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USA: les groupes automobiles, cibles du protectionnisme de Trump

New York (AFP) – Les constructeurs automobiles américains se retrouvent sous le feu de Donald Trump qui a menacé mardi General Motors de taxer ses voitures fabriquées au Mexique mais vendues aux Etats-Unis et obtenu de Ford l’annulation d’un investissement prévu dans ce pays.

Le président élu a également nommé mardi un ancien de l’administration Reagan, hostile à un libre-échange sans limite, pour renégocier les accords commerciaux internationaux.

« General Motors livre des voitures Chevy Cruze, fabriquées au Mexique, à ses concessionnaires aux Etats-Unis sans payer de taxe. Fabriquez aux Etats-Unis ou payez une lourde taxe frontalière », a tweeté le président élu, qui prendra ses fonctions le 20 janvier.

Le géant de Detroit a immédiatement démenti en partie les accusations de M. Trump, expliquant que la Chevrolet Cruze vendue aux Etats-Unis était produite sur le site de Lordstown près de la ville de Cleveland dans l’Ohio (nord).

« GM construit la Chevrolet Cruze hatchback (un modèle coupé différent de la Chevrolet Cruze, une berline familiale) pour les marchés mondiaux au Mexique, dont un petit nombre d’unités est commercialisé aux Etats-Unis », s’est-il défendu.

Ford, qui s’était aussi vu reprocher par le président élu à la mi-novembre ses investissements prévus au Mexique, a pour sa part annoncé mardi l’annulation de la construction d’une usine à San Luis Potosi pour 1,6 milliard de dollars et l’utilisation d’une partie de cette somme pour fabriquer des véhicules autonomes et électriques aux Etats-Unis. 

Son PDG, Mark Fields, avait pourtant confirmé la construction de cette usine après les premières attaques de Donald Trump mais semble donc avoir opté finalement pour une retraite en bon ordre.

GM est actuellement le seul constructeur américain qui fabrique des véhicules hors des frontières nord-américaines pour les revendre aux Etats-Unis. Il importe depuis cet été une voiture fabriquée en Chine, la Buick Envision, et projette de vendre un second modèle en début d’année 2017, la Cadillac CT6 hybride.

– Perte de compétitivité –

Les attaques de M. Trump contre GM et le volte-face de Ford coïncident avec la nomination mardi de Robert Lighthizer, 69 ans, comme représentant au Commerce extérieur (USTR), le poste qui couvre les négociations commerciales internationales.

Cet ancien de l’ère Reagan « a une grande expérience des accords qui protègent certains des plus importants secteurs de notre économie, et il s’est souvent battu dans le secteur privé pour protéger les Américains de mauvais accords », a déclaré le président élu dans un communiqué.

Lors de la campagne électorale, M. Trump avait critiqué les accords commerciaux négociés par ses prédécesseurs, les accusant d’être responsables de la perte de millions d’emplois industriels aux Etats-Unis. Il avait notamment promis de dénoncer l’Accord de libre-échange nord-américain (Aléna), qui lie les Etats-Unis, le Canada et le Mexique.

C’est lui qui permet à General Motors et Ford de fabriquer au Mexique et d’importer aux Etats-Unis hors taxes. L’Aléna prévoit que, si au moins 65% des pièces d’un véhicule sont d’origine nord-américaine (Etats-Unis, Canada et Mexique), celui-ci peut être vendu sur le territoire américain sans aucune taxe d’importation.

Le président élu républicain a fait du « Made in America » l’un des axes centraux de sa campagne électorale, ce qui a lui permis de gagner dans des Etats industriels du nord-est (Michigan Wisconsin, Ohio) traditionnellement acquis aux démocrates.

Les attaques contre GM et le changement de cap de Ford interviennent à quelques jours de l’ouverture du salon automobile de Detroit, la capitale de l’automobile américaine, et renforcent les interrogations sur l’avenir des accords commerciaux signés par les Etats-Unis une fois Donald Trump installé à la Maison Blanche.

« Toute augmentation de taxe douanière en Amérique du nord va affecter profondément l’industrie automobile », prévient Christopher Wilson, économiste au Woodrow Wilson International Center.

Elle « va désorganiser la chaîne logistique » des constructeurs et augmenter le coût de fabrication des véhicules provoquant une perte en compétitivité, renchérit Robert Scott, du think tank Economic Policy Institute.

In fine, le risque est que les  voitures vont coûter plus cher pour les consommateurs américains, concluent les deux experts.

Quant à Robert Lighthizer, l’ONG Public Citizen rappelait mardi qu’il s’est toujours démarqué de la ligne du parti républicain favorable au libre-échange. Cela risque de le placer en porte à faux par rapport à d’autres membres de la future administration Trump comme le secrétaire au Commerce Wilbur Ross, le secrétaire d’Etat – et ex-PDG d’ExxonMobil – Rex Tillerson, ou même encore le vice-président Mike Pence.

Un modèle de Ford Focus sur une ligne d'assemblage du constructeur automobile américain, à Wayne (Michigan, Etats-Unis) le 7 janvier 2015. © AFP

© AFP/Archives SAUL LOEB
Un modèle de Ford Focus sur une ligne d’assemblage du constructeur automobile américain, à Wayne (Michigan, Etats-Unis) le 7 janvier 2015

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