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Les troubles neurovisuels : quand le cerveau ne comprend pas ce qu’il voit

© The Artist Academy

Sylvie Chokron est neuropsychologue, directrice de recherche au CNRS, et auteure de plusieurs livres sur le fonctionnement du cerveau. Invitée par l’association ProScience, elle animera une conférence le 13 janvier pour le grand public et une formation pour les professionnels de santé le lendemain sur les troubles neurovisuels. Des troubles qui sont la « première cause de grande malvoyance dans les pays industrialisés chez les enfants, loin devant les troubles ophtalmologiques » et qui restent pourtant très mal diagnostiqués. Interview.

Radio1 : Vous allez animer une formation pour les professionnels sur les troubles neurovisuels. Qu’est-ce que c’est exactement ?

Sylvie Chokron : « On pense souvent à tort que l’œil c’est l’organe de la vision, en réalité un œil tout seul n’est pas capable de voir et le véritable organe de la vision, c’est notre cerveau. Les troubles neurovisuels sont des troubles de la vision liés à des atteintes des régions dans le cerveau qui gèrent la vision. Et ces troubles sont devenus prépondérants. Aujourd’hui lorsqu’un enfant a du mal à voir, c’est plutôt parce que son cerveau ne comprend pas ce qu’il voit, et pas parce que ses yeux ne peuvent pas traiter l’information visuelle. »

Ces troubles sont largement méconnus et souvent confondus avec l’autisme, la dyslexie ou le TDAH.

« Aujourd’hui on sait qu’il y a trois ou quatre enfants par classe touchés. C’est un nombre très important. Ils ont du mal à faire des apprentissages, à apprendre à lire, à écrire, à compter. Ils peuvent même avoir du mal à interagir. Et on peut penser qu’ils sont autistes, qu’ils ont des troubles de l’attention, de la lecture, des dyslexies, des dysorthographies, alors qu’en réalité ils ont du mal à comprendre ce qu’ils voient. »

Quelles sont les conséquences pour ces enfants, s’ils ne sont pas diagnostiqués ?

« Ils ne vont pas être rééduqués pour la difficulté qu’ils ont à comprendre visuellement le monde, mais pour une dyslexie, une dysorthographie, ou ils seront pris en charge pour un autisme. Ils ne seront pas rééduqués comme ils le devraient. Une fois adulte, sans rééducation, ces troubles vont persister et ça va leur demander de gros efforts de compensation. Il y a un risque de burn-out, d’épuisement, parce qu’ils surcompensent leurs difficultés. Alors qu’on sait aujourd’hui réparer la vision lorsqu’elle est déficitaire à la suite d’une lésion dans le cerveau. »

À quels signes être attentifs ?

« Aux enfants nés dans des contextes à risque : une prématurité, une détresse respiratoire, cardiaque. Des grossesses à risque comme des prises de médicaments, de drogues, d’alcools. Ce peut aussi être des chutes sur la tête, des traumatismes crâniens, des maladies, des infections. »

Comment se pose le diagnostic ?

« On a mis au point des tests qui sont distribués via l’association Les yeux dans la tête dont je m’occupe. Ces tests permettent d’aller rechercher un trouble neurovisuel chez un bébé à partir de trois mois, chez des enfants qui sont très jeunes, avant l’âge de l’école primaire, entre quatre et six ans, mais aussi chez des enfants plus grands. On a mis au point des mallettes de dépistage. »

Concrètement, comment ces personnes atteintes de troubles neurovisuels voient ?

« Parfois, elles ne voient qu’une partie de leur champ visuel, elles sont donc obligées de tout le temps bouger la tête et les yeux pour tout voir. Ce sont des personnes qui vont être incapables de comprendre, de reconnaître ce qu’ils ont devant les yeux. Elles peuvent ne pas reconnaître les visages, les objets, les lettres et donc avoir des difficultés pour apprendre à lire parce que toutes les lettres se mélangent et qu’elles ont l’air d’être toutes les mêmes pour eux. »

Vous parlez de trois à quatre enfants par classe, mais quelle est la situation ici ?

« On n’a aucune idée du nombre d’enfants touchés à Tahiti. C’est très difficile de savoir mais c’est important d’avoir une idée du nombre d’enfants touchés. Aujourd’hui ces enfants sont en déshérence, parfois considérés comme ayant des troubles intellectuels. Alors que pas du tout. »

. La formation pour les professionnels aura lieu le 14 janvier à l’immeuble Lebihan, elle est déjà complète.

« L’art c’est un moyen puissant d’entretenir notre cerveau »

Quels seront les thèmes de la conférence grand public, « Au cœur de notre cerveau », du mardi 13 janvier ?

« Je vais vraiment insister sur trois grands sujets : les bénéfices de l’art, de la lecture et l’importance des rêves. L’art sous toutes ses formes, que ce soit dans sa pratique ou sa contemplation, que ce soit une œuvre d’art, du spectacle vivant, de la musique ou de la danse, fait du bien à notre cerveau, d’un point de vue cognitif, émotionnel, mais aussi physiquement. L’art c’est un moyen puissant d’entretenir notre cerveau.

Je vais aussi parler des rêves : à quoi ils servent, comment ils sont fabriqués, pourquoi certains se souviennent de leurs rêves et d’autres pas. Il y a un lien très fort entre le sommeil et la qualité de notre mémoire ou de notre attention.

Et puis je vais aussi parler des bienfaits de la lecture sur le cerveau. La lecture peut sauver notre cerveau car tenir un livre dans ses mains ou même lire sur une tablette, ça n’a absolument rien à voir pour le cerveau, avec scroller à l’infini sur les réseaux sociaux. »

À quoi sert la lecture pour notre cerveau ?

« Elle développe des capacités de raisonnement, de jugement critique, d’empathie, de langage, de mémoire, d’attention. Et à l’inverse, quand on passe beaucoup de temps sur les réseaux sociaux, sur nos écrans, à faire autre chose que lire ou que travailler, on n’active pas énormément de région dans notre cerveau, on ne fait pas travailler beaucoup de fonctions. »

Ces trois sujets : art, lecture et rêve, vont un peu à contretemps avec ce qu’on vit aujourd’hui, où on est submergé par les images, les publicités et les informations.

« Je suis très investie dans la défense du cerveau humain pour ne pas céder au mythe des algorithmes, de l’intelligence artificielle, des robots, d’un cerveau unique artificiel. Notre devoir est de garder un cerveau le plus humain possible et donc de cultiver ces tâches qu’on a développé et préservé au cours de l’évolution, comme l’art, la lecture, les rêves. Au lieu d’avoir ce fantasme de vouloir être aussi efficace qu’une machine, il faut considérer que ce sont des outils qui vont nous aider. Ils ne vont pas se substituer à notre cerveau qui est d’une richesse infinie et d’une efficacité extrême. Nous devons préserver les émotions, l’art, la créativité, tout ce qui fait de nous des individus uniques. »

 

. La conférence grand-public du mardi 13 janvier est gratuite et sans inscription, à la salle philanthropique chinoise en face d’Odyssée. Cette conférence sera retransmise en live sur la page Facebook de AS Proscience et donc disponible aussi en replay.

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Tarena Maohi11/01/2026

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