ACTUS LOCALESPOLITIQUE Décolonisation : les demandes du Pays à l’Elysée inquiètent Moerani Frébault Charlie Réné 2026-05-20 20 Mai 2026 Charlie Réné Moerani Frebault a appris de l’Élysée que le président du Pays avait demandé personellement à Emmanuel Macron d’infléchir le discours de l’État lors des prochaines discussions onusiennes sur la décolonisation. Pour le député, Moetai Brotherson, en « difficulté politique », veut un « coup de main » pour se relancer auprès de l’électorat indépendantiste. « Nous nous opposons à ce que le sort de la Polynésie soit sacrifié pour le sauver politiquement », dit-il. Moetai Brotherson confirme avoir eu des échanges avec l’Élysée, mais sur une demande constante : l’ouverture d’un dialogue de décolonisation. S’il conseille à l’État d’avancer pour ne pas avoir « deux territoires où il y a une forme de radicalisation », il conteste une recherche de soutien personnel : « C’est mon rôle d’avoir ces discussions avec le président de la République ». Beaucoup de rencontres parisiennes, ces dernières semaines, et d’autres à venir pour Moerani Frebault. Sur le plateau de l’Invité de la rédaction de Radio 1 ce mercredi midi, le député de la première circonscription a fait le point sur plusieurs dossiers portés auprès du gouvernement central. Etudiants, énergie (voir ci-dessous), secteur maritime ou défiscalisation… L’élu autonomiste a aussi été reçu, la semaine passée, à l’Élysée par les conseillers outre-mer et politique d’Emmanuel Macron. Des membres du cabinet du chef de l’État qui ont fait le point sur les « dossiers prioritaires » de l’élu polynésien – qui est aussi secrétaire national du parti Renaissance depuis l’année dernière – et échangé sur la vie de la collectivité d’outre-mer. Les responsables parisiens se seraient montrés particulièrement « inquiets » de la situation politique actuelle, mais aussi de la préparation des Jeux du Pacifique, d’après le député, qui rappelle que Tahiti est passé « à deux doigts de perdre les Jeux ». Mais les conseillers de l’Élysée ont aussi parlé au parlementaire autonomiste du sujet de la décolonisation. Pas pour annoncer un changement de ligne de l’État, qui refuse depuis la réinscription de 2013 d’ouvrir un dialogue officiel sur le sujet, et donc une voie vers l’auto-détermination. Mais pour évoquer de « nouvelles demandes » qui auraient été formulées dans ce sens par Moetai Brotherson, à l’approche de la reprise du cycle annuel de discussions onusiennes sur la décolonisation. « Pour se racheter une sorte de crédibilité politique auprès de l’électorat indépendantiste » Avant la session de fond du Comité spécial de décolonisation du mois de juin à New York, où sont préparés les débats de la quatrième commission de l’ONU d’octobre, ce même comité – dit aussi « Comité des Vingt-quatre » ou C24 – organise un séminaire régional, qui doit se tenir cette année au Nicaragua, du 25 au 27 mai. Et d’après Moerani Frebault, le président du Pays a demandé à l’Élysée un geste de l’État lors de ces réunions. « Moetai Brotherson, qui est en difficulté politique au sein de l’Assemblée – on l’a vu quasiment plus aucun texte ne passe – a demandé visiblement au Président de la République un coup de main lors de ses sessions au Nicaragua ou à New York, que l’État fasse un pas vers l’indépendance de la Polynésie, explique ainsi le député. Et on s’y est bien entendu totalement opposés. Je trouve que c’est inquiétant, pour se racheter une sorte de crédibilité politique auprès de l’électorat indépendantiste, de pousser ce type de dossier en catimini ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/05/DECOLONISATION-1-moerani.wav Une demande qui aurait été poussée « auprès du président de la République en direct », précise Moerani Frebault qui n’a pas vu chez ses interlocuteurs parisiens une volonté d’y répondre positivement. « Nous avons été interrogés sur la question et nous nous opposons bien sûr totalement à ce que le sort de l’ensemble des Polynésiens et de la Polynésie soit sacrifié pour sauver politiquement Moetai Brotherson », ajoute-t-il. « C’est mon rôle d’avoir ces discussions avec le président de la République » Interrogé sur le sujet à l’issue des cérémonies de Matari’i i raro ce mercredi, le président du Pays assure ne pas avoir adressé à l’Élysée de « nouvelle demande ». « C’est la même chose que je demande tous les ans depuis que je suis élu président, à savoir l’ouverture de ce dialogue de décolonisation », précise le chef