ACTUS LOCALESPOLITIQUE Moetai Brotherson annonce sa retraite… en 2034 Charlie Réné 2025-04-05 05 Avr 2025 Charlie Réné Lors de sa prise de parole au congrès du Tavini, le président du Pays a annoncé qu’il prendrait sa retraite politique au 1er janvier 2034, avant ses 65 ans. Une façon d’éviter le « sentiment d’éternité » qui toucherait certains élus. Une façon surtout d’encourager le renouvellement au sein du mouvement indépendantiste où Oscar Temaru, 80 ans, est entouré de beaucoup de militants de la première heure. « Un parti politique, c’est comme un lagon, si l’eau ne se renouvelle pas, il finit par mourir », pointe Moetai Brotherson. Un message lancé alors que Tony Géros a fait voter une résolution qui repousse la limitation des mandats promise par le Tavini à l’après-indépendance. Lire aussi : Malgré les mises en garde du Medef, Tony Géros prépare son arsenal contre la vie chère Quelles institutions pour la République de Maohi Nui ? Émile Vernaudon en bleu ciel à Mahina : « Je ne sais pas quel message on veut envoyer » Tematai Le Gayic refuse de crisalliser le débat des municipales autour de l’indépendance Minarii Galenon « surprise » de ne pas être candidate à Moorea Qu’on se le dise, Moetai Brotherson, un temps annoncé sur les listes de Papeete, Punaauia ou Huahine, n’est « candidat à rien du tout » aux municipales. Il a d’ailleurs interdit à ses ministres d’être têtes de liste dans ces élections pour se consacrer, eux aussi, à leurs fonctions gouvernementales. Ça n’était pas donc de ce scrutin que le président du Pays était venu parler au congrès du Tavini, ce samedi au motu Ovini de Faa’a. Mais à l’heure où le parti doit faire des choix de candidats dans chaque commune, il a tout de même fait passer un message aux autres dirigeants bleu ciel : le mouvement indépendantiste a besoin de renouvellement. Et l’idée est de montrer l’exemple. À la tribune Moetai Brotherson a rappelé qu’il s’était promis, dès son engagement politique en 2014 au sein du conseil municipal de Faa’a, de ne pas « vieillir en politique« . Une promesse que l’élu de 55 ans se dit déterminé à tenir : il a annoncé devant les quelques 500 militants du congrès la fin de sa carrière politique au 1er janvier 2034. « Éviter le sentiment d’éternité politique » La date n’est pas choisie au hasard. Le délai de presque 9 ans laisse au chef du gouvernement, qui dit avoir été « très admiratif » du retrait volontaire de Jacqui Drollet en 2017, assez de marge pour revendiquer un second mandat à la tête du Pays lors des territoriales de 2028. Du point de vue personnel, le président rappelle qu’en 2034, il approchera des 65 ans : « À cet âge, il est temps d’aller s’occuper de ses mootua, ses hina peut-être ». Mais l’annonce a tout de même une résonnance politique dans un parti présidé par son fondateur de 80 ans, et qui est toujours entouré de beaucoup de militants indépendantistes de la première heure. Moetai Brotherson lui, veut éviter « un sentiment d’éternité en politique », et assure devant le congrès qu’il passera les « 451 semaines qui lui restent » à « préparer la relève ». Une philosophie qui l’aurait déjà guidé dans le choix de ses partenaires de législatives en 2022 – Tematai Le Gayic et Steve Chailloux – ou dans la constitution de son gouvernement l’année suivante. « Pour moi, un parti politique, c’est comme un lagon, si l’eau ne se renouvelle pas, il finit par mourir, explique-t-il après son intervention. Il faut préparer la relève, c’est la première tâche de quelqu’un qui est élu. Dès lors que j’ai été élu, j’ai commencé à essayer de repérer des jeunes, les former, vérifier la solidité de leur vocation. C’est ce que je fais tous les jours. À un moment donné il faut laisser la place, et il faut s’assurer que ceux à qui on laisse la place sont là pour les bonnes raisons et ont les capacités de le faire ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/04/TAVINI-MOETAI-1-jeunesse.wav La limitation des mandats… Mais pas avant l’indépendance Cette promesse de retraite, même si elle est peu engageante vue son horizon, dénote avec certaines décisions qui ont été actées lors du Congrès. Comme le choix, pas encore pleinement confirmé, mais désormais très probable, de soutenir la candidature d’Émile Vernaudon, 81 ans, aux municipales de Mahina. Ou encore les décisions prises sur la limitation des mandats. Il s’agissait d’une promesse du Tavini inscrite au programme lors de la campagne territoriale de 2023. Une promesse rappelée par Hinamoeura Morgant-Cross, toujours en confrontation frontale avec Tony Géros, mais tout de même présente à Faa’a ce samedi, dans une proposition de loi rapidement enterrée. Le vice-président du parti et président de l’assemblée, a souhaité « clarifier la position du Tavini » sur ce sujet, au travers d’une résolution adoptée, comme les autres, à l’applaudimètre. Elle précise, en substance, que la limitation du nombre de mandat n’est pas souhaitable dans le cadre institutionnel actuel. Et pour cause : l’application « d’une règle automatique sans nuance à ses dirigeants ou élus serait contraire à l’intérêt supérieur du mouvement souverainiste et à l’efficacité de son action politique », a ainsi expliqué à la tribune Tony Géros. En revanche, l’avant-projet de constitution de Maohi Nui, présenté un peu plus tôt par Richard Tuheiava, comprend bien, lui, une limitation des mandats pour les députés, sénateurs et autres élus du futur état fédéral. Sans commentaire de la part de Moetai Brotherson, qui n’a pas été associé à ces choix.