ACTUS LOCALESSPORTS Un bassin à Aorai : la dernière culbute pour sauver Tahiti 2027 Lucie Ceccarelli 2026-05-17 17 Mai 2026 Lucie Ceccarelli Les épreuves de natation de Tahiti 2027 ne se feront ni à Mama’o, ni à Tipaerui. C’est le site de Aorai, où devait à l’origine être construit le centre aquatique annulé en début de mandature, qui a été désigné ce samedi par le président du Pays pour accueillir non pas deux mais un bassin démontable de 50 mètres, aux normes olympiques. Une solution convenable pour le Pacific Games Council, dont les dirigeants jugeaient que les Jeux ne pouvaient pas se tenir dans la vétuste piscine municipale de Papeete. Reste que la nouvelle solution n’est pas chiffrée, le calendrier reste à confirmer… et que l’idée de faire de la piscine de Pater le bassin de récupération interroge le monde sportif. Nouvelle culbute dans le dossier des bassins de Tahiti 2027. Le projet de piscine olympique revient à Aorai, où il avait été en premier lieu question d’installer un centre aquatique, annulé car jugé trop coûteux en début de mandature. Après quelques errements, et une première élimination de l’option Tipaerui, c’était le site de Mama’o qui avait été ensuite envisagé pour accueillir les bassins, démontables cette fois, avant que ne soit évoqué fin avril l’option de la piscine de Tipaerui, qui ne répond pas aux normes olympiques. Ce samedi matin, le site de Aorai est redevenu le centre de toutes les attentions, comme l’a annoncé le président du Pays à l’occasion de la conférence de presse organisée conjointement par le Pacific Games Council, le gouvernement et les comités organisateur et olympique. Le nouveau projet présenté est bien éloigné du précédent qui avait été évoqué sur le même site. Pas question de dépenser “8 milliards de francs” pour un centre aquatique, comme cela avait été chiffré par l’ex-ex-ministre des Sports Nahema Temarii – un chiffre régulièrement contesté par les autonomistes et la fédération de natation. La solution envisagée ce jour par le Pays, en concertation avec le président et les membres du Pacific Games Council actuellement en visite sur le territoire, consiste en l’installation d’un unique bassin de 50 mètres démontable, suivant le même principe que ceux proposés à Mama’o, mais qui resterait sur site une fois les Jeux terminés. Un seul bassin au lieu de deux, car c’est la piscine de Pater, située à environ 1,5 kilomètre de là, qui ferait office de bassin de récupération pour les athlètes. « On va utiliser le bassin de 25 mètres qui existe déjà à Pater pour les échauffements. Le bassin de 50 mètres sera positionné de manière définitive, mais c’est une structure déplaçable si besoin. On va recontacter les entreprises pour leur indiquer qu’on demande une installation permanente, donc c’est un kit qui sera livré mais installé de manière permanente à Aorai », explique Moetai Brotherson. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/05/PISCINES-Moetai-1.wav Un rétroplanning annoncé de neuf mois Le président du Pays a également annoncé qu’une discussion devait avoir lieu le soir-même avec la société Myrtha Pools, spécialiste des bassins en inox, qui a déjà travaillé sur le projet de bassins en kit de Mama’o. C’est cette même entreprise, basée en Italie, qui avait fourni et installé les bassins de compétition et d’échauffement des épreuves de natation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Reste à savoir si elle sera en mesure de tenir les délais imposés par ce nouveau changement de cap. Moetai Brotherson se montre confiant sur cette question : « Notre ministre et ses équipes ont fait un rétroplanning. On doit malgré tout relancer un appel d’offres, puisque le précédent a été déclaré infructueux. Le processus administratif est de trois mois pour l’appel d’offres. Ensuite, dès lors que la société lauréate est notifiée, il lui faut deux mois pour construire ce bassin de 50 mètres et les équipements qui vont avec. Il faut deux mois à peu près de livraison par bateau et il faut deux mois d’installation, donc ça fait un total de neuf mois. Ça, c’est dans le cas normal, on va dire. On a en réalité treize mois pour faire cette installation donc on estime que là, on peut être serein et que les choses devraient fonctionner. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/05/PISCINES-Moetai-2.wav Le chef de l’exécutif se montre également positif quant au budget, « un bassin ne pouvant pas coûter plus cher que deux ». « Imaginer un bassin de récupération à Pater, ce n’est pas possible » Mais c’est justement la question du deuxième bassin, celui dédié à l’échauffement et à la récupération, qui a soulevé le plus d’interrogations ce samedi. Si le Pays a proposé la piscine de 25 mètres de Pater, celle-ci est bien trop éloignée des infrastructures de la compétition pour convenir aux athlètes, a relevé Michel Sommers, président de la Fédération tahitienne de natation, au sortir de la conférence de presse : « Aujourd’hui, l’option qui a été proposée démontre bien que les personnes qui ont imaginé ça n’ont pas vraiment approché les experts de la discipline. Imaginer un bassin de récupération à Pater, ce n’est pas possible. J’ai sollicité un groupe de travail qui va permettre de trouver des solutions palliatives sur la récupération. Garder Pater comme bassin de récupération, certes, mais pour des athlètes qui ont un calendrier plus léger. Aujourd’hui, les nageurs peuvent enchaîner deux ou trois nages dans la matinée et deux ou trois nages dans la soirée. Et entre chaque nage, ils ont besoin de récupération. Il faut vraiment imaginer un point de récupération sur ou proche du site. Donc Pater, ce n’est vraiment pas une option. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/05/PISCINES-Sommers-1.wav Dans son allocution, Moetai Brotherson avait laissé la porte ouverte à la « possibilité d’installer quelque chose de plus petit ou de temporaire à Aorai, ou bien de s’entraîner dans le bassin de compétition ». Les réflexions sont donc loin d’être abouties, mais Michel Sommers se dit « positif » et « confiant malgré tout », même s’il reste « encore des choses à faire sur ce volet récupération et échauffement ». Le président de la Fédération tahitienne de natation se dit surtout satisfait qu’un « bassin aux normes olympiques soit commandé ». « Ce sera notre héritage », espère-t-il. Pour le Pacific Games Council, « les Jeux du Pacifique se tiendront bien à Tahiti » Ce nouveau projet semble également satisfaire le Pacific Games Council, qui poursuit la visite des sites sportifs jusqu’à la fin du week-end. Pour son président, une seule infrastructure posait problème lors de ces visites, celle des fameux bassins, et ce problème est en passe d’être résolu. « L’issue pour nous, c’était l’argent et le temps. Et depuis que nous sommes arrivés, nous avons eu des réponses satisfaisantes : nous avons de l’argent disponible et le temps de délivrer ce projet que nous avons validé. En tant que soutien pour aider le gouvernement, nous avons accepté de réduire d’autres choses nécessaires aux piscines. Nous avons déjà fait cela ailleurs, de pousser le gouvernement, les constructeurs, les contracteurs. Nos projets ont déjà été en retard lors d’autres Jeux également, mais nous avons toujours réussi à les délivrer à temps. Donc je reste confiant », soutient Vidhya Lakhan, président du Pacific Games Council, pour qui il n’y a aucun doute : « les Jeux du Pacifique, en ce qui nous concerne, se tiendront bien à Tahiti ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/05/PISCINES-Vidhya-1.wav Reste maintenant à savoir si les fabricants de piscines se montreront tout aussi confiants quant aux délais de réalisation et accepteront de se saisir du dossier. Du côté du Pays et du Pacific Games Council, en tout cas, les aléas de chantiers et le non-respect des délais ont été purement et simplement écartés ce samedi matin.