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« De plus en plus de bateaux, jet-skis et taxi-boats » mais « plus trop de respect » à Teahupo’o

© @jimmy_tiapari

« Une tragédie va se produire à Teahupo’o », alerte Tim McKenna, qui souligne le rôle du surtourisme dans l’augmentation des risques dans la passe. Alors qu’un drame a été évité de peu le week-end dernier, lors de la première grosse entrée de houle sur le spot de renom, le photographe présent en première ligne a pris la parole pour pointer du doigt une problématique qui prend de l’ampleur. L’absence de réglementation dans la passe aujourd’hui laisse la place aux égos, débordements et risques élevés d’accidents graves. Une nouvelle houle massive orientée sud-ouest est attendue la semaine prochaine et l’alerte est donc déjà lancée par l’habitué du spot.

La dernière semaine de mai a vu le lancement de la saison de grosses vagues à Teahupo’o, avec une première entrée de houle consistante, notamment sur les journées de mercredi, samedi et dimanche. La houle étant présente sur les radars depuis plusieurs jours, beaucoup ont fait le déplacement pour vivre ce moment. Surfeurs, photographes, vidéastes, public local et touristes étaient réunis sur le spot de renommée internationale.

Légèrement moins grosse qu’anticipé, la houle a produit des vagues surfables (pour les surfeurs expérimentés) à la rame, et tout de même quelques bombes en tow-in. Présent sur son homespot dans le cadre d’un tournage, Matahi Drollet faisait partie des rares surfeurs ayant choisi l’option du tow-in. Samedi dernier, alors qu’il s’est élancé sur un monstre d’eau de plusieurs mètres, à pleine vitesse, il a manqué de peu de percuter un bateau, situé dans la passe pile à la sortie de la vague. Trop près de la sortie, le bateau a forcé le surfeur professionnel à effectuer une manœuvre in-extremis pour éviter de le percuter de plein fouet.

« C’est sans doute la fois où j’ai été le plus près de mettre fin à ma carrière de surfeur », a t-il raconté par la suite sur les réseaux en postant les images de l’accident évité de peu. « J’ai dû choisir entre le bateau et la lèvre de la vague… En mode survie, j’ai agrippé le rail et j’ai fait un cutback dans l’explosion pour éviter de percuter le bateau. »

 

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Sur le bateau présent à la limite de la zone d’impact se trouvaient plusieurs photographes et vidéastes professionnels, dont Tim McKenna, qui photographie la vague de Teahupo’o depuis plus de 25 ans. Suite à l’incident, il s’est à son tour exprimé sur ses réseaux, racontant sa version des faits et mettant surtout le doigt sur ce qu’elle décrit de l’état actuel du tourisme sur le spot. « Une tragédie va se produire à Teahupo’o lors de la prochaine grosse houle du sud-ouest propice au tow-in, si elle arrive un week-end ou un jour férié. Croyez-moi », a t-il écrit.

Dans un long message, le photographe professionnel raconte sa version des faits et comment le capitaine expérimenté de l’embarcation s’est retrouvé coincé, encerclé par trois taxis -boats et un jet-ski, et donc dans l’impossibilité de dégager la zone. Si le pire a été évité, trois caméras de photographes professionnels étrangers ont été endommagées par la vague, dont une d’une valeur de 100 000 dollars et une autre d’une valeur de 50 000 dollars.

Trop de bateaux, trop d’ego et plus de respect

« Comme dans de nombreux endroits du monde, le surtourisme devient incontrôlable« , écrit le photographe dans son post. « Le monstre de Teahupo’o est un incontournable pour les locaux, les touristes, les influenceurs, les surfeurs et les caméramans du monde entier. Dans ce monde dominé par l’ego, le respect, la hiérarchie élémentaire et la courtoisie ont depuis longtemps disparu. Tout le monde essaie de capturer un moment viral ou de tirer profit de cette attraction touristique massive. »

Pour Tim McKenna, le week-end dernier n’avait rien d’exceptionnel, car depuis quelques années, il a observé que le spot mondialement connu, où les houles peuvent être observées avant leur arrivée, accueille de plus en plus de monde à chaque swell, parfois au dépend du travail des photographes, mais aussi de la sécurité de tous : « Il y a les pilotes historiques, qui ont une éthique et qui respectent les règles. Et après, il y a tous les nouveaux pilotes, et puis tous les jet-skis en plus. C’est un peu un truc d’ego, c’est celui qui amène les touristes au plus près. Depuis deux-trois années, il n’y a plus trop de respect vis-à-vis des bateaux médias, qui sont remplis de caméramans. À chaque swell, il y a de plus en plus de bateaux, de plus en plus de jet-skis, de plus en plus de taxi-boats, qui prennent de plus en plus de touristes. Et du coup, nous, en tant que professionnels, qui filmons la vague, qui travaillons avec les surfeurs depuis des années, c’est sûr qu’on n’arrive plus trop à travailler dans de bonnes conditions. »

Le territoire a t-il un rôle à jouer ?

Si les conducteurs de bateaux, surfeurs et autres pilotes de jet-ski présents se sont déjà réunis pour trouver des solutions à cette problématique, aucune solution concrète n’a pour le moment été amenée. Dans ce contexte où la réglementation dans la passe sur les jours de swell n’existe pas réellement, Tim McKenna estime que c’est le rôle du Pays de prendre les mesures nécessaires, avant qu’un drame n’advienne : « Je pense qu’il faudrait que le territoire se penche sur ce sujet, avant qu’il n’y ait vraiment un drame, qu’il y ait des blessés ou même des morts, pour trouver une solution. J’avoue que je n’ai pas de solution comme ça, à part vraiment faire davantage de contrôles, surtout pendant les grosses houles, que la gendarmerie maritime vienne. On l’a souvent appelée, mais il n’y a pas trop de moyens. J’ai l’impression qu’ils ne peuvent pas se déplacer. Il faudrait qu’ils contrôlent un peu ce qu’il se passe au niveau des prestataires. »

Une nouvelle grosse houle attendue dans quelques jours

Dans son message sur les réseaux sociaux, le photographe alerte en particulier sur les houles de sud-ouest. Selon lui, ces dernières sont particulièrement dangereuses car elles poussent la vague à se former de telle manière que le tube est davantage orienté sur la fin de la vague, menant les bateaux à se regrouper de façon plus compactée dans une zone plus risquée. Ces houles sont les plus dangereuses pour tout le monde, y compris les surfeurs, car la vague s’y montre aussi plus épaisse. « Je pense que c’est sur ce type de houle qu’il y a le plus de risque » précise l’habitué des lieux.

D’après les prévisions actuelles, une grosse houle est justement attendue les 11 et 12 juin, orientée sud-ouest. Elle pourrait produire des vagues de 6 à 9 mètres.

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