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À Moorea, les « appétits déraisonnables » des opposants ont eu raison du changement


Neuf listes au premier tour et cinq au second. Les opposants au maire Evans Haumani peuvent nourrir des regrets de ne pas s’être alliés. Ils ont obtenu dimanche 6 926 voix réparties en quatre. Mais c’est bien le tavana sortant et ses 2 874 voix qui remporte la prime majoritaire qui lui permettra de rester maire. Interpellés sur les réseaux sociaux, les opposants battus ont tous une explication : Christiane Kelley pointe « l’orgueil » et « l’immaturité politique » de certains ; Ataria Firiapu estime que c’était aux listes les plus faibles de se retirer ; Réginal Haring affirme que personne ne voulait s’allier alors qu’il était demandeur ; seule Temaire Chavey ne nourrit aucun remord puisque, selon elle, ces alliances n’auraient pas pu tenir dans le temps.

Ce matin certains habitants de Moorea-Maiao avaient la gueule de bois. Evans Haumani a été réélu pour un troisième mandat et pourtant les urnes montrent clairement que la population voulait du changement. Les quatre listes opposées au tavana, qualifiées pour le second tour, ont réuni 6 926 voix. Mais aucune n’a totalisé suffisamment de suffrages pour passer devant Evans Haumani qui arrive en tête du scrutin, et emporte donc la prime majoritaire de 50% des sièges du conseil municipales, avec seulement 2 874 voix. Avec 29% des votes, c’est un des plus bas scores victorieux des municipales. Le tavana sortant a clairement profité de la division de ces opposants. Sur les réseaux sociaux, certains en voulaient à ces candidats, « même pas fichus de s’allier », « vous avez pensé seulement au pouvoir, à vos « pito »… Il fallait mettre vos égos de côté et penser à la population ».

Réginald Haring « prêt à s’allier mais personne ne voulait »

C’est bien l’analyse de Réginal Haring – quatrième au premier comme au second tour, avec 1 280 voix -, même s’il assure de ne pas avoir de regrets : « J’ai fait les démarches pour m’allier, personne ne voulait. Le résultat est là, il faut l’accepter. J’ai fait le pas, j’étais même prêt à céder ma place. C’est plutôt les autres qui devraient avoir du regret.  La vie continue. Il faut accepter la défaite. Mais le fait de ne pas s’allier, on a perdu. »

Réginal Haring veut désormais se consacrer à sa vie professionnelle. Il a pourtant obtenu deux sièges au conseil municipal mais il dit vouloir les laisser à ses colistiers. « Tous ont dit qu’ils voulaient y aller tout seul et qu’ils pensaient gagner. On aurait pu discuter, s’asseoir autour d’une table et discuter. Tu ne peux pas forcer les gens s’ils ne veulent pas. Félicitations au maire. »

Ataria Firiapu : « l’arithmétique politique n’est pas évidente »

Ataria Firiapu (troisième avec 2 172 voix au second tour) a été le premier à déposer sa liste le lendemain du premier tour, surprenant les autres candidats qui pensaient avoir le temps de discuter puisque les listes étaient attendues au Haut-commissariat pour le mardi 18 heures. Et aujourd’hui, avec les résultats du second tour, lui aussi est déçu. Il a fait ses additions et quand il voit le total des voix des quatre listes opposées à celle du maire, il regrette qu’il n’y ait pas eu d’alliance. Mais pour lui ce n’était pas forcément aux premières listes, notamment celles sur le podium du premier tour (Evans Haumani, Christiane Kelley et lui-même), de se retirer ou faire alliance mais aux autres de prendre leurs dispositions. « Si on avait été quatrième, on se serait arrêté pour soutenir celui qui est devant », mais l’arithmétique politique « ce n’est pas évident ».

Christiane Kelley : « les appétits déraisonnables et incompatibles »

Christiane Kelley, tête de liste Tavini et principale challenger de Evans Haumani dans cette élection, pointe les « attentes » et les « appétits » des uns et des autres, « déraisonnables » et « incompatibles » par rapport aux chiffres obtenus au premier tour. Elle parle même de « l’orgueil » de certains, et de « l’immaturité politique » des autres. Elle raconte comment des candidats voulaient l’union avec elle tout en demandant à prendre la tête de liste alors qu’elle était arrivée deuxième du scrutin du premier tour. C’est peut-être aussi son appel de « faire front » derrière elle qui n’a pas plu aux autres candidats. Mais pour elle, les listes concurrentes ont surtout modifié leur objectif : « Au premier tour, tout le monde parlait de changer de tavana, tout le monde ne parlait que de ça. Mais au second tour, ça a changé. » Compter neuf listes au premier tour ne l’a pas surprise : « On a tous jaugé nos forces mais après il faut trouver une solution, avoir un peu d’humilité dans le cœur et regarder les chiffres. Si l’objectif était resté le même, nous aurions réussi à gagner dans cette commune. »

Temaire Chavey : « On aurait pu s’allier et gagner mais ça aurait mené à quoi ? »

Seul son de cloche différent dans cette avalanche de déception et de regrets, les mots de Temaire Chavey qui n’est pas déçue et ne regrette rien :  « On aurait pu s’allier et gagner mais ça aurait mené à quoi ? » Pas question pour elle de faire des alliances qui n’auraient été que de circonstance et qui de toute façon n’auraient pas tenu dans le temps, explique-t-elle. Elle n’est pas étonnée du résultat, elle trouve que « les grosses machines » qu’elle avait en face d’elle ne laissent que peu d’espoir aux petites listes avec moins de moyens, mais trouve son score honorable. Elle dit avoir maintenu « sa vision des choses » : faire de la politique d’« une autre manière ».

Christiane Kelley qui a obtenu 4 sièges et Ataria Firiapu, 3 sièges, comptent bien prendre leur place au conseil municipal. Ils ne pèseront pas lourd face aux 24 conseillers du groupe de Evans Haumani. La tête de liste Tavini espère même obtenir des postes de maires délégués dans les sections (Haapiti, Paopao et Teavaro) où elle a été la plus forte et si aucun de sa liste n’est élu à ces places, elle prévient déjà qu’elle attaquera au tribunal.

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