ACTUS LOCALESENVIRONNEMENTPOLITIQUE Ressources profondes : « La position de Moetai Brotherson ne vaut rien face aux intérêts de la France » Lucie Rabreaud 2026-07-16 16 Juil 2026 Lucie Rabreaud Alors que les dirigeants du G7 ont fait une déclaration commune, mi-juin, sur la sécurisation de leur approvisionnement en minerais critiques, le Tavini interroge la valeur des mesures de protection de la ZEE mises en place par le Pays « face aux intérêts stratégiques de la France ». Si la puissance administrante, qui partage aujourd’hui le point de vue de l’exécutif local sur les ressources des grands fonds, décidait unilatéralement de classer ces minerais en « matières stratégiques » et de les exploiter, la Polynésie ne pourrait pas s’y opposer, relève le parti indépendantiste. L’idée que le Pays maitriserait son océan serait donc « une fiction ». L’exploitation des minerais des fonds marins : une marotte d’Oscar Temaru qui revient sur le devant de la scène depuis les déclarations communes du G7 organisé à Évian à la mi-juin. Pendant ce sommet, les chefs d’État et de gouvernement ont annoncé vouloir renforcer la coopération dans le domaine des minerais critiques alors que la Chine est en position dominante sur le secteur et que les tensions géopolitiques s’intensifient. Un mois auparavant, la France, qui présidait le sommet, avait présenté un « plan national des terres rares », dans lequel il dit que « les métaux critiques et terre rares seront aussi importantes que le pétrole » et que la France doit aujourd’hui « reconstruire une filière française de production de terres rares et d’aimants permanents ». Des projets concrets ont été lancés à Lacq, à La Rochelle et à Grenoble, des usines traitant des matières arrivant du recyclage ou du Brésil, selon leur présentation. Mais le Tavini voit dans ces annonces un risque pour la Polynésie française : « L’État a désigné sa ressource : celle qui dort, entre autres, dans les fonds sous-marins de notre zone économique exclusive de 4,8 millions de km2 », écrit le parti indépendantiste dans un communiqué. Même si nulle part dans les documents de l’État rendus publics après le sommet du G7, la Polynésie et ses fonds marins n’ont été cités. Mais si jamais l’autorité administrante décidait de classer les gisements des fonds en « ressources stratégiques » et de les exploiter, « que pèse la parole de l’actuel président de la Polynésie française Moetai Brotherson ? », qui répète depuis quelques années son opposition à cette activité industrielle, contrairement à Oscar Temaru qui y voit une opportunité pour « rendre riches tous les Polynésiens ». Pour le Tavini, « M. Brotherson brandit l’aire marine protégée Tainui Atea, couvrant l’ensemble de notre ZEE, comme la preuve que le Pays maîtriserait son océan. C’est une fiction. » Le parti indépendantiste précise que la loi organique est sans ambiguïté : « L’article 14 réserve à l’État français la compétence sur les matières premières stratégiques, et l’article 47 ne reconnaît au Pays des droits sur les ressources naturelles de sa ZEE que sous réserve de cette compétence d’État. » Pour le Tavini, « le droit polynésien s’arrête là où commencent les compétences régaliennes françaises », et il prévient qu’il suffit d’un seul décret « pris en conseil des ministres, sans vote de l’assemblée de Polynésie, sans avis conforme du gouvernement, sans consultation du peuple polynésien, pour classer les terres rares de nos fonds marins parmi les matières stratégiques et en ouvrir l’exploitation sous le contrôle exclusif de l’État français ». Ce jour-là, précise le parti bleu ciel « le plan de gestion de Tainui Atea et les discours de M. Brotherson auront exactement la même valeur juridique : aucune. La position de Moetai Brotherson ne vaut rien face aux intérêts stratégiques de la France, parce qu’il n’a, statutairement, aucun pouvoir de protéger notre océan et nos ressources sous-marines contre elle ». Une seule solution pour le parti d’Oscar Temaru : « Une seule aire marine est réellement protégée, celle que décidera un peuple souverain sur son propre océan. »