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RNS, instabilité… Le Medef appelle les élus à « ne pas prendre les entreprises en otages »

La réforme du RNS va s’appliquer pour seulement quelques mois avant son abrogation annoncée. Ces revirements, et plus généralement le contexte politique tendu et l’absence de majorité du gouvernement, inquiètent Yannick Cadet. Pour le président du Medef les entreprises sont certes « résilientes » mais elles ont besoin de visibilité » pour se développer. Outre les « risques comptables » et « problématiques organisationnelles » que va entrainer la bataille du RNS, le responsable pointe que la préservation du modèle social nécessite des « réformes courageuses », que la configuration actuelle de l’assemblée ne semble pas favoriser. Il appelle donc à la responsabilité les élus de tous bords et rappelle que les entreprises ont souffert des crises politiques des années 2000, et ne veulent pas les revivre. 

Radio 1 : Le président Moetai Brotherson a assuré que la réforme du RNS va s’appliquer au 1er juillet et probablement jusqu’en octobre, au moment où la proposition de loi sur l’abrogation pourrait s’appliquer. Que font les entrepreneurs face à cette situation ?

Les entrepreneurs en Polynésie sont responsables, ils se mettent en ordre de travail pour pouvoir prendre en compte les modifications proposées par le législateur. C’est d’ailleurs à ce titre que le Medef, la semaine dernière, a proposé une séquence de travail sur cette réforme et les formulaires de la CPS. Ils ne sont pas simples et c’est pour ça qu’il a fallu s’adjoindre des techniciens experts comptables pour pouvoir se projeter à l’intérieur de ce dispositif. Et comment la toute petite entreprise peut se projeter dans ce dispositif quand elle n’est pas accompagnée d’un expert-comptable ? C’est ça aussi qui doit être pris en compte : la réalité du terrain. Après, les entreprises sont résilientes. Depuis un certain nombre d’années, que voit-on dans le panorama législatif ? On voit qu’il y a un certain nombre de lois qui ont été censurées. On voit aujourd’hui qu’il y a une loi qui a été votée par une forte majorité qui sera finalement peut-être défaite demain. Donc, les choses changent constamment. Or, pour entreprendre, on a besoin de visibilité, on a besoin de stabilité. Et les entreprises, aujourd’hui, elles ne peuvent pas être prises en otage d’un schéma comme celui que nous vivons aujourd’hui.

Et ces quelques mois où la réforme du RNS s’applique puis ensuite ne s’appliquera plus, cela présente des risques pour les entreprises ?

Oui, ce sont des risques comptables, des problématiques organisationnelles. On parle beaucoup, depuis pas mal d’années, de la vie chère. Mais quand on met bout à bout ces choses à réaliser pour l’entreprise, ce sont des coûts. Et in fine, ce n’est pas le meilleur moyen de participer à la réduction des coûts.

« Pour maintenir notre modèle social, il faut mener des réformes courageuses »

Et est-ce que l’abrogation proposée par le Tavini, le Tapura et A Here ia Porinetia, c’est finalement une bonne chose ?

On a un modèle social qui, pour être durable, nécessite un certain nombre d’ajustements, un certain nombre de corrections. Il serait temps de les faire. Il faut mener des réformes courageuses. Et quand on est dans une configuration comme celle de l’Assemblée aujourd’hui, je doute qu’on soit en capacité de mener des réformes structurantes en trouvant des consensus. On aboutit plutôt à des consensus mous qu’à des réformes vraiment structurantes.

Mais cette réforme du RNS, vous auriez préféré qu’elle soit maintenue ? Finalement vous, le Medef, vous aviez discuté avec le gouvernement et obtenu des ajustements.

Il nous paraît responsable, pour une institution comme le Medef d’être autour de la table et de discuter d’un certain nombre de points. On n’est pas forcément aligné sur la manière d’envisager les choses. Et on a réussi à faire bouger un certain nombre de points au bénéfice des entrepreneurs.

Le Tavini et les autonomistes, même la CPME, disent qu’il faut revenir à la réforme de 2022, dont l’idée était d’avoir un seul régime à la CPS.

Avoir un régime unifié est un indispensable. Et surtout, il faut pouvoir se projeter dans le temps, parce que 2022, c’était il y a déjà quelques années en arrière. On sait que le modèle aujourd’hui de la CPS, c’est quelque chose de très beau. On a la responsabilité de penser ce dispositif dans le temps. On voit qu’il y a des problématiques qui sont diverses, qui ne concernent pas que les cotisations, mais qui concernent aussi le nombre de personnes qui alimentent ce dispositif. Et on ne peut pas systématiquement mettre à la charge des entreprises la compensation d’un certain nombre de problématiques.

« On a déjà vécu cette situation au milieu des années 2000 et personne n’a intérêt à revivre une situation comme celle-ci. »

Plus largement, cette situation politique, un gouvernement sans majorité. Qu’est-ce que ça vous inspire aujourd’hui ?

Les entreprises sont inquiètes. On a déjà vécu cette situation au milieu des années 2000 et personne n’a intérêt à revivre une situation comme celle-ci. Ça avait engendré des problématiques à la fois profondes et longues. Dans l’économie, on a payé le prix pendant un certain nombre d’années. Donc aujourd’hui, le Medef appelle les amis d’aujourd’hui ou les amis d’hier ou les amis de demain à se rassembler et à travailler avec les entreprises pour penser les nouvelles mesures qui permettront le développement économique, à la fois pour résoudre les problématiques qu’on vit aujourd’hui, mais également penser le développement économique de demain.

Tony Géros pense que Moetai Brotherson devrait démissionner et parle de motion de renvoi au moment du débat budgétaire. Est-ce que le gouvernement va rester ? Jusqu’à quand ? C’est beaucoup d’incertitudes finalement.

Ce que je pourrais dire, c’est que les débats sémantiques sont très intéressants, mais néanmoins, dans la réalité de l’économie, on est tous sur la même pirogue et on a besoin ensemble de construire le développement économique. On ne peut pas se permettre aujourd’hui, puisqu’on sait que l’économie, elle était déjà fragile. On sait qu’elle est soumise à un certain nombre de contraintes extérieures et donc, on ne peut pas se permettre de se diviser et de prendre au passage à la fois l’économie et les entreprises en otage de divisions politiques.

 

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