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Pourquoi l’hôtellerie de luxe manque de cadres polynésiens ?

C’est la question posée par Céline Berson. Cette ancienne responsable de recrutement à Bora Bora a entamé l’année dernière une thèse en sciences de gestion à l’Université de la Polynésie française sur le sujet de l’océanisation des cadres en hôtellerie de luxe. Elle n’a pas encore d’explications à cette question, mais déjà des « intuitions ». Sa thèse, sur laquelle elle prévoit de travailler pendant trois ans, cherche surtout des solutions.

C’est pendant l’événement Ma thèse en 180 secondes, organisé à l’université à la fin du mois de mars, que Céline Berson a rendu public son sujet d’étude. Longtemps responsable du recrutement pour un hôtel de luxe de Bora Bora, elle s’est mise à son compte, a repris ses études et a démarré l’année dernière une thèse en sciences de gestion à l’Université de la Polynésie française sur l’océanisation des cadres en hôtellerie de luxe.

Elle-même a été confrontée au problème : impossible ou presque de trouver des Polynésiens ou des personnes installées au fenua depuis plusieurs années, pour assumer certaines des fonctions les plus importantes de ces grands établissements. « C’était un de mes objectifs phares : le recrutement local. Et effectivement, c’est compliqué parce que dans l’hôtellerie de luxe, on va chercher des managers qui vont avoir une formation à Bac plus 2 ou 3, qui sont à l’aise pour parler anglais, et qui ont aussi entre 3 et 5 ans d’expérience professionnelle. Être manager, c’est connaître les techniques, mais c’est aussi prendre en charge une équipe. »

Métiers exigeants

Un profil qui reste donc très rare localement. Et aujourd’hui Céline Berson a envie de savoir exactement pourquoi. « Ça fait 10 ans que je suis sur le territoire, je travaille dans l’hôtellerie depuis 16 ans, donc évidemment, j’ai des intuitions. Il y a des pistes et des questions qu’on se pose sur le nombre de personnes formées, de places, de formations qui existent, explique-t-elle, parlant d’une évidente « inadéquation » entre les compétences disponibles et celles qui sont recherchées. Mais il y a aussi d’autres questions comme ce qui pousse à aller travailler ou aller étudier dans l’hôtellerie. Quelles sont les motivations ? Quels sont les facteurs d’attractivité du secteur ? Les conditions de travail ? Il y a énormément de questions qu’on peut se poser. »

Il y a bien sûr de l’embauche locale dans les hôtels de luxe mais c’est véritablement au niveau de l’encadrement que les profils manquent. Céline Berson sait également que les métiers de l’hôtellerie sont « très exigeants » : la destination est chère, la clientèle particulièrement délicate surtout dans des hôtels de 4 ou 5 étoiles, et ce sont des postes physiques, « travailler debout, dehors, marcher, porter des charges, qu’il fasse chaud ou qu’il pleuve. »

Réussir à « ne pas recruter en dehors des frontières »

Mais avoir des managers qui sont du pays ou qui connaissent parfaitement l’endroit où ils vivent est très important pour ce secteur d’activités. Même si ces emplois ne tombent pas sous le coup de la loi de protection de l’emploi local (beaucoup d’activités de l’hôtellerie sont concernées mais peu de postes d’encadrement), l’océanisation des cadres reste une préoccupation pour les hôtels : « Quand les clients viennent ici, ils ont envie de ressentir cet accueil, cette chaleur polynésienne dont tout le monde parle. Donc, ça passe aussi par le fait d’avoir toute une hiérarchie qui, potentiellement, peut-être, oui, locale. Après, quand je dis locale, ce n’est pas forcément de n’embaucher, je dirais, que des personnes qui sont nées ici, ça peut être aussi des personnes qui résident ici depuis longtemps. L’océanisation des cadres, c’est surtout, pour moi, le fait de ne pas recruter des gens en dehors des frontières. »

Céline Berson a commencé sa thèse l’année dernière, sous la direction de Damien Mourey de l’université de Polynésie française et de Marc Valax de l’université de Nice. Elle estime avoir besoin de trois années de travail. Des années pendant lesquelles elle prévoit de mener des entretiens professionnels, d’aller à la rencontre des managers, locaux et résidents, pour mieux comprendre les freins mais aussi les motivations des gens qui choisissent ces emplois. « J’espère faire des propositions concrètes qui vont permettre de rapprocher l’offre et la demande sur le marché du travail. J’ai aussi envie de créer un lien entre le monde de l’école et le monde des professionnels. Même si aujourd’hui, on a un campus des métiers et des qualifications de l’hôtellerie et de la restauration qui œuvre dans ce sens et avec qui je vais travailler étroitement. »

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