Radio1 Tahiti

Parc expo et centre de soins privé… Les nouveaux plans du Pays pour Outumaoro

Le gouvernement veut « déclasser » les plateaux d’Outumaoro, inclus depuis 12 ans dans le périmètre de développement du projet Mahana Beach puis du Village Tahitien. Plutôt qu’un centre de Congrès, depuis longtemps abandonné, ces grands terrains devraient accueillir un parc d’exposition permanent : du fait des chantiers des Jeux, et des grands plans de réaménagements du quartier, les foires, expo artisanales et papio ne seront bientôt plus les bienvenus à  Mamao. D’autres projets pourraient naître en amont, sur le terrain dit « Kosovo » : même si le « pôle de santé privé unique » a été abandonné, des investisseurs se sont fait connaitre pour créer un hôpital de jour, un centre de soin de suite où une clinique de luxe.

C’est un projet de révision d’une loi du Pays de janvier 2014 que le Cesec examine ces jours-ci à la demande du gouvernement. À cette époque, l’emprise de l’ex-Sofitel avait été rachetée depuis quelques mois, Gaston Flosse, encore président, venait de révéler les quatre finalistes de son grand appel à projets, et le Mahana Beach, complexe hôtelier qui devait atteindre les 3000 clés, promettait de révolutionner le tourisme à Tahiti. Ce texte voté à l’assemblée venait donc créer une « zone prioritaire d’aménagement et de développement touristique » sur ces terrains du bord de mer de Punaauia, et même sur un périmètre plus large comprenant les plateaux d’Outumaoro, alors voués à accueillir un centre de congrès.

Ces douze dernières années, la zone a fait l’objet de plus de débats que de chantiers. Le gouvernement Fritch avait bien lancé un concours d’architectes pour le centre de congrès et sa salle de spectacle, et, par deux fois, des appels à projets pour le complexe hôtelier sur le littoral. Mais le centre n’a plus donné de nouvelles avant même la fin de la mandature, et le village, malgré des promesses de bail signées juste avant les élections, a été suspendue puis enterrée pour son coût jugé trop élevé par le gouvernement Brotherson. « Ce projet touristique de grande envergure n’a jamais vu le jour », résume la présidence dans l’exposé des motifs du projet de loi transmis en procédure d’urgence. Il ne s’agit pourtant pas de supprimer la « zone prioritaire d’aménagement », mais de la réduire : au terme du texte, débattu en procédure d’urgence en commission du Cesec ces mercredi et jeudi, et qui sera ensuite transmis, après avis, à l’assemblée, seuls les terrains de l’ex-Sofitel, côté mer, restent dédiés au développement touristique.

Piscine temporaire, logements, commerce et grand parc à Mamao

Si l’exécutif souhaite déclasser le foncier côté montagne c’est que d’autres chantiers sont en préparation ailleurs. Du côté du site de l’ancien hôpital à Mamao, en l’occurrence. Ce grand espace, sur sa partie arrière, doit accueillir d’ici 2027 deux bassins de natation, des gradins et vestiaires, pour être un des points chauds des prochains Jeux du Pacifique. Les travaux doivent commencer dans le courant de l’année, comme ceux, d’ailleurs, du futur « pôle d’échange multimodal » de Mamao, une nouvelle gare routière qui s’élèvera sur les parkings actuels du parc expo. Entre les deux, une vaste zone qui fait l’objet d’un « Programme de Rénovation Urbaine » tout juste relancé, côté ministère du Logement et du Foncier : des commerces, des logements, une résidence OPH et un grand parc urbain sont évoqués pour redynamiser le quartier.

