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Air Moana : opération séduction des investisseurs locaux

Pour lever 2,4 milliards de francs en deux ans afin de boucler le financement de deux ATR neufs, Air Moana propose aux entreprises locales de faire jouer la défiscalisation locale qui leur permettra de réduire leur impôt. Appareils neufs, chiffre d’affaires en hausse, gouvernance resserrée et efforts des salariés : le PDG de la compagnie aérienne, Lionel Guérin, s’est attaché à démontrer que le temps des turbulences est passé.

Air Moana organisait jeudi soir avec Inter Invest une présentation aux investisseurs locaux potentiels. Également présent, le ministre de l’économie Warren Dexter, incarnant le soutien du Pays qui a notamment permis à Air Moana de retrouver la confiance des banques et d’obtenir

Pour la compagnie, il s’agit d’étendre sa flotte, de deux ATR loués à trois ATR achetés, et tout neufs : le premier, déjà entièrement financé, entame aujourd’hui son convoyage depuis la France – une présentation de l’appareil baptisé Poehere et d’un nouveau hangar est prévue vendredi prochain. Air Moana aura ainsi trois appareils pour la haute saison qui commence.

Et pour boucler l’achat des deux autres, Inter Invest se charge de lever 2,4 milliards de francs sur les deux prochains exercices. Ces avions neufs sont des actifs de grande valeur : non seulement ils indiquent aux investisseurs la capacité à opérer sur plusieurs années, mais ils sont aussi très bien cotés sur le marché de l’occasion, ATR n’arrivant pas à répondre à la demande.

Un nombre de passagers en hausse

Lionel Guérin, président directeur général d’Air Moana depuis décembre dernier, estime qu’après des débuts qui ont fait couler beaucoup d’encre, Air Moana vole dans la bonne direction, notamment parce qu’il a obtenu la confiance de tour-opérateurs français et californiens. « Quand je suis arrivé, il n’y avait que des résidents, maintenant il y un mix de touristes et de résidents, ce qui fait que le chiffre d’affaires global augmente. Parce que comme vous le savez, la clientèle internationale paye un peu plus cher que le résident, ce qui est bien pour les Polynésiens. On a trois avions qui sont pleins à 65% en juillet août », dit-il, un taux de remplissage inédit, donc, et des passagers à fort pouvoir d’achat.

Une gouvernance « resserrée »

Autre point qui devrait rassurer les investisseurs, la gouvernance rénovée de la compagnie, explique son PDG. « Ce n’est pas un dossier qui est très compliqué, c’est une PME avec trois avions, donc ça va fonctionner, dit celui qui a mis en avant son expérience d’ancien directeur général délégué du groupe Air France-KLM, créateur de Transavia, la compagnie low-cost d’Air France, et de Hop!, sa filiale régionale. « On a révisé la gouvernance avec Olivier-Jean Bréaud, on a fait un comité stratégique très resserré et la Sofidep, de manière à ce que la société soit manœuvrable. Ça s’est très bien passé avec les actionnaires. Et en interne, je n’ai pas remplacé des niveaux intermédiaires. C’est-à-dire que j’ai fait quelque chose de très resserré, très professionnel. En fait, c’est très simple. J’ai deux DGA, une DGA commerciale, un DGA exploitation, un directeur financier, une DRH, un directeur de l’informatique, point. Puis tout le reste, c’est opérationnel. Et ça fonctionne très bien, ce qui fait qu’on a un lien direct avec les opérationnels. »

Les efforts des salariés

Enfin, Lionel Guérin remercie les salariés qui ont consenti à la suspension de leur 13e mois pour 2025 et 2026, et qui hormis quelques embauches de pilotes et de PNC, restent aux alentours de 220 employés. Il a tout de même fallu embaucher quelques pilotes et PNC pour assurer le passage de deux à trois appareils. « J’ai demandé un effort au personnel cette année pour à la fois faire des efforts sur les coûts, mais aussi démontrer qu’ils croyaient en la compagnie. C’est important. On leur a demandé d’abandonner leur 13e mois, pas de le perdre, mais de l’abandonner au profit d’une clause de retour à meilleure fortune, c’est-à-dire de croire en notre résultat positif en 2027. Et je leur verserai un mois de salaire en plus du 13e mois en 2027. Ils ont signé. Donc, c’est un bel effort collectif. »  Et il n’oublie pas de remercier les Polynésiens, qui soutiennent la compagnie, dit-il, malgré les soubresauts : « ça nous porte tous. »

Confiant dans l’obtention de la défiscalisation nationale

Fort de la réorganisation qu’il a menée depuis son arrivée, Lionel Guérin est donc confiant dans la capacité de la compagnie à convaincre les investisseurs polynésiens, comme il a su trouver plus d’un milliard auprès d’investisseurs métropolitains. La défiscalisation nationale semble quasiment acquise, et le secrétaire général du Haut-commissariat Xavier Marotel l’a également laissé entendre jeudi soir.

Une réduction de l’impôt sur les sociétés ou les transactions

Inter Invest propose aux entreprises de faire jouer le mécanisme de la défiscalisation locale, qui en contrepartie d’un investissement productif, leur permet de bénéficier d’une réduction de leur impôt sur les sociétés ou sur les transactions – une réduction supérieure à leur investissement, explique le directeur général d’Inter Invest, Benoit Petit.

À raison de 1,2 milliard par an d’avantage fiscal, c’est ainsi 20% de l’enveloppe que le Pays consacre à la défiscalisation (6 milliards de francs) qu’Air Moana pourrait capter. Seule condition pour que les entreprises puissent en bénéficier : que l’exploitation dure au moins dix ans, faute de quoi « il pourrait y avoir reprise de l’avantage fiscal », complète Benoit Petit.

 

 

 

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