ACTUS LOCALESFAITS DIVERS

Les cambrioleurs d’églises disent avoir agi sur ordre d’un parrain de l’ice

Ce jeudi, au tribunal de Papeete, un couple a été jugé pour une série de cambriolages avec effractions commis entre décembre 2025 et janvier 2026, dans sept bâtiments publics et religieux. Bijoux, objets de culte, matériel et argent liquide ont été dérobés mais une partie du butin a été retrouvée lors des perquisitions. Lors de l’audience, les deux mis en cause ont évoqué le rôle d’un trafiquant d’ice qui les aurait envoyés commettre ces cambriolages. Une défense insuffisante pour le tribunal qui a condamnée la jeune femme à 18 mois de prison avec sursis. Son conjoint devra purger une peine de trois ans d’emprisonnement, dont six mois de sursis, avec obligation pour tous les deux de rembourser les victimes.

Des vols « sans foi ni loi ». Ce jeudi au tribunal de Papeete, deux individus, un homme et une femme en concubinage, ont été jugés pour des vols avec effraction, survenus entre décembre 2025 et janvier 2026. Mais pas dans n’importe quels lieux : l’enquête a recensé le cambriolage de six édifices religieux, le Sacré-Cœur de Taravao, l’église Sainte-Thérèse de Vairao, la mairie annexe de Mahaena, l’église catholique de Teahupo’o, l’église catholique de Mataiea, l’église de Tibériade et le Sacré-Cœur de Arue, et d’une mairie. Les deux mis en cause ont notamment dérobé des bijoux, des crucifix, des enceintes et de l’argent numéraire. Une partie du butin ainsi que 240 000 francs ont été retrouvés lors des perquisitions.
Lors de ces cambriolages en série, le procédé était identique : l’individu entrait par une fenêtre qu’il forçait, puis s’attaquait au bureau du prêtre. Les salles paroissiales, y compris les presbytères, étaient retrouvés dégradés et vandalisés.

« Quelle est la vérité ? »

Appelée la première à la barre, la jeune femme de 30 ans, enceinte de trois mois, a au du mal à répondre aux questions du président. Lorsqu’il évoque les faits, silence radio. Puis lorsqu’elle finit par répondre, elle assure qu’elle « n’a pas fait ça ». La trentenaire, qui est déjà mère de trois enfants, avait pourtant reconnu lors de ses auditions être l’auteure des faits. Elle avait expliqué aux enquêteurs qu’elle était criblée de dettes et avait alors embrigadé son conjoint dans une affaire de vols, relatant même aux forces de l’ordre qu’elle l’avait menacé de le quitter s’il ne commettait pas ces cambriolages avec elle. Une version qu’elle a totalement démenti en salle correctionnelle jeudi. « J’ai dit ça mais en vérité je n’ai jamais été là-bas. J’étais chez moi, je m’occupais des enfants », indique-t-elle. Un discours qui est corroboré par les images des caméras de surveillances où seul le conjoint est aperçu. Par ailleurs, aucune « trace » dans le véhicule n’a été retrouvée la concernant.

Le président rappelle alors à la prévenue qu’une partie des objets volés a été retrouvée à leur domicile. « Comment l’expliquez-vous ? » Encore une fois, pas de réponse. Selon ses déclarations, lues par le président, la jeune femme se présentait comme l’auteure de certains faits, et pour d’autres, comme complice. Elle confie finalement avoir déclarée qu’elle était impliquée afin de « protéger » son concubin. « Quelle est la vérité ? » demande alors la procureure. pas de réponse.

« Le tueur » en chef d’orchestre

Le second prévenu, qui n’en est pas à son premier cambriolage, est appelé à son tour à la barre, et affirme vouloir « tout assumer ». Il indique de son côté, avoir commis seul l’ensemble des vols, tout en précisant avoir informé sa conjointe des faits. Une action « qu’il regrette » au vu de la tournure des événements : « Ça me fait de la peine de voir ma compagne enceinte ici. » Dans son histoire, il évoque le rôle d’un trafiquant d’ice, bien connu des forces de l’ordre. Également surnommé « le tueur », cet homme serait le chef d’orchestre de toutes ces opérations. Il l’aurait convaincu de le payer « en drogue », s’il commettait ces délits. Le mis en cause, consommateur régulier de stupéfiants et effrayé par l’influence du « tueur », aurait accepté.

Dans ce dossier complexe, un autre témoignage vient apporter des précisions : la cousine du prévenu. Non présente à l’audience, c’est elle qui a rapporté les faits à la gendarmerie lorsqu’elle s’est aperçue que le couple était à l’origine des cambriolages dans les églises. Lors de ses auditions, elle a affirmé que le mis en cause se vantait notamment « d’avoir un million de francs sur lui » et qu’il sortait régulièrement le soir « pour faire la fête ». Un comportement qui n’est pas en adéquation avec « quelqu’un qui est censé avoir peur », note la procureur.
Un mode opératoire « problématique »
« C’est quand même particulier comme cambriolage : cibler des églises alors qu’elles vivent principalement de dons. Le mode opératoire et le ciblage est problématique », constate la magistrate, qui requiert trois ans d’emprisonnement dont six mois de sursis pour l’homme, en justifiant qu’il s’agit d’un multirécidiviste non inséré dans la société puisqu’il ne travaille pas. À l’inverse de la jeune femme, qui travaille en tant que cuisinière, et pour laquelle la procureure demande 18 mois d’emprisonnement dont six mois assortis d’un sursis probatoire.
Le jeune homme qui représente le sacré cœur de Taravao, présent à l’audience, a demandé le remboursement de l’une des deux enceintes volées -la sienne- pour un montant de 30 000 francs. La catéchiste de l’église Sainte-Thérèse à Vairao a demandé un remboursement à hauteur de 93 4000 francs qui correspond aux réparations de la paroisse. Enfin, le troisième représentant, venu pour l’église de Tibériade, a demandé la somme de 172 500 francs qui avait été volée en espèces.
Après avoir délibéré, la chambre correctionnelle a condamné la jeune femme à 18 mois de prison avec sursis. Elle doit s’engager à s’inscrire à une formation et à rembourser les victimes. Le conjoint a été condamné à trois ans d’emprisonnement dont six mois de sursis. Le couple devra également rembourser les églises qui se sont constituées partie civile.
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