C’est donc les activités actuelles de Mamao qu’il faut reloger : des foires commerciales et expositions artisanales tout au long de l’année, des papio pendant les vacances… Autant d’évènements qui n’ont, malgré une fréquentation et des retombées économiques importantes, jamais bénéficié « d’aucun aménagement adéquat » sur le site, relève l’exécutif. Déplacer ces activités à Outumaoro, permettrait, pour la présidence, « d’améliorer les conditions d’accueil et de sécurité », ainsi que d’accessibilité du site, et installer des équipements « idoines ». En clair, en faire un parc d’exposition permanent. L’idée est pour l’instant accueillie avec tiédeur du côté de la mairie de Punaauia, où Simplicio Lissant, auditionné ce jeudi, relève que la seule foire agricole, organisée sur ce site, en plus de certains vide-greniers, engrange d’importants problèmes de circulation. Un parc expo, oui, mais à condition de faire les aménagements nécessaires, a prévenu le tavana, notamment côté réseaux, voirie, et parkings. Le calendrier et les conditions d’installation restent encore flous, mais le relogement des foires et expos ne peut pas attendre plus de « quelques mois », précise-t-on au gouvernement.

Le retour de la clinique privé

Le maire, en revanche voit d’un bon œil un autre aspect de ce projet de loi qui tient en un article. Outre les neuf parcelles des plateaux d’Outumaoro, trois autres lots situés en surplomb, côté Nord doivent être eux aussi déclassés. Eux aussi étaient joints au projet Mahana Beach, puis au projet de Village Tahitien. Mais la destination précise de ces 28 000 mètres carrés, site de l’ancien drive-in, et qui accueillent aujourd’hui un dépôt de l’Equipement sous le nom de terrain « Kosovo », a toujours été floue. En 2020 Teva Rohfritsch, alors vice-président, lance une idée : y construire un pôle de santé privé unique (PSPU), où seraient rassemblées les trois cliniques. En 2022, le gouvernement avance toujours dans cette idée de « compléter » les services du Taaone et rééquilibrer géographiquement l’offre de soin : le déclassement du terrain est alors plusieurs fois évoqué – mais jamais acté – et un accord est passé avec l’AFD pour une étude sur ce PSPU.

Le pôle ne sera pourtant plus remis sur la table, et pas seulement à cause du changement de mandature. Les cliniques, qui ont mené d’importants travaux de rénovation sur leurs sites de Papeete, ne sont que très variablement intéressées. « On ne marie pas des gens qui ne veulent pas se marier », note le nouveau ministre de la Santé, qui préfère tourner la page pour se concentrer sur un projet de pôle public-privé à Taravao – dont l’appel à manifestation d’intérêt, d’abord attendu pour la mi-2025, devrait sortir en début 2026.

Cédric Mercadal, lors d’un conseil des ministres délocalisé à Punaauia en 2024, lors duquel la mairie a insisté sur le besoin d’un centre de soin pour la côte Ouest, avait toutefois laissé la porte ouverte à un projet de clinique ou « d’hôpital de jour ». Le conseil municipal de la commune aux orange milite toujours dans ce sens, et a voté il y a quelques semaines un avis favorable au déclassement des terrains d’Outumaoro dans l’espoir de voir le projet aboutir à Kosovo. C’est une option, mais toutes les opportunités doivent être étudiées, précise-t-on à la présidence.

Le ministère de la Santé veut en tout cas avancer dans ce sens, et dit avoir été sollicité par plusieurs investisseurs. Pas pour les mêmes projets : un hôpital de jour, un « centre de soin de suite et de réadaptation », qui permettrait de décharger certaines chambres du CHPF, mais aussi une clinique haut de gamme orientée vers le tourisme sanitaire, qui bénéficierait d’un emplacement avec vue et proche des futurs hôtels – s’ils voient le jour.

C’est de ce dernier projet qu’il a été le plus question lors des débats en commission au Cesec, où a aussi été entendu Simplicio Lissant. Son message : quel que soit le projet retenu, il doit avant tout bénéficier à la population de la côte Ouest. Du côté du gouvernement, on indique que des arbitrages restent à faire sur la délimitation des emprises, mais qu’un Appel à manifestation d’intérêt pourrait être lancé dès l’année prochaine.