ACTUS LOCALESPOLITIQUE « On a besoin d’une vraie vision politique sur le développement du photovoltaïque » Charlie Réné 2026-04-29 29 Avr 2026 Charlie Réné Le Pays travaille à une « fiscalisation » des installations d’autoconsommation électrique – les panneaux solaires installés sur les toits des particuliers et entreprises – pour permettre au réseau public de continuer à couvrir ses charges. Une idée moins radicale que l’interdiction de l’autoconsommation, recommandée par l’APC au nom de l’équité et de la solidarité, mais qui fait tout de même bondir Jimmy Wong, directeur de Sunzil Polynésie. Pour le porte-parole du collectif Synergie, l’exécutif, au vu de ses objectifs climatiques et économiques et des tensions mondiales sur le pétrole, devrait au contraire mobiliser les privés pour avancer vers un modèle « 100% renouvelable », qu’il juge atteignable sous 20 ans. Un petit nuage d’inquiétude au-dessus des professionnels de l’énergie solaire. Début avril le ministre des Finances et de l’énergie Warren Dexter avait annoncé sur le plateau de Radio 1 que le gouvernement réfléchissait à une « fiscalisation a minima des installations d’autoconsommation », à savoir les panneaux solaires que les particuliers et entreprises installent sur leur toit. Il faut dire que ces équipements qui permettent, outre la couverture des besoins électriques, de revendre le surplus d’électricité au réseau, ont le vent en poupe : 4 474 installations étaient recensées l’année passée avec un quasi-triplement de la puissance équipée sur une décennie. « L’autoconsommation se développe tellement bien aujourd’hui qu’on a des pertes de chiffre d’affaires sur le réseau public, qui permettent moins en moins de faire face à ses charges structurelles », précisait alors le ministre, dont les services mènent à la fois des travaux sur le tarif de rachat de l’électricité à ces petits producteurs et sur la fiscalisation de ces productions privées pour « financer en partie les pertes publiques » du réseau électrique. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/04/SOLAIRE-1-warren.wav De quoi faire bondir Jimmy Wong, directeur de Sunzil Polynésie et porte-parole du collectif Synergie, qui rassemble des professionnels de la filière renouvelable. « Ça m’a surpris, parce que le gouvernement a justement placé le renouvelable dans ses priorités, explique-t-il en référence à la récente feuille de route Cap 2033, qui table sur 55 à 60% d’énergie verte dans le mix électrique à horizon 2030. Faire payer plus cher les acheteurs de panneaux solaires, c’est un mauvais signal, et ça va à l’encontre de ces objectifs là ». « On pourrait avoir dans 20 ans une électricité totalement produite par le renouvelable » Pour le professionnel, qui regrette aussi que le Pays n’encourage pas davantage le développement du parc de véhicules électriques, « On a besoin d’une vrai vision politique » sur le développement du photovoltaïque… Et de choisir un modèle. D’un côté, selon lui, le maintien d’un système « à moitié basé sur le thermique », choix « incohérent » et « risqué » au vu de la crise actuelle des hydrocarbures, des objectifs climatiques, et de l’augmentation « inévitable » des cours du pétrole sur le long terme. « On s’engage à verser des milliards au FPRH ad vitam aeternam », lâche-t-il. De l’autre, un effort de transition énergétique qui « doit passer » par l’équipement photovoltaïque des entreprises et particuliers. Dans un pays, où « le soleil est partout », et où les barrages produisent déjà, « on pourrait avoir dans 20 ans une électricité totalement produite par le renouvelable, et un parc de véhicules 100% électrique. Dans ce cas là, pas d’importation de pétrole, sécurité absolue en termes de crise mondiale d’approvisionnement, et à ce moment là, clairement, le prix de l’énergie pour les Polynésien sera divisé par deux au lieu d’être multiplié par deux, parce qu’on voit que le prix des équipements solaires baisse régulièrement ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/04/SOLAIRE-modele-.wav Jimmy Wong met au passage en avant les bénéfices « en termes d’image » d’une transition plus appuyée, sur le plan du développement touristique. « Ça aussi ça fait partie des objectifs de Moetai ». Le coût du service réseau, un « vrai sujet » Le directeur de Sunzil reconnait toutefois qu’il existe un « vrai sujet » sur le coût du « service réseau », à savoir les frais de gestion et