ACTUS LOCALESPOLITIQUE L’éviction de Roland Bopp de la Dag passe mal au sein de la majorité Tavini Charlie Réné 2026-03-18 18 Mar 2026 Charlie Réné Après plusieurs mois de tensions et dix jours de grève à la Dag, le conseil des ministres a mis fin aux fonctions de Roland Bopp à la tête de la direction de l’agriculture. Plusieurs élus Tavini de Tarahoi avaient pourtant signifié à Moetai Brotherson et Taivini Teai leur opposition à l’éviction d’un directeur qui « dérange parce qu’il veut faire bouger les choses ». Ils reprochent à l’exécutif un manque d’action pour le développement agricole depuis le début de la mandature, qu’ils craignent de voir se finir bien loin des engagements de campagne sur l’auto-suffisance alimentaire. Le président du Pays, pour qui « on ne peut pas tout faire en même temps », promet un effort particulier sur le sujet en 2027. L’annonce a été faite ce mercredi en fin de matinée, alors que le gouvernement au grand complet détaillait les mesures envisagées pour contrecarrer les effets de la guerre au Moyent-Orient, et de la crise des hydrocarbures qu’elle augure. Moetai Brotherson, après avoir insisté sur la nécessité d’accélérer les chantiers liés aux « dépendances » du fenua, et notamment à la dépendance aux imports alimentaires, a confirmé que le conseil des ministres avait mis fin aux fonctions de Roland Bopp à la direction de l’agriculture. « C’est pas du tout une divergence de vision par rapport à ces questions d’autosuffisance alimentaire, ce sont des questions d’exercice normal de la fonction de directeur, je n’en dirai pas plus », a commenté le président du Pays, précisant tout de même que cette fin de fonction interviendrait à la fin du mois, et que les candidatures étaient déjà étudiées pour son remplacement. « Pas sous la pression », mais… Après la séance, le ministre de l’Agriculture Taivini Teiai est resté tout aussi lapidaire sur les motifs de cette éviction. « Ce n’est pas une décision légère que le gouvernement a prise. On a pris en considération le temps d’installation d’une nouvelle direction, les projets en cours, néanmoins, l’arrêt des fonctions du directeur actuel a été acté, et elle était nécessaire. Ce n’est pas une question de fonds, il s’agit de préserver le service public dans sa globalité, pas que les agents de la direction de l’agriculture ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/03/BOPP-1-Taivini.wav Car le ministre assure ne pas avoir proposé cette fin de fonction sous la pression. Et pourtant la pression était bien là : depuis la nomination de Roland Bopp en 2024, une partie des agents de la Dag dénonce ses méthodes, ou son « management toxique ». Après plusieurs courriers et menaces de mouvement, la CSTP-FO a lancé une grève qui dure maintenant depuis dix jours. Avec comme principal objectif d’avoir la tête de cet ancien responsable de l’Environnement à la mairie de Faa’a, réputé proche d’Oscar Temaru… Et qui reste visiblement très apprécié dans le camp Tavini. Roland Bopp « dérange parce qu’il veut faire bouger les choses » Car le cas de Roland Bopp avait déjà été évoqué, en début de matinée, lors d’une autre prise de parole. Alors que la rumeur d’une éviction enflait depuis quelques jours, quatre élus de l’assemblée, Maite Hauata Ah min, Edwin Shiro-Abe, Ruben Teremate et Jeanne Vaianui, ont tenu à s’exprimer, ce mercredi matin, alors même que le conseil des ministres se réunissait. La veille, ils étaient « une dizaine » de représentants du groupe majoritaire à l’assemblée à écrire à Taivini Teai et Moetai Brotherson avec le même message : congédier Roland Bopp serait une décision « hâtive », « pas raisonnable »… Et même une « grave erreur » pour Edwin Shiro-Abe. Pour le vice-président de la commission de l’agriculture, la fronde contre le directeur de la Dag est menée par « une infime minorité » – une vingtaine de grévistes sur plus d’une centaine d’agents, dont certains ont d’ailleurs écrit un courrier de soutien ces derniers jours – et le directeur en poste depuis 2024 serait plébiscité par les agriculteurs, notamment dans les îles. Pour la même raison qui lui vaut les foudres de certains, reprend l’élu indépendantiste : « il dérange parce qu’il veut faire bouger les choses » et « réveiller » un service empêtré dans sa torpeur administrative. À l’entendre, là où le gouvernement a multiplié les « discours » sur la souveraineté alimentaire, lui avait enfin commencé à amener du « concret » : https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/03/AGRICULTURE-TAVINI-edwin.wav Car les quatre élus ne cachent pas leur déception face à l’action du gouvernement Brotherson en matière de développement agricole et de souveraineté alimentaire, point central dans l’idéologie du Tavini. Maite Hauata Ah-min pointent que le dernier rapport de la CTC a constaté que la dépendance aux denrées importées n’a fait qu’augmenter, et a donné raison aux projets portés par Roland Bopp, « homme de terrain » qui a beaucoup été en contact des producteurs ces derniers mois. L’élue des Australes, elle aussi membre de la commission de l’agriculture, estime que le départ du directeur va mettre à mal des projets « importants » déjà lancés, comme la plantation de 100 hectares de tarodière sur des terres domaniales sur son île de Tubuai : https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/03/AGRICULTURE-TAVINI-2-maite-.wav Maite Hauata Ah-min rappelle aussi qu’il ne « reste que deux ans » pour remplir les engagements de la mandature. À l’entendre, le gouvernement n’a que trop tardé à développer de « vrais projets » agricoles, et cette « instabilité » à la Dag pourrait condamner son bilan en la matière. « On ne peut pas tout faire en même temps » Interrogé plus tard dans la matinée sur ces inquiétudes de Tarahoi, Moetai Brotherson a indiqué, comme Taivini Teai avoir rencontré les élus concernés et leur avoir donné les « explications précises » de la décision de mettre fin aux fonctions de Roland Bopp. « Et je pense qu’ils ont compris », assure le président, même si les désaccords subsistaient visiblement en fin de journée au sein du groupe Tavini. Sur le fond, le chef du gouvernement a répété que le BP 2027 serait « en priorité consacré à l’auto-suffisance alimentaire et énergétique. Si il y en a qui pensent qu’en trois ans, un pays peut devenir auto-suffisant sur le plan alimentaire, je les encourage à venir prendre ma place ». On précise en face que les dotations destinées à développer la production locale ont plutôt été orientées à la baisse depuis le début de la mandature, malgré les discours récurrent sur la souveraineté alimentaire. « On ne peut pas tout faire en même temps, répond Moetai Brotherson. Quand on est arrivé, il y avait un passif, excusez moi de le rappeler à chaque fois, je ne suis pas particulièrement adepte du rétroviseur politique, mais il y avait un passif à l’OPH, au CHPF et dans d’autres satellites du Pays qu’il a d’abord fallu absorber avant de penser planter quoique ce soit ». Quant aux agriculteurs qui s’estiment « délaissés » par les autorités, Moetai Brotherson leur adresse un « petit rappel » qui ne participera probablement pas à calmer les esprits. « Si je vous donnais le montant de toutes les aides attribuées aux agriculteurs dans notre pays, je pense qu’il y a des gens à Fidji qui feraient une crise cardiaque. Parce que le niveau d’aide de nos agriculteurs est sans commune mesure avec celui qui existe dans tous les autres pays du Pacifique, qui ont une production supérieure à la nôtre » . https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/03/BOPP-4-moetai.wav