ACTUS LOCALESSANTÉ Partage de données, IA, télésuivi : le Pays veut cadrer le virage numérique de la santé Lucie Ceccarelli 2026-02-22 22 Fév 2026 Lucie Ceccarelli Les acteurs publics et privés de la santé et du numérique ont rendez-vous à l’UPF de mercredi à vendredi, pour définir le cadre et les ambitions de la e-santé au fenua. Un sujet sur lequel le gouvernement veut légiférer dans les prochains mois, estimant les nouveaux outils numériques « indispensables à la pérennité de notre système » de santé. Au cœur de ce séminaire, baptisé Polynési’E-Santé, le délicat dossier des données de santé, la création d’un dossier médical partagé polynésien, le déploiement d’un centre de coordination numérique des îles ou encore l’intégration de l’intelligence artificielle dans les pratiques médicales. Un rendez-vous stratégique alors que le Schéma d’organisation sanitaire 2026-2031 doit encore être examiné par l’Assemblée. Le séminaire Polynési’E-Santé, premier du genre, va réunir durant trois jours, de mercredi à vendredi, à l’Université de la Polynésie française, les acteurs clés de la santé sur le territoire, afin de discuter des enjeux du numérique dans le domaine de la santé. Cet événement, porté par le Pays dans le cadre d’une coordination de la politique numérique en santé, fait écho à plusieurs orientations du Schéma d’organisation sanitaire 2026-2031 en matière d’usage du numérique dans le secteur public (hôpitaux, Direction de la santé, Institut du cancer de Polynésie française, Institut Louis-Malardé, Agence de régulation de l’action sanitaire et sociale…) ou privé (professionnels de santé, chercheurs, informaticiens, praticiens…). Ce SOS 2026-2031, qui a obtenu en décembre un avis défavorable du Cesec qui y pointait de « nombreuses lacunes », et qui est aujourd’hui à l’étude du côté de l’Assemblée, fait du développement de la e-sante, un des « piliers indispensables à la pérennité de notre système ». Le projet de loi pointe, dès son introduction, que les nouveaux outils numériques constituent des éléments de réponse primordiaux aux « défis » actuels du système de santé polynésien, que l’on parle de « pénurie de soignants« , de « structures hospitalières sous tension », du « vieillissement de la population », du « fléau de l’ice », même… Ainsi que de l’accroissement constant des dépenses de santé. Le schéma insiste en outre sur « l’absence de données de santé fiables, partagées et actualisées, qui pèse lourdement sur l’efficience de l’organisation sanitaire », en freinant « la compréhension fine des besoins, la planification de l’offre et l’évaluation des politiques publiques ». Un nouveau cadre légal en préparation « Il fallait mettre tout le monde autour de la table pour discuter de ce qu’est le numérique et de ce qu’il sera demain. Et surtout de ce qu’ils attendent de ce numérique demain », résume Cédric Mercadal, ministre de la Santé. Cette connexion entre les secteurs publics et privés est au cœur d’une loi du Pays e-santé qui doit être adoptée cette année afin de fixer un cadre juridique sur l’hébergement, le partage et la sécurité des données de santé, ainsi que l’encadrement de l’IA et le remboursement de la télésanté. « Cette loi du Pays e-santé, qui donnera lieu à l’issue de ces journées à quelques modifications puisqu’on va entendre les partenaires, a un tronc commun qui a pour objet de parler de l’hébergement de données de santé, qui a pour objet de déterminer les garanties nécessaires à ces données de santé et les modalités de transmission entre les partenaires. C’est l’acte qui encadre les modalités de transmission et qui donne les garanties de protection nécessaires à la donnée de santé qui est tellement particulière et tellement sensible qu’il faut y faire très attention. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/02/SON-MERCADAL-1.wav Cette loi e-santé est étroitement liée au projet de dossier de santé partagé polynésien, déjà travaillé sous la précédente mandature, qui sera également au cœur des discussions du séminaire cette semaine. Ce dossier unique, alimenté à chaque consultation, doit être interopérable entre le public et le privé. « On va définir ce que sera le dossier de santé polynésien et qui y aura accès, dans quelles conditions et comment on partagera les informations de ce dossier entre les dispensaires, les médecins privés et l’hôpital, en fonction de l’état de santé de la personne et des besoins au moment où elle se présente », précise le ministre. Une coordination numérique des îles Autre gros chantier numérique qui sera discuté lors de ce séminaire : la mise en place du Centre de coordination de santé numérique des îles, voté dans le budget 2026 du Pays. Prévu pour être installé au sein de la rotonde du CHPF, ce centre doit permettre de relier les urgences, le SAMU et les dispensaires des archipels, dont 89 sont isolés, afin de pouvoir traiter et coordonner les soins à distance, mais aussi mieux gérer les évasans selon les urgences. L’objectif affiché est de connecter l’ensemble des îles prioritaires d’ici 2028 et des dispensaires polynésiens d’ici 2030. L’intelligence artificielle, déjà en action au CHPF La première après-midi du séminaire, mercredi, sera consacrée aux enjeux de la santé numérique en Polynésie. La journée de jeudi permettra de s’interroger, en matinée, sur le déploiement d’un écosystème de données de santé propre au territoire, puis l’après-midi sur la façon dont le numérique peut accompagner la santé des Polynésiens. Enfin, vendredi matin, sera abordée l’essentielle question de l’intelligence artificielle comme soutien aux professionnels de santé. Déjà utilisée depuis 2023 au CHPF pour la téléanalyse des radiographies (avec validation humaine), l’utilisation de l’IA peut venir en renfort du diagnostic de nombreuses pathologies, comme cela sera évoqué lors de la dernière matinée du séminaire : « On a une partie IA en cancer qui sera aussi explicitée, comment on l’utilise aujourd’hui. C’est un programme qui va être présenté. Donc c’est intéressant, il y a beaucoup de thématiques, aussi bien en rénal, aussi bien sur l’insuffisance cardiaque et l’AVC. On a le programme UTIC (Unité thérapeutique insuffisance cardiaque) qui est déployé pour faire de la télésurveillance des gens, via de l’IA et un certain nombre de choses. Ça sera une belle journée vendredi matin, parce qu’on va vraiment parler de ça, et de la sécurité des données. Parce qu’une fois qu’on a fait tout ça, l’IA, c’est un bel outil, mais il faut que ce soit sécurisé. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/02/SON-MERCADAL-2.wav Vendredi après-midi, le séminaire Polynési’E-Santé se clôturera par une synthèse des différents ateliers et un bilan de ce qui est aujourd’hui techniquement au point au fenua et ce qu’il reste à généraliser. Le séminaire est gratuit, ouvert à tous et il est encore possible de s’y inscrire via ce lien, où figure également l’ensemble du programme.