
Le président de l’assemblée a tenu à répondre publiquement à Steeve Hamblin, samedi, en congrès du Tavini. Le patron du Medef lui avait écrit pour le mettre en garde contre de nouvelles mesures « coercitives » issues du colloque sur la vie chère. Des mesures que Tony Géros est pourtant « déterminé » à faire aboutir, via l’exécutif, mais aussi au travers d’une série de réformes du Code de la concurrence initiées à Tarahoi. Au menu : le retour de l’interdiction des exclusivités d’import, des obligations de transparence renforcées et plus lourdement sanctionnées pour les grands groupes, et des pouvoirs de contrôles plus musclés pour l’APC.
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Tony Géros le dit sans détour : il n’a pas apprécié que la lettre qui lui a été adressée par Steeve Hamblin paraisse dans la presse avant qu’il l’ait en main. Le président de l’assemblée a donc décidé de rendre public, lui aussi, son courrier de réponse au président du Medef. Et il l’a fait devant les quelques 500 militants du Tavini réunis en congrès ce samedi à Faa’a. La missive, lue à la tribune par son auteur, reprend le ton diplomate de celle de l’ancien ministre du Tourisme : les chefs d’entreprise sont avant tout remerciés d’avoir « contribué à enrichir le débat » du colloque qui s’est tenu à l’assemblée à la mi-mars, et l’organisation patronale est qualifiée de « partenaire important dans la réflexion économique portée à l’échelle du pays ». Passé ces courtoisies, Tony Géros réfute point par point les reproches de Steeve Hamblin.
« Avancer sur les leviers de régulation » pour combattre « le sentiment d’injustice »
Dans sa lettre, le président du Medef, faisait part de ses interrogations face à la méthodologie du colloque : les débats auraient été « orientés » et beaucoup de propositions du privé « écartées » dans les conclusions finales. Le porte-parole de l’organisation patronale se disait surtout « préoccupé » par la teneur de ces conclusions, centrées, selon lui, sur le « contrôle de l’activité » des entreprises et porteuses de mesures « coercitives » qui risqueraient de mettre à mal l’activité. Rien de tout ça pour Tony Géros, qui estime, dans sa réponse, que les ateliers organisés dans le colloque ont été des « espaces d’expression libre » où « toutes les sensibilités se sont exprimées », y compris celles du secteur privé. Quant aux conclusions, elles ne « prétendent pas refléter une unanimité artificielle mais bien faire ressortir les tendances dominantes qui se sont dégagées des échanges ». Si « toutes les positions n’y trouvent pas un écho équivalent », c’est que les « idées les plus partagées structurent les propositions finales » : « tel est le fonctionnement même du débat démocratique », indique le chef de file des bleu ciel à Tarahoi.
Surtout, le président de l’assemblée explique au président du Medef que l’angle d’attaque de cette réflexion sur la vie chère ne se limite pas à « une analyse strictement économique » : la question « touche au vivre-ensemble, à la cohésion sociale à la dignité ». « Et c’est précisément dans cet esprit que l’assemblée de la Polynésie française s’est engagée à en fait un sujet prioritaire en consultation largement et en refusant de s’enfermer dans des dogmes publics ou privés ». Tony Géros, qui a plusieurs fois reproché à l’exécutif Brotherson sont manque d’action sur la vie chère, promet d’agir avec « discernement », mais aussi avec « détermination » face aux « attentes légitimes de la population ». « Nous devons avancer sur les leviers de régulation, de contrôle et d’équité car le sentiment d’injustice est aujourd’hui un puissant facteur de désespérance pour nos citoyens ».
Une batterie de mesures à venir, côté exécutif et législatif
Le message est donc clair : les conclusions du colloque, que le Medef s’en désolidarise ou pas, restent bien une base de travail pour la majorité Tavini. Tony Géros a d’ailleurs repris, dans une feuille de route de lutte contre la vie chère présentée au congrès, l’essentiel des recommandations du rapport du « groupe d’experts » – des membres de l’Institute for Small Markets in Law & Economics, pour beaucoup liés à des autorités de la concurrence, dont l’autorité de la polynésienne – qui avait été le socle des discussions du colloque. Réforme de la TDL, assouplissement des quotas d’import, audit indépendant du fonctionnement du port et des coût de la manutention, simplification des procédures administratives, meilleur outils de contrôle des entreprises… Des travaux « qui doivent être nécessairement portés par le gouvernement », précise le vice-président du parti, quelques minutes après que Moetai Brotherson a expliqué à la tribune que le congrès du Tavini n’était pas le lieu pour détailler les futures mesures contre la vie chère.
Tony Géros va plus loin, puisqu’il a aussi listé, à la tribune, une série de réformes du code de la Concurrence qui pourraient être « rapidement » rédigées par les élus de l’assemblée sous forme de proposition de loi du Pays. On y retrouve le rétablissement de l’interdiction des exclusivités d’importation – une des conclusions du colloque dénoncées par Steeve Hamblin -, une obligation de communication des coûts et des marges pour les groupes pratiquant l’intégration verticale, l’instauration d’un contrôle des prix et des marges par l’APC, dont les compétences – et probablement les budgets – seraient donc musclés, le renforcement des obligations de dépôts de compte par les entreprises, avec amende « lourde » et astreinte, ainsi qu’une nouvelle obligation de dépôt de comptes consolidés pour les grands groupes. Vaste programme… En contradiction totale avec les mises en garde du Medef.
« Avancer sur les leviers de régulation » pour combattre « le sentiment d’injustice »
« Il ne s’agit pas de stigmatiser les entreprises, assure pourtant Tony Géros sans son courrier lu au motu Ovini. Mais de reconnaître que certains mécanismes actuels, notamment les pratiques d’exclusivité ou le manque de transparence sur la formation des prix nécessitent une régulation plus claire dans l’intérêt général« . Quant aux demandes de Steeve Hamblin de « mesures structurelles, d’investissement public et de réforme du droit du travail », « ces sujets font l’objet d’une attention constante de l’assemblée ». Mais ils sont visiblement moins prioritaires que les « leviers de régulation ».
Interrogé sur ces annonces de grands chantiers législatifs, Moetai Brotherson ne se dit ni surpris ni hostile à cette démarche de Tony Géros. « Si vous relisez notre programme, il y a un point que j’ai fait inscrire, qui veut que la moitié des textes qui passent à l’assemblée soient issus de l’assemblée, rappelle le président du Pays. On va dans ce sens-là et ça n’a rien d’anormal ». Reste à savoir si les projets de Tarahoi sont en cohérence avec les travaux importants lancés par le ministre de l’Économie et des Finances Warren Dexter, qui mène des consultations depuis plusieurs mois sur le contrôle des prix, les PPN, la TDL ou la fiscalité. « On va bien entendu se coordonner avec le gouvernement », assure Tony Géros, qui veut faire passer en priorité les textes qui n’ont plus besoin d’être discutés. Le retour de l’interdiction des exclusivités d’import, prévu par le Code de la concurrence en 2015 et supprimée en 2018 sous la majorité autonomiste, fait selon lui partie de cette catégorie.
