ACTUS LOCALESPOLITIQUE

Pour Tony Géros, il était temps de « secouer le cocotier »


Le président de l’assemblée n’est « pas sur le même récit » que les autonomistes, avec qui le Tavini a voté, pour expliquer le rejet du collectif technique de vendredi. Il assure vouloir dénoncer l’accumulation de milliards de francs de crédits de paiement dans les comptes, qui ont besoin d’être « toilettés ». « Il y a trop de projets, et pas assez de moyens pour les réaliser », explique-t-il, appelant à du renfort d’effectif dans l’administration, et à une priorisation des projets réalisables à court ou moyen terme. Le vice-président du Tavini, « serein », sans « adversaire » mais pas prêt à se « laisser agresser », dément une manoeuvre politicienne… Mais assume d’avoir laissé valider le collectif en commission, où on ne « dévoile pas toutes ses cartouches ». Quant au blocage budgétaire, « il ne tient qu’au gouvernement » de faire des propositions.

Lire aussi : Sabotage économique et blocage des chantiers des Jeux… Moetai Brotherson « bluffe » pour l’opposition autonomiste

Explication de vote, ce lundi, dans les jardins de Tarahoi pour le groupe Tavini, mené non pas par son président Oscar Temaru, qui n’a plus fréquenté les lieux depuis son hospitalisation en mai, mais par Tony Géros. Le président de l’assemblée ne s’était pas exprimé ces derniers jours sur le très commenté rejet de plusieurs projets budgétaires, et notamment des délibérations portant les reports de crédits vers le budget 2026.

Moetai Brotherson, lui, l’a fait, dès vendredi soir, et a fait du bruit. Le président du Pays a dénoncé un « sabotage économique » à des fins politiciennes et un vote qui va empêcher la collectivité de payer ses prestataires, mettant à risque de nombreux chantiers, y compris ceux des Jeux du Pacifique. L’opposition autonomiste, aux côtés des bleu ciel dans ce vote par 41 voix contre 14, a aussi donné de la voix. Côté Tapura comme côté A here ia Porinetia, malgré quelques nuances dans le discours, on dément le constat de blocage dressé par le président, et on présente ce rejet, jusque-là inédit y compris pendant les périodes les plus troublées politiquement, comme un « message fort » envoyé à l’exécutif. Le chef du gouvernement est accusé, sur le fond, de ne pas profiter des recettes fiscales confortables actuelles pour redonner du pouvoir d’achat aux Polynésiens – en abaissant la pression fiscale, pour Ahip – ou pour lancer des actions pour « répondre aux urgences » du fenua. Sur la forme, on lui reproche d’être dans le « déni » de son absence de majorité, de ne pas essayer de s’accorder avec l’assemblée sur des orientations politiques, et donc budgétaires, pour le pays.

« Il y a trop de projets, et pas assez de moyens pour les réaliser. »

Tony Géros n’est « pas sur le même récit ». Mais il justifie tout de même la « cohérence » des choix du Tavini par le consensus trouvé avec les élus autonomistes de l’assemblée, et notamment les anciens ministres des Finances qui les composent. Le vote de vendredi, côté bleu ciel, n’est pas politicien, mais technique, assure-t-il, et n’aurait même rien à voir avec les tensions avec le gouvernement Brotherson. Il vise avant tout à dénoncer « l’accumulation », dans les écrits budgétaires du Pays, de crédits de paiement non réalisés d’années en années. D’où, dit-il, le chiffre « effarant » des reports présentés vendredi : près de 42 milliards de francs. Le vice-président du Tavini reconnait que « ce gouvernement n’est pas le seul responsable » de cette situation – ces reports approchaient des 40 milliards au début de la mandature – mais il a « pris le pli » des précédents. Il était temps de « secouer le cocotier », dit-il, en assurant que ce timing n’a aucun rapport avec l’appel à la démission du président plusieurs fois répété ces dernières semaines. « Il y a trop de projets, et pas assez de moyens pour réaliser ces projets », précise Tony Géros.

Aujourd’hui toutes les directions du pays appellent de leurs vœux un renfort d’effectif, parce qu’il y a trop de choses à faire. C’est la raison pour laquelle il est nécessaire de s’asseoir et de voir ce qui est, dans la mesure du possible, de pouvoir être fait rapidement, dans les délais. Parce que ce que les personnes veulent, c’est que quand on dit demain on fait une piste, après-demain, la piste est construite, pas dans 15 ans, pas dans 20 ans. Et ça s’applique aux routes, aux immeubles et aux autres projets… ».

« En commission, on ne dévoile pas toutes ses cartouches. »

Le Tavini, contrairement au Tapura, qui taxe le gouvernement d’immobilisme, ne demande donc pas davantage de projets, mais moins. Et regrette d’ailleurs que le collectif numéro 3, qui a été déposé par l’exécutif à l’Assemblée avant d’être retiré, vienne rajouter des projets à « ceux qui trainent dans les corbeilles depuis plusieurs gouvernements. La solution, pour Tony Géros : « toiletter » les comptes et y annuler les crédits de paiement oubliés, « à l’image de ce qui a été fait il y a quelques années sur les autorisations de programmes », sous son ministère. L’exécutif, assure-t-il, devrait s’en tenir aux « priorités » : les Jeux, le sanitaire, « comme le cyclotron », sur lequel le président de l’assemblée appelle, comme les autonomistes, à « changer de fusil d’épaule ». Et surtout se concentrer sur le court ou le moyen terme : « on est à deux ans des élections », il faut « arrêter la surenchère ». « À moins qu’on veuille faire des effets d’annonce », ajoute-t-il.

