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Assises : huit années de prison ferme pour le viol d’une touriste américaine

Ce mardi se tenait la deuxième journée de la session d’assises, où depuis lundi est jugée une affaire de viol, commis en décembre 2022 à Taravao sur une touriste américaine. L’auteur des faits a été condamné à une peine de huit années de prison ferme. Un verdict moins lourd que les réquisitions, et qui pourrait faire l’objet d’un appel par le parquet.

On lui avait vanté l’accueil chaleureux des Polynésiens et leur gentillesse. Elle qui avait bourlingué dans des pays nettement moins accueillants se sentait donc en totale confiance, lorsqu’en décembre 2022, alors qu’elle partait en randonnée sur la presqu’ile, elle est tombée sur l’exception qui confirme la règle.

Ne trouvant pas son chemin et ne parlant pas français, elle demande à un homme en scooter de lui indiquer la route. À l’aide de son téléphone elle lui montre l’endroit où elle désire se rendre. Celui-ci lui propose de l’emmener en scooter. Elle accepte, d’autant que l’homme n’est pas particulièrement impressionnant et a plutôt une bonne tête, et puis la Polynésie est un endroit « safe ».

Après le viol il reconduit la victime en scooter

Mais en cours de route il s’engage dans un chemin et s’arrête près d’une cabane délabrée, au prétexte de lui montrer un bel endroit un peu plus loin. Ne se méfiant pas, elle descend du scooter. L’homme lui touche le sexe, elle le repousse, il se jette sur elle et la viole. De frêle constitution, elle ne peut se défendre face à son agresseur. Puis il la ramène tranquillement à l’endroit où il l’avait prise en scooter et s’en va. On imagine que dans sa tête, comme c’est une étrangère et qu’il n’est pas connu de la justice, il ne craint rien. Comme le dira son avocate, « il est loin d’être un intellectuel. »

Heureusement, bien que tétanisée et encore sous le choc, la victime a le reflexe de prendre en photo la plaque du scooter et son agresseur alors qu’il repart. Elle appelle une amie qui lui dit de se rendre tout de suite à la gendarmerie. Grâce aux photos, le violeur sera interpellé cinq heures après les faits, et la prise de sang révélera qu’il était alcoolisé. L’examen médical de la victime atteste d’une agression particulièrement violente.

« Elle se comportait comme une actrice porno »

À la barre l’accusé, âgé de trente ans, nie le viol, assurant que le rapport était consenti, allant même jusqu’à affirmer que la victime se comportait comme une « actrice porno ». Une défense contredite par une ex concubine de l’accusé, mère de son enfant, qui affirme que celui-ci était un habitué des rapports non consentis, et qui n’est pas étonnée qu’il comparaisse pour viol.

« La victime est passée du paradis à l’enfer. »

Pour la partie civile le doute n’est pas permis, l’accusé a bien commis un viol. La défense affirme que « la victime est passée du paradis à l’enfer et la seule réparation possible est de reconnaître l’homme coupable, car la victime est brisée à vie. » Un avis que partage l’avocat général dont l’intime conviction est que la vérité est du côté de la victime. Il argumente : « la version de la victime a toujours été la même, contrairement à celle de l’accusé qui variait à chaque fois que des preuves irréfutables venaient contredire sa version. »

N’épargnant aucun détail aux jurés de ce qu’a subi la victime – «de graves lésions anales et vaginales » – il l’affirme, « à aucun moment on ne peut imaginer que la victime était consentante. Elle n’à aucun intérêt à mentir dans cette affaire, d’autant que c’est un chemin de croix pour les victimes de porter plainte pour viol. » À l’issue de son réquisitoire il réclame une peine de 12 ans de prison ferme.

« J’ai le mauvais rôle, je suis une femme et je défends l’innommable. »

Au tour de la défense de s’exprimer, mais avant de rentrer dans le vif du sujet, l’avocate tient à s’adresser aux jurés. « J’ai le mauvais rôle, je suis une femme et je défends l’innommable. C’est ce que l’on m’a reproché sur les réseaux sociaux. » Sa réponse aux « haters » est « je me lève pour cet homme qui tout comme la victime à le droit à la justice. » Pour elle son client n’est pas un prédateur sexuel, « ce n’est pas Fourniret. » Elle fait part de ses doutes quant au déroulé des faits, tenant pour vérité les propos de l’accusé, « au début elle ne voulait pas et après elle a voulu. » Elle maintient que « l’élément intentionnel fait défaut. » Son hypothèse est que la victime devait être en état de sidération et que son client ne s’en était pas rendu compte, d’autant plus qu’il était alcoolisé.

Un état de sidération auquel la victime semble être condamnée à vie, tant celle-ci donne l’impression d’être ailleurs, détachée des événements. Bien que les débats lui soient traduits au fur et à mesure par un traducteur qui maîtrise le sujet, aucune réaction ne se lit sur son visage lors de la plaidoirie de la défense, même quand celle-ci estime que « le souhait de violer n’est pas prouvé » et qu’elle demande l’acquittement de son client.

Après en avoir délibéré le jury a condamné l’homme à huit ans de prison ferme. Un verdict bien en deçà des réquisitions, et contre lequel le parquet pourrait bien faire appel.

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