ACTUS LOCALESSANTÉ

Le CHPF vise une reprise des greffes de rein avant la fin de l’année


Lancées en 2013, les transplantations locales ont été interrompues en décembre, par manque de personnel et par besoin de réorganisations d’un service de néphrologie à bout de souffle. La direction du Taaone visait alors une reprise de l’activité en juillet. Il faudra attendre au moins trois mois de plus, entre autres parce que les recrutements ont été plus difficiles que prévu. Mais ils ont avancé, avec 8 néphrologues désormais en poste. L’extension du centre lourd de dialyse, qui doit permettre une organisation moins éprouvante – et plus réglementaire – de l’activité est aussi en cours. Une mission de l’agence nationale de la biomédecine, prévue pour septembre doit donner le feu vert à la reprise des greffes. D’ici là, les patients en attente de greffe continuent d’être évasanés.

Lire aussi : Le CHPF suspend ses greffes de reins

La nouvelle avait jeté un froid au Taaone, début décembre dernier. Un mois et demi après avoir obtenu le label « hôpital ambassadeur du don d’organes », le Centre hospitalier de Polynésie française (CHPF) actait la suspension de l’activité de greffe lancée en 2013 et sur laquelle l’établissement était devenu entièrement autonome en 2016. Une décision « difficile mais nécessaire » pour la direction, qui devait alors composer avec le départ, relativement brutal, de la seule néphrologue de l’hôpital formée à la transplantation. Il s’agissait plutôt de profiter de cette suspension pour « reconstruire » un service de néphrologie – hémodialyse qui fonctionnait en « mode dégradé » depuis trop longtemps, qui « ne tient qu’à un fil » comme l’expliquait alors la directrice Hani Teriipaia, et dont l’organisation sous tension poussait les soignants à « l’épuisement ». L’idée était alors de prendre le temps de recruter, de réorganiser, de construire, aussi, une extension du service… Pour au final reprendre l’activité de transplantation un peu plus de six mois plus tard, en juillet, voire en août. Depuis lors, les patients polynésiens en attente de greffe de rein sont tous évasanés.

Chasseurs de têtes et revues spécialisées

Six mois plus tard, les greffes n’ont pas reprises, et le calendrier s’est étalé, notamment du fait de « désistements » sur certains recrutements, en début d’année. Mais « les choses ont beaucoup avancé » depuis, assure la directrice du CHPF, notamment sur les ressources humaines, nerf de la guerre au service de néphrologie, qui, de 4 praticiens en fin d’année dernière, en vise 11 à terme. « On a mis les bouchées doubles pour recruter, explique Hani Teriipaia. On a pris une prestation de chasseurs de têtes pour trouver des néphrologues, on a publié dans des revues qui ont une certaine influence, pour attirer le plus possible ».

À l’heure actuelle, 8 néphrologues et deux généralistes sont en poste dans le service. Un recrutement est donc encore en cours. L’autre objectif de renforcement de ces effectifs, c’est aussi de « dépersonnaliser » l’activité de transplantation. Hors de question qu’un seul médecin soit compétent en la matière : les recherches de profils ont donc été orientées dans ce sens, et des formations complémentaires doivent être menées.

Huit poste de dialyse en plus avant la fin de l’année

Si les greffes avaient été suspendues, c’est aussi que l’organisation même du service était néfaste. Les espaces qui lui ont été réservés dès la conception du Taaone, ont été sous-dimensionnés, et pour faire face aux besoins, les équipes enchaînent, chaque jour, quatre séries de patients par poste de dialyse. Au lieu de trois dans tous les hôpitaux de France. Résultats : des patients qui défilent jusque tard dans la nuit, et du personnel obligé de couvrir des plages horaires très étendues. Un système qui « pousse les équipes à l’épuisement » assuraient en fin d’année la direction, qui y voit une des explications du turn-over important – pas la seul puisque ce phénomène, à moindre échelle, est observé dans beaucoup d’autres services du CHPF.

La solution ? Un chantier d’extension du service de néphrologie et notamment de son centre lourd d’hémodialyse, avec « huit nouveaux postes de dialyse supplémentaires » qui doivent permettre de passer à trois séries quotidiennes. « On a lancé tout ce qu’il faut, les appels d’offres, le marché public, on a attribué les lots et là, les travaux ont démarré depuis le mois de mars », confirme aujourd’hui Hani Teriipaia. De quoi donner de l’air au service « avant la fin de l’année ». Et de quoi aussi proposer aux nouveaux praticiens et infirmiers recrutés des perspectives d’amélioration des conditions de travail, un élément important pour « fidéliser ». 

Ces travaux représentent un investissement d’environ 200 millions de francs pour l’établissement du Pays.

Expertise nationale

À ces transformations s’ajoute un accompagnement, celui de l’Agence de la biomédecine, qui encadre au niveau national le don et la greffe d’organes, de tissus ou de cellules souches, ou encore l’assistance médicale à la procréation et la génétique. Un organisme d’Etat qui n’a pas de compétence formelle en Polynésie mais avec qui le Pays et le centre hospitaliers sont entrés en contact en janvier. Là aussi, les discussions ont pris du temps à se formaliser, mais une mission de l’agence doit bien être dépêchée au Taaone, a priori courant septembre. C’est cette expertise qui permettra de « vérifier que les conditions techniques et médicales sont réunies pour reprendre l’activité », et de formuler d’éventuelles recommandations, explique Hani Teriipaia. 

La question, pour beaucoup, est de savoir quel impact aura cette interruption, qui devrait donc durer près d’un an, sur l’activité. Hani Teriipaia assure que le suivi des greffés et la recherche de donneurs, de même que la sensibilisation menée avec l’association Un don une vie « n’ont pas été interrompus ». Début 2025, après un peu plus de 10 ans de greffes locales, 174 transferts avaient été effectués, dont 139 issus de donneurs décédés et 38 de donneurs vivants. L’activité – entre 10 et 15 greffes annuelles avant l’interruption – reste toutefois limitée par les dons et le taux de refus important.

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