du gouvernement, qui s’était rendu devant la quatrième commission dès 2023, quand l’État avait mis fin à sa politique de la chaise vide sur le dossier polynésien, pour balayer plus vocalement les revendications indépendantistes. Le format des discussions demandées n’a pas non plus changé : « Une réunion tripartite entre les représentants de la Polynésie, tous partis confondus, le représentant de l’État français, peut-être le représentant permanent, peut-être quelqu’un d’autre qui serait désigné par le président de la République, et sous l’égide des Nations Unies, soit avec la présidence du comité des 24 ou soir de la quatrième commission », détaille le président. Moetai Brotherson espère-t-il un assouplissement de la position de l’État cette année ? « Cet espoir, je l’ai toujours, je l’ai depuis 2023, je pense que notamment à l’aune de ce qui se passe en Nouvelle-Calédonie, je pense que ce n’est pas l’intérêt de l’État de se retrouver avec deux territoires où il y ait une forme de radicalisation. Donc c’est ce que j’ai toujours prôné depuis 2023, insiste-t-il. Maintenant est-ce que l’État va faire bouger les lignes cette année, on le saura partiellement lors du comité des 24 en juin, et puis on le saura surtout de manière concrète en octobre si cette ouverture se fait sur le dialogue de la décolonisation. Et ça, moi je fais un peu comme Saint-Thomas, j’attends de voir ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/05/DECOLONISATION-2-Moetai.wav Le président du Pays, qui confirme au passage la participation de la déléguée aux affaires internationales Mareva Lechat-Kitalong au séminaire du C24 au Nicaragua, ne nie pas des discussions directes avec le chef de l’État sur le sujet. Mais n’y voit aucune demande de « coup de main » politique. « Ça reviendrait, si on voulait faire une analogie, à dire que Moerani Frebault a demandé un coup de pouce à Emmanuel Macron quand il a demandé à ce que la péréquation électrique soit étendue à la Polynésie, explique-t-il. Chacun est dans son rôle. Moi je suis président du pays en charge des relations internationales. C’est mon rôle d’avoir ces discussions avec le président de la République ». Des fonds européens pour la transition énergétique ? Moerani Frebault a évoqué sur le plateau de l’Invité de la rédaction plusieurs dossiers en cours de discussions à Paris. Sur les questions étudiantes, il s’est félicité de la création imminente d’un Crous – rebaptisé « Maison des étudiants » – en Polynésie ; il a parlé d’avancées sur les délivrances de casiers judiciaires en ligne, aujourd’hui impossibles pour certaines communes polynésiennes ; le député prépare des discussions sur la défiscalisation, chaque année attaquée dans le contexte budgétaire tendu de l’État, mais sur laquelle il veut au contraire obtenir des avancées, notamment du côté maritime ; des demandes vont aussi être lancées, avec les professionnels polynésiens, sur des aides d’État concernant le démantèlement des navires ou sur le régime du pavillon polynésien… L’élu autonomiste confirme aussi que la reconduction du Fonds de transition énergétique a connu des « avancées très concrètes ». Le parlementaire, qui doit encore pousser le sujet auprès du ministère de l’Économie et dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale estime qu’il s’agit d’une voie « un peu plus simple, et un un peu plus rapide », mais avec « au final, le même objectif » que l’extension de la péréquation nationale sur les tarifs de l’électricité à la Polynésie. Une demande qu’il n’abandonne pas, mais qui bute encore sur « un certain nombre de difficultés techniques importantes ».Pour renforcer encore l’aide à la transition énergétique, le député veut aller taper à la porte de l’Union européenne, notamment au travers de son fonds de décarbonation, encore jamais ouvert aux pays d’outre-mer comme la Polynésie. « L’idée c’est d’avoir des financements complémentaires soit sur des projets ponctuels qui pourraient être financés dans le cadre de certains financements de l’Union européenne ou soit avoir une enveloppe particulière qui viendrait être adossée au FTE pour le rendre plus conséquent, explique-t-il. Parce qu’on a encore du chemin à faire pour la transition énergétique. Je vois qu’on est à 36% de taux de ENR (en 2024, ndr) dans le mix énergétique pour l’ensemble de la Polynésie aujourd’hui. Et l’objectif affiché est de 75% en 2030″. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/05/MOERANI-ENERGIE-EUROPE.wav