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Les Cubains pleurent en masse leur "Comandante" Fidel à La Havane

La Havane (AFP) – Des centaines de milliers de Cubains commençaient à affluer lundi place de la Révolution à La Havane, théâtre d’innombrables discours fleuves de Fidel Castro, pour rendre hommage à ce géant du XXe siècle qui vient de mourir à 90 ans.

Après deux jours sous le choc, les Cubains vont pouvoir donner libre cours à leur émotion à La Havane pour ce premier temps fort d’une semaine d’hommages au père de la Révolution cubaine. Celle-ci culminera avec les funérailles dimanche à Santiago de Cuba (est).

« Tu vas voir comment est le peuple de Cuba (…) Tu vas voir comment le Cubain souffre, ce qu’il ressent pour un être qu’il aime », dit Jorge Guilarte, chauffeur de vélo-taxi et grand admirateur de Fidel, figure tutélaire dont les coups d’éclat ont marqué la Guerre froide et forgé le destin de son pays.

Des centaines de milliers de personnes, voire des millions, devraient se presser sur la vaste esplanade de 72.000 m2 où a souvent résonné la voix de Fidel Castro lors de ses tonitruants et interminables discours, immanquablement dirigés contre l’ennemi « impérialiste » américain.

A 7H30 (12H30 GMT), soit une heure et demie avant le début de la cérémonie, de petits groupes convergeaient vers les trois points d’entrée de la place, où plusieurs centaines de personnes, tous âges confondus, patientaient déjà, certains munis de bouquets de fleurs. 

Une poignée d’inconditionnels, dont Josefina Vayan Bravo, femme de ménage de 44 ans, patientent depuis dimanche soir. « Je suis arrivé à 18H00 hier, je n’ai pas de mots », dit-elle, avant d’éclater en sanglots.

Ecoliers, militaires, vétérans, médecins et infirmiers, douaniers, beaucoup portaient l’uniforme. Alentour, une discrète présence policière était visible. 

« Il n’y en aura pas d’autre comme lui », confiait, secouée de larmes, Teresa Oquendo, 84 ans, dans la file d’attente avec son petit tabouret.

Lourdes Rivera, fonctionnaire retraitée de 66 ans, a aussi du mal a réprimer ses larmes. Assise sur le trottoir, elle fixe son bouquet de glaïeuls. « C’est le père de tous les Cubains, mon papa était mon papa, mais il n’a pas pu me donner ce que (Fidel) m’a donné. Il m’a tout donné, il m’a donné la liberté, il m’a donné la dignité ».

– ‘Fidel est le peuple’ –

En mars dernier, Barack Obama fut le premier président américain à poser le pied sur cette place emblématique depuis 1928, dans le cadre d’un dégel amorcé fin 2014 avec son homologue Raul Castro.

La foule suivra un long parcours débouchant devant une estrade. On ignore encore si celle-ci exposera la boîte contenant les cendres du « Comandante » ou plus simplement un portrait. 

Pour beaucoup de Cubains, dont une bonne partie n’a connu que les Castro comme dirigeants, la sobre mise en scène ne tempèrera pas le chagrin, tant Fidel a personnifié la grande île caribéenne avant que sa santé le contraigne à passer la main à son frère Raul en 2006.

Le comité d’organisation a placardé une photo géante du célèbre « barbudo », qui couvre quasi complètement la façade du bâtiment très stalinien de la Bibliothèque nationale, côté nord de la place.

Luis Modesto Garcia, 77 ans, fait partie des derniers survivants de la guérilla qui porta les castristes au pouvoir en 1959. Il avait rejoint les « barbudos » de Fidel dans les montagnes de la Sierra Maestra (sud) à 19 ans.

« Fidel fut un père pour tous les combattants, et nous l’avons toujours considéré ainsi. Ce que j’ai appris, je le lui dois », dit-il.

Abasourdis par son décès, les Cubains sont majoritairement restés chez eux samedi et dimanche, se projetant peu à peu dans le Cuba sans Fidel.

– ‘On va marquer l’histoire’ –

Depuis vendredi et jusqu’au 4 décembre, les rassemblements et spectacles ont été annulés. Les incontournables matches de baseball ont été suspendus, les discothèques fermées et la vente d’alcool interdite. 

Après deux jours d’hommages dans la capitale, les cendres de Fidel Castro seront transférées de La Havane à Santiago, lors d’une procession qui parcourra sur un millier de kilomètres 13 des 15 provinces cubaines de mercredi à samedi, avec la probable mobilisation de millions de personnes. 

Point culminant des célébrations, les funérailles du « Comandante » se dérouleront dimanche à Santiago de Cuba, dans l’est, berceau de la Révolution.

Ces festivités laisseront froids la plupart des dissidents, à qui Fidel a mené la vie dure. Ceux-ci ont cependant décidé de rester discrets pendant ces neufs jours de deuil, en marque de respect mais aussi par crainte de cinglantes représailles.

« On va rester tranquille, même si (Fidel) est le principal responsable de la misère et de l’absence de droits politiques à Cuba », explique Jose Daniel Ferrer, dissident « historique » et ex-prisonnier politique.

Passé le deuil, la plupart assurent qu’ils reprendront leur lutte contre le régime de Raul Castro. « Nous allons continuer à combattre le système que (Fidel) a créé. C’est cela, notre véritable ennemi », assure M. Ferrer.

Daniel Martinez, cuisinier de 33 ans, ne porte pas non plus Fidel dans son coeur, mais ne cautionne pas pour autant les manifestations de joie d’une partie de la communauté cubaine de Floride (sud-est des Etats-Unis). « Je n’ai rien de personnel contre Fidel, mais je ne suis pas castriste. Sans me considérer comme opposant, je n’aime tout simplement pas ce système, ni avec Fidel, ni avec Raul. Parce que rien ne change ici, rien ne bouge ».

Pour Yamilka Landrian, vendeuse d’artisanat de 33 ans, ce lundi restera comme un grand jour. « Sur la place, on va marquer l’Histoire », lance-t-elle.

La place de la Révolution à La Havane, le 28 novembre 2016. © AFP

© AFP PEDRO PARDO
La place de la Révolution à La Havane, le 28 novembre 2016

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