ACTUS LOCALESÉCONOMIEENVIRONNEMENTMÉTÉO Des « modèles incroyablement précis » de prédiction climatique présentés à Tahiti Maia Galot 2026-06-17 17 Juin 2026 Maia Galot Christophe Menkes et Catherine Sabinot, coordinateurs du projet CLIPSSA. Du 22 au 26 juin 2026, les assises de clôture du programme Clipssa auront lieu entre la présidence et l’université. Lancé voilà 5 ans, ce projet mené par Météo France, l’IRD et l’AFD avait pour but de réunir les connaissances clés et coconstruire des solutions d’adaptation face aux changements climatiques. Les nouveaux outils de projection, permettant d’avoir une idée plus précise de ces évolutions à une échelle aussi fine que celle d’une vallée et sur des éléments comme les cyclones ou les vagues de chaleur, doivent être présentés. Les assises de fin de projet Clipssa (Climat du Pacifique, Savoirs Locaux et Stratégies d’adaptation) auront lieu sur le territoire du 22 au 26 juin. Signé en 2022, ce projet scientifique a pour but de produire de la connaissance climatique adaptée à l’échelle des îles du Pacifique, permettant de se projeter dans le futur. Ces cinq dernières années, chercheurs, scientifiques ou encore climatologues et anthropologues ont co-construit avec les populations locales et leurs savoirs des modèles prévisionnels adaptés aux régions de la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française, Wallis-et-Futuna et le Vanuatu. Si les modèles de prédiction précédents, couvrant 100km2, n’était pas pertinents pour les îles, ceux développés par le projet Clipssa le sont à présent, comme l’explique Léopold Temoana Biardeau, délégué interministériel en charge du climat et du développement durable. « On a des modèles incroyablement précis. Il faut savoir que jusqu’à présent, les modèles du GIEC ont été des modèles qui étaient à une échelle de 100 km par 100 km, ce qui signifie que des îles comme les nôtres n’apparaissent même pas, en fait. Ce n’est même pas des pixels. On était invisible à l’échelle de ces modèles. Là, on est à une résolution qui est quasiment, dans certains cas, à l’échelle de la vallée. Et dans le temps, on peut se projeter jusqu’à 2100, ce qui permettra vraiment de prendre des décisions sur les infrastructures, sur l’utilisation des terres agricoles, sur les variétés que l’on pourra planter… ce seront autant de ronces que l’on pourra apporter en matière d’adaptation une fois présentées avec ces données-là. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/06/CLIPSSA.wav Les modèles, développés à une échelle aussi fine que 2,5km2, permettent donc de nouvelles projections climatiques réalisées par l’IRD et Météo France grâce à des « estimations les plus fiables qui puissent exister » selon Christophe Menkes, climatologue et coordinateur du projet en science du climat. Léopold Temoana Biardeau, délégué interministériel en charge du climat et du développement durable et les représentants de l’AFD, l’Université de Polynésie Française, Météo France, le Haut Commissariat et l’IRD. Selon les porteurs de projet, CLIPSSA a ainsi développé des données scientifiques inédites sur le climat futur du Pacifique Sud (d’ici à 2100), afin d’analyser les impacts à venir sur les systèmes agricoles et la ressource en eau ainsi que la production et la transmission de nouveaux savoirs sur chaque territoire. Au centre des préoccupations, le facteur d’anticipation, afin que les territoires puissent déterminer aujourd’hui que produire et où pour une agriculture qui perdure dans le temps, le facteur d’adaptation, sans lequel ces travaux n’auraient pas d’intérêt, et le facteur de collaboration, puisque l’implication des habitants des îles et de leurs savoir-faire est aussi le fil rouge du projet, de sa conception à la mise en œuvre des actions qui en découleront. « Quantifier ce que l’on ignorait avant » D’après Christophe Menkes et Catherine Sabinot, anthropologue et ethnologue, également coordinatrice du projet Clipssa en sciences humaines et sociales, si ces nouveaux modèles n’ont pas révélé de grosses surprises, les informations adaptées à l’échelle locale ont permis de « quantifier ce que l’on ignorait avant« . Par exemple, les modèles ont pu confirmer la baisse future du nombre de cyclones dans le Pacifique, et aider à situer les vagues de chaleur terrestre, réparties à l’échelle des îles et selon les saisonnalités. Les premières données ont surtout permis de modéliser les impacts de ces évolutions sur le secteur agricole et notamment sur les cultures d’igname, taro ou patate douce, productions communes aux quatre zones étudiées. Une restitution en plusieurs temps Le lundi 22 juin aura donc lieu à l’Université de Polynésie française la restitution des résultats de ces cinq années de travail auprès de la communauté scientifique. Les données, très nombreuses, sont stockées dans les serveurs de Météo France. Elles seront accessibles sous différentes formes : sur un site public, qui servira de vitrine, où les données seront accessibles par tous, permettant différents niveaux de lecture, mais aussi sous forme de données publiques partagées dans la communauté scientifique. Les chercheurs ayant travaillé sur le projet sont encore en train de plancher sur l’extraction des éléments les plus pertinents, à délivrer aux services publics. De plus, le traitement des données continuera, dans les prochains mois et prochaines années, cumulant le savoir partagé. Les 23 et 24 juin auront ensuite lieu à la Présidence deux journées dédiées aux échanges permettant la co-construction des plans d’adaptation et l’actualisation des stratégies face aux défis du changement climatique dans le Pacifique Sud, en première ligne des conséquences du réchauffement climatique comme les cyclones, sécheresses, vagues de chaleur ou encore pluies extrêmes. Ces séances de restitution et d’échanges ont été pensées tout au long du projet, comme l’explique Léopold Temoana Biardeau : « En amont, on a demandé aux différents services, à l’échelle du Pays en tout cas, sur la base de ces données-là qui vont être produites, qui sont en train d’être produites, vous, dans vos missions au quotidien, comment entendez-vous utiliser ces données ? De quoi avez-vous besoin en termes de restitution ? Et on vous aidera à construire les ateliers pour que ce soit aussi pertinent que possible. Parce que sinon, on aurait simplement fait une restitution. Le risque, en l’absence de ces ateliers, ça aurait été que l’information existe quelque part sans qu’elle soit véritablement utilisée. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/06/CLIPSSA-2.wav Si cette semaine signe la fin du projet de recherche-action CLIPSSA, elle est aussi le lancement d’une nouvelle étape, où ces résultats devront être utilisés comme outils d’aide à la décision et se traduire de façon opérationnelle. Pour exemple, le plan Climat stratégique de la Polynésie Française devrait intégrer les données CLIPSSA à ses décisions selon Jean-Michel Delvert, secrétaire général du Haut-Commissariat. Soirée de clôture ouverte au public Pour le grand public, une soirée de médiation aura lieu le vendredi 26 juin de 17h15 à 21h15 au Musée des îles. Y sont prévues la projection d’un film documentaire autour du projet ainsi qu’une table ronde rassemblant des acteurs du monde agricole et institutionnel, qui échangeront autour des résultats et partageront leurs idées pour renforcer la résilience des territoires. Une exposition photographique « l’agriculture océanienne face au changement climatique » est aussi en accès gratuit du 16 au 21 juin.