Aux accusations de blocage économique, Tony Géros répond que « ça ne tient qu’au gouvernement de débloquer la situation », en proposant un nouveau collectif qui répond « aux demandes de l’assemblée », si diverses soient-elles. Sur le RNS, il a su revenir en deuxième lecture, il saura le faire avec ce collectif. Quant à « l’hypocrisie » dénoncée par Moetai Brotherson dans les manœuvres du Tavini, qui a, contrairement aux autonomistes, validé le collectif en commission pour voter contre par la suite, il répond par l’inexpérience du président du Pays. « Il n’assiste pas assez aux réunions de l’assemblée. Même à l’époque où il y était lui-même en tant que représentant, il n’y assistait pas autant que nous. En commission, on ne dévoile pas toutes ses cartouches, c’est en séance qu’on le fait. S’il n’a pas compris ça… C’est comme ça que ça marche. »

« Pas d’adversaire », mais pas prêt à se « laisser agresser »

Interrogé sur l’appel à la « paix » entre ses deux « fils » d’Oscar Temaru, Tony Géros botte en touche. « La paix, c’est une affaire tout à fait personnelle. Je vous dis honnêtement, je suis en paix, je n’ai pas d’adversaire, je suis serein. Mais par contre je suis lucide. C’est pas parce que je suis en paix que je vais me laisser agresser, dit-il. J’ai regardé mes collègues, leur positionnement, j’ai regardé le mien, et je me suis dit qu’il fallait peut-être qu’on utilise ce moyen pour secouer le cocotier et demander à Moetai de marquer la rupture.

« Qu’il y ait de l’argent, c’est une chose, qu’on ait le droit de l’utiliser, c’en est une autre. »

Côté gouvernement, on se dit toujours en plein recensement des « conséquences du vote de vendredi ». Une réunion programmée ce lundi devait permettre à chaque ministre de « faire la liste de ce qui est mis en danger par l’opposition », précise Moetai Brotherson, des chantiers routiers à ceux des aéroports. Demander une seconde lecture et présenter un texte qui accède aux demandes des élus de l’assemblée ? « Si c’était si simple, on le ferait évidemment. Il faut qu’ils lisent le statut qu’ils ont eux-mêmes porté depuis des années, répond-il. Le texte qu’on va représenter, il ne peut pas être très différent de celui qui a été soumis à l’assemblée la semaine dernière. Pour le président du Pays, le Tavini, le Tapura et Ahip se sont trompés de cible.  » Cette discussion aurait dû se produire sur le ‘collectif 3’, pas sur ce collectif technique, précise-t-il. Mais sans ce report, ce collectif 3 n’a pas de sens. » D’où son retrait. Le gouvernement va-t-il redéposer ce texte en y intégrant les reports de crédits, une autre option envisagée côté opposition ? À voir. Mais Moetai Brotherson insiste sur l’idée que toute procédure parlementaire prendra du temps, et qu’en attendant, le Pays ne peut pas payer certains prestataires. Et pas parce qu’il n’y a pas d’argent dans les caisses : « Qu’il y ait de l’argent, c’est une chose, qu’on ait le droit de l’utiliser, c’en est une autre », précise-t-il. À ceux qui douteraient de cette analyse, il dit avoir saisi le Haut-commissariat pour doubler l’analyse juridique des services du Pays.

Quant aux objectifs « politiciens » qu’il dénonce dans le vote de vendredi, le président note qu’ils ne sont pas convergents. « Il y en a un en particulier qui voudrait vraiment que je démissionne », d’autres qui voudraient « pousser à une dissolution ». Or Moetai Brotherson ne démissionnera pas, il l’a dit, et ne lancera pas d’appel de l’État à dissoudre l’assemblée « pour le moment », même si Paris peut avancer de sa propre initiative sur le sujet. « Si je devais démissionner ou s’il y avait une motion de renvoi qui aboutirait à un nouveau président, ce nouveau président, comme moi aujourd’hui, n’aurait pas de majorité. Il serait dans la même position et peut-être moins enclin à discuter que je ne le suis malgré tout, reprend le président du Pays. Ensuite, s’il y a une dissolution, elle va venir perturber une autre élection à venir, les sénatoriales… Et je pense que les Polynésiens là aujourd’hui, ils ont juste envie d’un pays qui fonctionne, pas de retourner aux urnes.

Article précedent

"Il y aura davantage d'actes de délinquance durant les Jeux, c'est bien probable"

Article suivant

Jt Vert 30/06/2026

Aucun Commentaire

Laisser une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

PARTAGER

Pour Tony Géros, il était temps de « secouer le cocotier »