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Prostituée transsexuelle ou petite main des cartels colombiens ?

Blanchisseuse et collecteuse de l’argent de la drogue ou prostituée d’envergure internationale ? C’est la question au centre d’un dossier de blanchiment d’argent que se sont posé ce mardi les magistrats du tribunal correctionnel. Une question à laquelle ils ont répondu par l’affirmative en condamnant l’intéressée à une peine de quatre ans de prison ferme.

En mai 2025, lors d’un contrôle de passagers en partance vers la Nouvelle-Zélande, les douanes mettent la main sur 8,6 millions de Fcfp dissimulés dans une valise. Les billets de 10 000, 5 000 et 1 000 Fcfp étaient intercalés entre des pages de magazines. « Une technique employée couramment par les cartels colombiens pour envoyer de l’argent blanchi », dixit le juge d’instruction en charge du dossier. Effectivement, la personne interpellée à l’aéroport de Tahiti-Faa’a est de nationalité colombienne. Un transsexuel de 54 ans qui vit à Madrid, où elle exerce la profession de coiffeuse, et qui en l’espace de 18 mois a effectué huit voyages en Polynésie. Des séjours très courts, pas plus de trois semaines, que la justice estime avoir servi à sortir de l’argent liquide du territoire.

En garde à vue, interrogée sur la provenance de l’argent, elle explique qu’elle se livre à la prostitution, et que c’est pour cela qu’elle vient à Tahiti, où elle est très demandée. Son tarif ? 1,2 million de Fcfp de l’heure, affirme-t-elle. Son téléphone ne révèle aucun signe de prostitution, aucun message échangé avec d’éventuels clients : « Mes clients me demandent d’effacer les conversations.» Cependant les enquêteurs retrouvent des photos effacées qui les orientent vers un trafic de stupéfiants. Des photos d’ovules remplis d’une poudre blanche, entourées de papiers sur lesquels sont inscrits des prénoms féminins, des photos de liasses de billets et aussi des traces numériques d’un virement de 530 000 Dollars US, soit un peu plus de 54 millions de Fcfp.

 « Ce sont des objets sexuels que je fabrique artisanalement »

De plus, ses fréquents séjours coïncident avec la venue d’autres ressortissants colombiens, dont certains font l’objet d’une instruction en cours pour trafic de stupéfiants. Dans la tête des enquêteurs, la piste de la prostitution s’éloigne à grand pas alors que celle du blanchiment de l’argent de la drogue pointe son nez. Mais faute d’éléments tangibles, de preuves matérielles, elle est mise en examen pour blanchiment d’argent sans mention de drogue.

À la barre, Rubio G. déclare ne rien avoir à dire, toutefois elle consent à fournir quelques explications. Sur les photos d’ovules, « ce sont des objets sexuels que je fabrique artisanalement, mes clients le demandaient pour que je les pénètre. Je leur envoyais les photos » Comment, avec un salaire de coiffeuse à Madrid, peut-on se payer autant de séjours en Polynésie ? Elle ne se démonte pas : « avec l’argent de la prostitution, j’ai beaucoup de succès en Espagne. » Sur la question centrale, « Vous n’avez rien à voir avec les stups ? », « Non », « Vous avez peur de parler ? » « Je n’ai pas peur, je n’ai rien à voir avec ces personnes, j’ai juste peur de la colère de Dieu. » Elle n’en dira pas plus, juste qu’elle veut rentrer dans son pays.

« À 1 200 000 Fcfp l’heure, elle doit être exceptionnelle, c’est une globe-trotteuse du sexe »

Pour la procureure, ce dossier est une succession d’incohérences : « La technique utilisée pour passer l’argent est celle utilisée par les cartels colombiens, le billet d’avion pour venir ici a été acheté par un homme qui parlait français » Pour elle pas de doute, « il y a un réseau derrière. » Autre incohérence, la prostitution : « À 1 200 000 Fcfp l’heure, elle doit être exceptionnelle, c’est une globe-trotteuse du sexe ». Quant aux ovules, « ce ne sont pas des sex-toys artisanaux, mais des ovules contenant de la cocaïne que des mules font passer in corpore. » Pour l’accusation, dans cette affaire il n’est pas question de prostitution mais plutôt de « collecte de l’argent de la drogue pour le sortir de Polynésie.» L’argent étant, selon elle, le produit d’un trafic local. Elle réclame cinq ans de prison ferme et une interdiction définitive de séjour en Polynésie.

Pour la défense, si le blanchiment est caractérisé, l’origine de l’argent lui, n’est pas prouvée. « C’est une travailleuse du sexe, et les cinq ans réclamés correspondent à un dossier où il y a réellement du stup.» L’avocat évoque un dossier où l’on a que « des suspicions, aucun élément » Sur le manque de preuve que sa cliente se prostitue, « elle n’a pas envie de donner des noms, parfois ce sont des touristes, parfois des locaux et elle ne tient pas de comptabilité. Elle a gagné sa vie et essaie de transférer les fonds.» Il insiste, « c’est du blanchiment simple » et estime que la peine ne devrait être que « l’interdiction de séjour. » Après en avoir délibéré, le tribunal à condamné Rubio G. a quatre de prison ferme avec interdiction définitive du territoire national.

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