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À l’assemblée, une résolution pour demander à l’État de déclarer l’ice « grande cause nationale »

L’assemblée a adopté à l’unanimité une résolution appelant l’État à renforcer son action en faveur de la lutte contre l’ice et les drogues de synthèse en Polynésie, à en faire une « priorité territoriale » et même une « grande cause nationale ».

Face à l’ampleur de la consommation d’ice, l’assemblée a adopté une résolution qui vient appuyer le discours de Moetai Brotherson lors de ses voeux au Cesec en février dernier. Il avait alors déclaré qu’il fallait en faire une « urgence nationale », demandé à l’État de faire plus, et annoncé des fonds pour la prévention – 250 millions ont effectivement été alloués en collectif budgétaire. « Nous comptons sur l’assemblée pour relayer cette demande », disait-il alors. C’est chose faite, à l’unanimité des élus.

« Il n’y a aucune fête où il n’y a pas d’ice« , dit Oscar Temaru

Le rapport de la commission des institutions note que l’année dernière, la juridiction de Papeete a enregistré une hausse de 28% des affaires liées à l’ice, et son funèbre cortège de « saturation préoccupante du système judiciaire », de « répercussions alarmantes dans les quartiers sensibles », de « structuration croissante de réseaux criminels » et d’implication grandissante de mineurs. Le trafic « fragilise les familles, entretient le décrochage scolaire, pousse à la délinquance, au surendettement ou encore à la prostitution. » « Il n’y a aucune fête où il n’y a pas d’ice », dit Oscar Temaru.

L’assemblée réaffirme la nécessité de faire plus et mieux en matière de prévention, de sécuriser l’accès aux soins par des moyens humains et financiers, de financer l’action des communes et des associations – des actions qui sont toutes de compétence du Pays, mais aussi de renforcer les moyens des forces de l’ordre et de la justice (le maire de Faa’a, lui, parle de renforcer l’action des douaniers, seuls à pouvoir perquisitionner les domiciles sans ordre du juge), ainsi que la coopération internationale. La résolution appelle enfin à protéger les témoins et les lanceurs d’alerte – c’est-à-dire à étendre à la Polynésie française la nouvelle loi sur le narcotrafic adoptée fin avril sur proposition de Gérald Darmanin, comme l’a souligné Pascale Haiti-Flosse.

Tematai Le Gayic contre la perpétuité, son amendement massivement rejeté

Mais le texte demande aussi à l’État de « renforcer la dissuasion pénale », jusqu’à « la réclusion criminelle à perpétuité pour les cas les plus graves » – la peine maximale en matière de drogues est aujourd’hui de 20 ans de réclusion pour production ou fabrication illicite de stupéfiants, et la peine la plus lourde prononcée en Polynésie a été de 15 ans.  Tematai Le Gayic a voulu tempérer par un amendement qui supprimait la référence à la perpétuité : cette demande est « un constat d’échec », dit-il. « Parce qu’il n’y a pas de politique de prévention, pas de politique de soins, on croit qu’en construisant une prison en Amazonie on va régler le problème de la drogue… » Son amendement a été rejeté par 47 voix contre 9.

Que l’État cesse de « dédramatiser », dit Nahema Temarii

De là à ce que la France en fasse une « cause nationale », et change la loi parce que la Polynésie souffre d’un problème d’ice, il y a un grand pas. L’ice n’est pas un produit largement consommé en métropole, a rappelé la ministre Nahema Temarii, et « on n’a aucun modèle de réussite sur le sevrage, la prise en charge médicale et la réinsertion professionnelle ».  Mais elle n’a pas mâché ses mots pour dire que l’État devrait exercer plus efficacement ses missions régaliennes, rappelant aussi que la Polynésie pourrait voir arriver le Fentanyl sur son territoire. « Il faut arrêter de dédramatiser », a-t-elle dit en référence aux propos du haut-commissaire, qui avait déclaré sur Polynésie La 1ère qu’« il ne faudrait pas que l’arbre de l’ice et du cannabis cache la forêt de l’alcool » et qu’il ne pensait pas « qu’en condamnant à 30 ans de prison (la « peine de sûreté » maximale avant qu’un détenu ne puisse sortir de détention, ndr) toute personne qui a fait un trafic d’ice, on règle le problème. » « Il est temps que l’État aussi prenne ses responsabilités, a déclaré Nahema Termarii, sur le contrôle de l’entrée des marchandises » quel que soit le mode et le point d’entrée.

 

 

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