ACTUS LOCALESSOCIAL Pour la Fraap, les élus Tavini « n’ont que faire du peuple » Charlie Réné 2025-04-02 02 Avr 2025 Charlie Réné Sans surprise, le syndicat de Jean-Paul Urima s’est dit déçu par le rejet à l’assemblée de l’amendement qui visait à gonfler la revalorisation des catégories D. Ce refus du gouvernement, finalement suivi par la majorité Tavini, constitue pour la Fraap un « un manque de respect, un manque d’indépendance du pouvoir législatif sur le pouvoir exécutif, et un manque total de moralité ». La Fédération, qui avait « suspendu » son préavis de grève sur le sujet voilà presque trois mois, n’a pas annoncé de reprise du mouvement, qui doit désormais être discutée avec les militants. Lire aussi : Salaire des fonctionnaires, « en donnant trop on risque de déclencher une spirale inflationniste » Une « grande déception » et probablement un peu plus pour la Fraap. Voilà bientôt trois mois que la Fédération de rassemblement des agents de l’administration de Polynésie a « suspendu », à la veille d’une nouvelle entrée en grève, son préavis déposé début janvier et qui exigeait, à la différence de celui de décembre, une revalorisation de salaire pour les catégories D. Depuis, l’organisation leader dans la fonction publique territoriale ne décolère pas contre la « surdité » du gouvernement, mais ne semble pas décidée à repasser à l’action. Il faut dire que les revalorisations en question, qui avaient commencé à être négociées bien avant son mouvement avec l’ensemble des syndicats, n’ont cessé de gonfler. Fin décembre, l’exécutif proposait d’y consacrer 160 millions de francs par an. Qui sont finalement devenus, fin janvier, lors d’un passage en Conseil supérieur de la Fonction publique, puis devant le conseil des ministres, 251 millions. Le projet, plus tard validé à l’unanimité en commission de l’assemblée, table sur une revalorisation de 5 à 12 points d’indice pour chacun des 1 856 agents de la catégorie, soit 5 300 à 12 700 francs mensuels supplémentaires chacun. Toujours pas suffisant pour la Fraap, dont les demandes se chiffraient, d’après l’administration, à un peu plus de 520 millions de francs annuels. La proposition d’amendement mise sur la table par A Here ia Porinetia n’atteignait toujours pas ce chiffre, mais en faisant grimper les revalorisations de 5 points (10 à 17 points, et 11 000 à 18 700 francs par agent), il offrait une belle porte de sortie au syndicat. Sauf que la majorité du Tavini, après d’importantes tensions sur la question, a fini par rejeter d’un bloc l’amendement. Le projet présenté par l’exécutif et par Moetai Brotherson, toujours très ferme dans sa position dans ce dossier, a été adopté. « Un manque d’indépendance du pouvoir législatif sur le pouvoir exécutif » « Pour les élus qui prétendent aider le petit peuple, là je crois qu’ils viennent de faire la démonstration qu’ils sont de grands menteurs, a réagi le secrétaire général du syndicat Jean-Paul Urima après la séance. Dans tous leurs combats politiques, toutes ces années, toutes ces décennies, ils ont toujours prétendu qu’ils étaient pour le peuple. Là ils ont démontré qu’ils ne le sont pas, qu’ils détestent ce peuple-là. Voilà, chacun assumera ses responsabilités. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/04/JEAN-PAUL-URIMA-1.wav Sur les réseaux sociaux, où la Fraap a beaucoup mobilisé par le passé, le syndicat compare la rallonge refusée par l’assemblée – 60 millions de francs annuels d’après Ahip, 142 d’après le gouvernement – aux autres dépenses validées ces derniers temps par les élus. Deux milliards de francs pour les piscines éphémères des Jeux du Pacifique, 600 millions de francs de prêt de la Sofidep à Air Moana et la garantie du Pays pour un emprunt à 9 milliards, 400 millions pour l’OPT, 640 autres pour le CHPF, 4,5 milliards pour des acquisitions foncières de l’OPH… « Le refus de cette augmentation pour des catégories D qui ne sont payées qu’à un montant presque équivalent au Smig et qui par leur statut sont dans une interdiction d’exercer une activité complémentaire, est un manque de considération, un manque de respect, un manque d’indépendance du pouvoir législatif sur le pouvoir exécutif, et un manque total de moralité, venant de la part d’un gouvernement payé gracieusement par l’argent du peuple », s’agace la fédération sur Facebook. Au passage, la Fraap accuse une fois de plus l’exécutif de connivence avec des syndicats concurrents et prend l’exemple d’un reportage d’un canular diffusé sur TNTV le 1er avril, auquel Moetai Brotherson a participé aux côtés de Patrick Galenon de la CSTP-FO. Grève toujours « suspendue » Le syndicat n’en oublie pas de « remercier » Nicole Sanquer et Nuihau Laurey qui ont proposé l’amendement – même si ce dernier s’est plutôt fait une spécialité de pourfendre les dépenses de personnel du Pays et l’efficacité de l’administration – ainsi que la représentante Tapura Temuaraurii Teriitahi, qui a soutenu le texte avec son groupe. Aucune indication, en revanche, sur les suites qui seront donnés à ce nouveau revers pour la Fraap, dont le préavis de grève est toujours « suspendu », et dont la capacité de mobilisation, bientôt quatre mois après sa grève retentissante dans l’administration et l’aérien, est régulièrement mise en doute par les autres centrales. « Nous continuons notre tournée d’information dans toutes les entités administratives du Pays, indique Jean-Paul Urima. À partir de là, nous réunirons nos instances dirigeantes pour décider de ce qu’il y a à faire. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/04/JEAN-PAUL-URIMA-2-tournee.wav