ACTUS LOCALES

Violences conjugales dans la rue : le prévenu schizophrène en prison « dans son intérêt »

Un homme sans domicile fixe d’une quarantaine d’années était poursuivi ce jeudi pour de graves violences commises en octobre sur sa compagne, âgée de 70 ans, et vivant elle aussi dans les rue de Papeete. Atteint de schizophrénie et placé sous tutelle, le prévenu ne suivait plus son traitement au moment des faits, sur les recommandations de sa compagne, qui considérait ces médicaments comme « du poison ». Pour le procureur comme pour la défense, la  détention est apparue comme « une véritable opportunité », au regard de son incapacité à se prendre en charge seul, son besoin de soin et son projet de retour à Raiatea. Il a été condamné à 18 mois de prison, dont six avec sursis probatoire.

Un homme sans domicile fixe d’une quarantaine d’années a comparu ce jeudi après-midi devant le tribunal de première instance pour un cas de violence commis en octobre dernier sur sa conjointe, âgée d’environ 70 ans, elle aussi SDF. Les faits se sont déroulés près du marché de Papeete où le passage de « jeunes filles » aurait provoqué, d’après le prévenu, une scène de jalousie et une dispute qui a dégénéré jusqu’au point où le mis en cause porte un coup à la tête et un autre à l’œil gauche de la septuagénaire. Une passante a alors alerté la police après avoir « vu une vieille dame se faire taper », comme l’indique la présidente du tribunal. La victime a souffert d’hématomes et d’une baisse de l’acuité visuelle à l’œil gauche, entraînant sept jours d’incapacité de travail.

« Son discernement n’était pas aboli, mais rien ne montre qu’il n’était pas altéré »

Originaire de Raiatea, le prévenu, aussi consommateur de paka, présente un lourd passé judiciaire, avec huit condamnations entre 2003 et 2019, notamment pour vol, violences et une agression sexuelle sur mineur. Le quadragénaire est aussi père de trois enfants aujourd’hui confiés à leur mère, avec laquelle il n’a plus de contact. Schizophrène, il est reconnu Cotorep depuis plusieurs années, il est aussi suivi par un tuteur et bénéficie d’une pension. Pour sa maladie mentale, le mis en cause reçoit normalement des injections d’antipsychotiques tous les trois mois. Or, selon son tuteur, sa compagne s’opposait à ce traitement, estimant que « c’est du poison ». « Depuis qu’il la fréquente, il demande si je ne peux pas augmenter l’argent que je lui donne », a également rapporté le tuteur, assurant « qu’elle n’est là que pour l’argent ».

Toujours selon ce tuteur, qui a tout fait pour renverser les responsabilités dans ce procès pour violences volontaires, depuis sa sortie de détention en 2023 (après sa dernière condamnation pour violence en récidive commis en 2019), le prévenu allait mieux, se montrait moins violent, et suivait régulièrement son traitement… jusqu’à sa rencontre avec cette femme en juin. Malgré un manque de soins, les expertises psychologiques ont établi que, lors des faits, le mis en cause n’était pas en crise psychotique. « Son discernement n’était pas aboli, mais rien ne montre qu’il n’était pas altéré à cause du retard de traitement », a souligné le procureur.

« Le passage par la détention peut être une véritable opportunité »

À la barre, le prévenu, au visage doux et aux cheveux légèrement grisonnants, a reconnu les faits. Il a d’abord déclaré vouloir retourner auprès de sa compagne, avant de se raviser et d’indiquer souhaiter finalement rentrer à Raiatea. Compte tenu de son état et de son « incapacité » à se prendre en charge seul, le procureur a requis 18 mois d’emprisonnement, dont six avec sursis probatoire, assortis d’une interdiction de contact et d’une obligation de soins. « Le passage par la détention peut être une véritable opportunité pour assurer son suivi médical et pour lui permettre de construire son projet personnel de retourner à Raiatea », a-t-il estimé.

« Je vais faire mon schizophrène et demander la plus grosse peine »

Une position partagée par l’avocat du prévenu. « Je vais faire mon schizophrène et demander la plus grosse peine, même si je ne suis pas partie civile », a lancé l’homme de droit, expliquant que la détention pouvait « être dans son intérêt ». Le défenseur a notamment insisté sur le fait qu’en prison, son client a accès à de la nourriture, à son traitement et qu’« il est éloigné de sa copine qui a visiblement une grosse emprise sur lui ». « Nuutania qui est la pire prison de la République lui a quand même permis de se relever », a-t-il ajouté, car « quand je l’ai rencontré, il était tout amaigri et sale, et là, quand on l’a revu avec son tuteur, on ne l’a presque pas reconnu ». À rebours des usages, l’avocat a donc demandé de ne pas chercher à « le faire sortir rapidement », mais au contraire de privilégier « ce qui serait le mieux pour lui ».

Une requête entendue par le tribunal qui a reconnu l’altération du discernement et a suivi les réquisitions du parquet et les demandes de la défense. Le quadragénaire a ainsi été condamné à 18 mois d’emprisonnement, dont six avec sursis probatoire, ainsi qu’à une interdiction de contact avec la victime pendant trois ans et une obligation de soins. Il est maintenu en détention au centre pénitentiaire de Nuutania.

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