d’exploitation qui sont engendrés par les autoconsommateurs quand ils restent connectés au réseau public. Et pas un sujet nouveau. En 2010, le Pays avait déjà mis en place une « redevance solaire », qui devait être payée par les foyers équipés en photovoltaïques pour couvrir ces frais. L’application de la mesure, contestée en justice par les professionnels du solaire, avait été suspendue, et malgré un retour dans le débat entre 2015 et 2017, cette redevance n’est aujourd’hui pas facturée. Le Cesec, EDT, le Secosud ou le SPC ont régulièrement interpellé sur cette question demandant une « participation » au maintien du réseau public par les petits ou plus importants producteurs solaires privés. Car aujourd’hui, tous les coûts sont assumés, via le prix de l’électricité, par les abonnés qui n’ont pas la chance de profiter de panneaux sur leur toit. Jimmy Wong reconnait donc la nécessité d’un débat sur ce point, mais en « ramenant les choses à leur juste valeur ». « Si jamais on doublait le nombre d’autoconsommateurs, de 30 à 60MWc, l’impact serait de 0,6 francs par kWh, pointe-t-il, contre une trentaine de francs, taxes incluses, par Kwh aujourd’hui facturé en tranche 1 et tranche 2 à Tahiti Nord. Mais cette augmentation est fictive : avec le développement de la voiture électrique, qui aura lieu inexorablement, quelle que soit la volonté politique actuelle, parce que ce changement industriel a lieu dans le monde entier, la consommation d’électricité va augmenter. Et donc le service réseau sera payé par cela ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/04/SOLAIRE-pas-de-rpobleme.wav « Tout est question de choix politique » Warren Dexter, pourtant, en proposant une « fiscalisation a minima » de l’autoconsommation, n’a pas adopté la position radicale dans le débat. Dans un avis rendu en juillet 2025 sur un projet de loi du Pays en faveur du développement de la production électrique renouvelable, l’Autorité polynésienne de la Concurrence avait tout bonnement proposé l’interdiction de l’autoconsommation : les foyers équipés en photovoltaïques seraient contraints de vendre l’intégralité de leur production au réseau et de lui racheter les kWh nécessaires à sa consommation, ce qui, de fait, rendrait financièrement inintéressant l’achat de panneaux solaires. L’APC justifiait cette position par le « principe de solidarité » qui doit être la règle dans le développement du réseau. « Or, l’autoconsommation permet à certains de se soustraire à cette solidarité, tout en continuant à bénéficier indirectement du réseau, pour y injecter du surplus ou pour un soutirage résiduel, écrivait l’autorité. Surtout, elle favorise ceux qui ont les moyens d’investir dans les installations coûteuses, au détriment de ceux, particuliers ou petites entreprises, qui restent totalement dépendants du réseau public ». Cette solution d’interdire l’autoconsommation, le ministre des Finances et de l’Energie l’écarte : « ce serait un non-sens », dit-il. Mais une « fiscalisation » des installations photovoltaïques restent pour lui une mesure d’équité. Jimmy Wong, lui, plaide pour une réglementation qui « favorise les bons élèves ». Quitte à aussi favoriser les plus aisés ? « Tout est question de choix politiques », répond-il. « Pourquoi ne pourrait-on pas aider les petits ménages à accéder au solaire, pourquoi ne peut-on pas aider les locataires, en faisant en sorte que les propriétaires aient des aides pour équiper leur maison ? ». Quant à savoir comment la multiplication des petites sources de production solaires peut-être gérée par le réseau, le directeur de Sunzil assure que les technologies « existent » et sont à l’oeuvre dans plusieurs pays « bien plus grands », qui frise sur certaines périodes les 100% de renouvelables. « Ce sont des grosses batteries de régulation du réseau avec des onduleurs, des mécanismes qui sont tout à fait usuels aujourd’hui, assure-t-il. On demande au gouvernement depuis plusieurs années de mettre en place ces investissements – à la place notamment d’une nouvelle centrale thermique à la Papeno’o ou autre chose – malheureusement ça n’avance pas ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/04/SOLAIRE-equipements-sur-le-reseau.wav Si beaucoup d’acteurs, a commencer par EDT-Engie, ont de quoi contester le discours, une chose est sûre : les décisions du gouvernement sur l’autoconsommation vont être scrutées, et probablement très débattues.