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Fonctionnaires : « En donnant trop, on risque la spirale inflationniste »


L’assemblée a rejeté, ce mercredi l’amendement d’Ahip visant à revoir à la hausse les revalorisations des fonctionnaires de catégorie D proposées par le gouvernement. Un texte qui a causé des remous au sein de la majorité Tavini, et auquel Moetai Brotherson a répété sa ferme opposition. D’abord à cause de son coût – 60 à 140 millions par an selon les calculs, en plus des 251 votés en conseil des ministres – mais aussi à cause de ses conséquences. Cette revalorisation, qui s’ajoute à celle du point d’indice qui touche tous les fonctionnaires et qui sera négociée à partir du 17 avril, risque selon lui d’engendrer des revendications dans le privé, et de l’inflation. Pour au final « diminuer à terme le pouvoir d’achat » des Polynésiens.

Après une séance avortée mardi, les représentants de l’assemblée étaient bien au rendez-vous ce mercredi pour l’étude du premier collectif budgétaire de l’année. Parmi les nombreux points de débat dans ce texte à 29 milliards de francs, c’est justement sur celui qui avait créé les frictions de la veille que Moetai Brotherson s’est attardé en ouverture de la séance. Et pas pour revoir sa position : le gouvernement est bien opposé à l’amendement déposé par les élus de A Here ia Porinetia concernant la grille indiciaire des catégories D. Et a fini par obtenir son rejet.

Des revalorisations validées en CSFP, en conseil des ministres et en commission de l’assemblée

L’amendement en question semblait pourtant avoir convaincu une bonne partie des élus Tavini. Et il était soutenu par la Fraap qui s’offrait ainsi une porte de sortie inespérée au conflit dormant qui l’oppose depuis janvier au gouvernement. Le parti de Nicole Sanquer et Nuihau Laurey, pourtant très mobilisé, habituellement, sur la baisse de la masse salariale du Pays, proposait d’ajouter 5 points d’indice à la grille des catégories D mise sur la table par l’exécutif, offrant ainsi des revalorisations de 10 à 17 points supplémentaires par agents au lieu des 5 à 12 prévus. Moetai Brotherson avait déjà fait savoir la veille son refus de cette modification de dernière minutes, et il l’a réaffirmé dans l’hémicycle. Le président a commencé par rappeler que la revalorisation des catégories D ne faisait pas partie des revendications originelles de la Fraap lors de sa grève de décembre. « C’est notre gouvernement qui a proposé d’agir sur ce point », a-t-il insisté, rappelant que les exécutifs précédents n’avaient jamais cherché à revaloriser de façon distincte les plus petits salaires de la fonction publique territoriale.

Les discussions sur une hausse de salaire des catégories D avaient d’ailleurs débuté plusieurs mois avant le mouvement de la Fédération de Jean-Paul Urima, dont les coups de pression ont tout de même réussi à  faire grimper les chiffres.  Les 160 millions de francs de dépenses annuelles supplémentaires proposées par l’exécutif sont devenus, en début d’année dernière, 251 millions. Et c’est cette somme et cette mouture de la revalorisation qui a été « votée à la majorité du Conseil supérieur de la Fonction publique, validé en conseil des ministre, et votée à l’unanimité en commission de l’assemblée », comme l’a martelé Moetai Brotherson ce mercredi matin. Menace de grève de la Fraap ou pas, pas question de revoir les plans au dernier moment.

« Je veux bien être généreux, mais ça n’est pas mon argent »

C’est ensuite sur le plan des finances publiques que le président justifie son refus. « Je veux bien être généreux, mais ça n’est pas mon argent, c’est celui des Polynésiens et je suis précautionneux dans son usage », a-t-il répondu à une interpellation de l’opposition autonomiste. L’amendement en question est évalué à 60 millions de francs par le groupe Ahip – qui propose de le financer, pour cette année, par un report d’amortissements – mais le gouvernement l’estime lui à 142 millions. « On n’est pas tout à fait d’accord sur les calculs », ironise le chef du gouvernement, qui rappelle que d’autres dépenses sont prévues dans la fonction publique : 190 millions par an supplémentaire pour le reclassement en catégorie A des infirmiers hospitaliers – une « obligation légale » et un « cadeau » non financé sous l’ancienne mandature -, et 120 autres millions pour le changement de statut des assistants socio-éducatifs « qui vont venir alourdir notre masse salariale chaque année ».

S’ajoute surtout la revalorisation du point d’indice qui doit toucher l’ensemble de la fonction publique, et dont les négociations débuteront dès ce 19 avril. Des pourparlers à gros enjeux budgétaires, puisque la revendication de la Fraap – une hausse du point d’indice à 1500 francs contre 1060 actuellement – est chiffrée à 11 milliards de francs par an. Moetai Brotherson veut profiter de ce chantier pour « harmoniser » un système de rémunération qui favorise, à chaque revalorisation du point d’indice, les plus hauts salaires de la fonction publique. « Notre objectif est bien d’aider en priorité de la bas de la pyramide » affirme-t-il.

Des revalorisations « scrutées par le secteur privé »

L’autre argument de Moetai Brotherson, c’est l’impact de ces revalorisation hors de la fonction publique. À l’entendre, les débat sur les salaires des fonctionnaires sont « scrutés au millimètre » par le secteur privé et ses syndicats. « Le privé ne manquera pas, demain, en fonction de ce qui aura été accordé, de venir dire ‘est ce qu’il ne faut pas finalement augmenter le Smig pour se mettre au niveau des plus petits salaires de la fonction publique’, détaille le président. Et là, on a mis le doigt dans un engrenage inflationniste : augmentation du Smig, c’est augmentation du coût de la vie… Et on aura rien gagné au final ».

En résumé : « en donnant trop, on risque de diminuer à terme le pouvoir d’achat parce qu’on aura enclenché une spirale inflationniste ». Un raisonnement qui semble avoir convaincu une bonne partie de la majorité Tavini : l’amendement a été rejeté par les 36 voix du Tavini – hormi celle de Hinamoeura Morgant-Cross, qui s’est abstenue – et n’a été soutenu que par les 16 voix du groupe Tapura et des élus Ahip non inscrits.

Pas sûr en revanche que les explications de Moetai brotherson convainc la Fraap, dont le préavis de grève, suspendu en janvier à la veille du début du mouvement, « peut être réactivé à tout moment ».

 

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