collectivités ultramarines ».

« Nous nous sommes réunis pour apporter tout notre soutien à tous nos originaires qui sont en métropole et qui souhaitent revenir aux fenua. » Ce jeudi, le syndicat pénitentiaire FO Justice s’est mobilisé pour dénoncer les difficultés rencontrées par les agents polynésiens souhaitant rentrer au fenua après une expérience professionnelle dans l’Hexagone. Selon Karl Manutahi, secrétaire territorial du syndicat, près de 600 agents polynésiens travaillent en métropole.

Plusieurs manifestants se sont ainsi rassemblés devant l’entrée de la prison de Tatutu afin de protester contre l’attribution récente de cinq postes — un officier, un technicien et trois conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation — à des personnels extérieurs. Pendant ce temps, les demandes de retour formulées par des agents polynésiens restent « sans réponse » assure le syndicat. « Actuellement, ce qu’il se passe, c‘est que nos enfants partent en métropole, restent au moins deux ans, trois ans, quatre ans. Une fois qu’ils ont eu toutes les connaissances et l’expérience requise, il y a des postes qui s’ouvrent en Polynésie » qui deviennent occupés par « nos collègues non-originaires », explique Karl Manutahi, précisant que ces derniers, « repartent après, au bout de quatre ans ». « Nous, on avait cru que nos originaires reviendraient sur ces postes-là. Actuellement, ce n’est pas le cas », déplore le syndicaliste. « C‘est pour ça qu’on est montés au créneau. On a manifesté pour dire qu’on ne comprend pas. »

Les agents pénitentiaires demandent au ministère de la Justice le réexamen des décisions de mobilité concernant les postes vacants en Polynésie, la « prise en compte » des attaches territoriales, familiales et professionnelles, et le respect des engagements pris par la Direction générale de l’Administration pénitentiaire (DGAP) avec l’application d’un « traitement équitable entre les collectivités ultramarines ». « En Nouvelle-Calédonie, la DGAP a réexaminé deux postes d’officiers, afin de favoriser le retour de collègues originaires. Nous, les personnels de Polynésie française, nous attendons la même écoute et la même bienveillance administrative. »

Critères d’ancienneté

Ce sujet a été plusieurs fois porté, ces derniers mois et ces dernières années, par les parlementaires polynésiens. Pas plus tard qu’en ce début de semaine, alors que la députée Nicole Sanquer interpellait à nouveau le gouvernement central sur l’exclusion des lauréats de concours polynésiens de la Prime Spéciale d’Installation – une dossier sur lequel Paris continue de botter en touche -, sa collègue Mereana Reid-Arbelot interpellait le ministre de la Fonction publique sur « l’injustice que vivent trop de fonctionnaires ultramarins ». « L’article L.512-19 du Code général de la fonction publique reconnaît une priorité d’affectation aux agents dont le Centre des intérêts matériels et moraux (CIMM) est situé en outre-mer. Cette priorité a d’ailleurs été réaffirmée par la circulaire du 2 août 2023, avait rappelé la député. Le plus incompréhensible ? Les postes existent. Mais on préfère trop souvent y affecter des agents venus de l’Hexagone. Alors à quoi sert le CIMM si l’administration ne l’applique pas ? À quoi sert le droit si l’État lui-même ne le respecte pas ? »

C’est finalement la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou qui a répondu à la député, avec les mêmes arguments que ces dernières années. « L’administration répond que le CIMM, c’est un critère de priorité, mais pas une priorité. Et c’est ça que l’on trouve désolant », reprend Karl Manutahi. « Au niveau des cadres en métropole, on a une Tahitienne qui est directrice pénitentiaire, deux directrices de la session de probation qui attendent leur retour, à peu près huit conseillers de la session de probation catégorie, qui attendent aussi leur retour… », détaille encore le syndicaliste. Cependant, en raison de critères liés notamment à l’ancienneté professionnelle, « ils ne sont pas prioritaires », précise Karl Manutahi. 

Les syndicats ont eu une visioconférence jeudi matin avec le directeur de l’administration présidentielle. « Il a écouté nos sujets de préoccupation. Il nous a entendus. Aujourd’hui, il sait les problématiques quand on est au quotidien. On est contents de cette visioconférence, mais on reste quand même vigilant. »

 

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