ACTUS LOCALESSOCIAL Un protocole de fin de conflit tout au bout de la nuit chez Air Tahiti Charlie Réné 2026-04-13 13 Avr 2026 Charlie Réné Le syndicat du personnel technique navigant (SPNTPF) et la direction d’Air Tahiti ont trouvé un accord ce dimanche, tard dans la nuit, mettant fin à une grève de trois jours qui a touché une dizaine de milliers de passagers. Seule une moitié des revendications ont trouvé des avancées, principalement sur la question des plannings de vols et de repos. Les demandes salariales ont été écartées, mais ces réorganisations auront un impact financier pour la compagnie, déjà fragilisée par trois années de déficits, et par un contexte d’explosion du prix des carburants et d’incertitude sur la DSP. Bien que la grève soit levée, vu le nombre de passagers en attente d’une reprogrammation, le retour à la normale devrait prendre plusieurs jours. Des vols supplémentaires sont d’ores et déjà prévus ce lundi. Pas « pleinement satisfait », mais tout de même « satisfait », le SPNTPF, syndicat du personnel technique navigant d’Air Tahiti, qui a trouvé un compromis ce dimanche avec la direction de la compagnie. Les discussions, entamées avec le dépôt d’un préavis le 2 avril, se déroulaient depuis vendredi et le début du mouvement de grève, dans un contexte de lourde perturbation du programme du vol. Ce dimanche encore, seules un tiers des rotations – 12 sur les 35 prévues – ont pu être assurées, dont une en chartérisant un avion d’Air Moana. En comptant les 4200 clients qui ont vu leur départ annulé ou décalé ce dimanche, ce sont plus de 10 000 passagers qui ont été touchés par le conflit. « Bien évidemment tout changement au niveau de la planification a un impact financier » Toute la journée, les représentants du syndicat de pilotes, qui revendique 70 à 80% de mobilisation pendant le mouvement, ont fait des allers-retours entre la salle de négociation où étaient réunis plusieurs directeurs d’Air Tahiti, et une autre salle transformée en assemblée générale permanente, avec plusieurs dizaines de pilotes – en uniformes – qui s’y sont relayés. En fin d’après-midi, après un ultime round de pourparlers, et une discussion en comité restreint avec le directeur général d’Air Tahiti Édouard Wong Fat, un accord de principe est trouvé. Les échanges sur la rédaction exacte du protocole de fin de conflit dureront pourtant jusqu’à une heure et demi du matin. William Toofa, porte-parole du SPNTPF, expliquait en fin d’après-midi que « 9 des 20 points » de revendications allaient faire l’objet d’avancées. Des points qui traitent de l’organisation du travail plus que de la rémunération des pilotes, qui ont annoncé dès vendredi « laisser de côté » leurs demandes salariales. Mais ces questions d’organisation ont elles aussi des implications financières pour la compagnie, qui pourrait avoir à étoffer ses équipes de pilotes pour pouvoir mettre en place les dispositions du protocole d’accord. « Comme on l’a répété tous les jours, c’était le planning qui nous intéressait, la programmation des vols, de nos temps de repos, notamment quand on part à l’étranger, lorsqu’on va remettre en cause nos licences au simulateur, précise le porte-parole. Bien évidemment tout changement au niveau de la planification a un impact financier. Ces données ont été étudiées, et on a trouvé un accord sur l’impact que ça aura, pour pouvoir avancer ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/04/AIR-TAHITI-1-pilote.wav Un conflit au « pire moment » de l’histoire de la compagnie La direction d’Air Tahiti, qui s’excuse auprès de ses clients pour ces trois jours de perturbation, n’a pas communiqué sur l’impact financier de cet accord. Mais son directeur Édouard Wong Fat avait rappelé, durant les négociations, qu’Air Tahiti avait investi dès 2024 dans un coûteux logiciel de gestion des plannings, et que les effectifs avaient été etoffés de 17 commandants de bord entre 2025 et 2026. Le dirigeant considère plus largement que ce conflit est intervenu « au pire moment » pour la compagnie. Touchée de plein fouet, comme tout le secteur de l’aérien, par le Covid, la compagnie interîles historique avait su se relever rapidement au sortir de la pandémie, mais accumule depuis 2023 des déficits – 5 milliards de francs en trois ans – liés au développement de la concurrence dans le ciel domestique et à la guerre des prix toujours en cours. À plusieurs reprises ces derniers mois, la direction d’Air Tahiti a interpellé le Pays sur cette situation, et dénoncé ses aides « massives » à Air Moana. Parmi les 1600 collaborateurs de l’opérateur historique, beaucoup craignent, malgré l’attachement affiché de la direction à la préservation de l’emploi, un plan social à moyen terme. L’horizon est d’autant plus bouché pour le premier employeur privé du pays que le gouvernement n’a pas relancé d’appel à concurrence pour la délégation de service public pour le désenclavement des « petites » îles, qui arrive à échéance à la fin du mois de juin. Des discussions récentes ont permis d’ouvrir jusqu’à la fin août la vente de billets vers ces destinations, mais la prolongation de la DSP – qui devrait se faire d’abord pour un an, avant un nouvel appel à concurrences – n’a pas encore été actée. S’ajoutent, enfin, les incertitudes internationales liées à la guerre au Moyen-Orient et la flambée des prix du carburant, « poste de charge majeur » pour toutes les compagnies. Un contexte dont le SPNTPF dit avoir conscience. Mais les pilotes estiment que leurs revendications, concernant notamment les temps de repos lors des formations à l’étranger et le renouvellement de leur licence, sont sur la table depuis trop longtemps. Interrogé sur les conséquences de la grève, qui, outre les annulations de weekend, et dont les pertes d’activité dans les îles, va perturber la rentrée de ce lundi malgré la fin du mouvement, William Toofa adresse un message « d’excuse » et de « sympathie », au nom du syndicat, aux passagers touchés. « Mais la discussion sociale a porté ses fruits et c’était nécessaire, explique le porte-parole. Nous étions arrivés à un point de rupture et il fallait absolument évacuer tout ça. Maintenant on repart sur de bonnes bases ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/04/AIR-TAHITI-pilote-2.wav Si les vols d’Air Tahiti devraient tous être assurés ce lundi, beaucoup de passagers sont encore en attente d’une reprogrammation d’un vol annulé. Dans le sens îles – Tahiti, en ce dernier weekend de vacances, mais aussi vers les archipels. La commune de Rimatara a par exemple annoncé que le report de la rentrée des classes, la plupart des enseignants étant bloqués loin de l’île.